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Et quelques réflexions fort opportunes de Mme Dolto, qui remettent les choses en place et pointent la seule question qui doit être posée :

"Au centre du débat sur la mère porteuse, il convient de placer l’intérêt de l’enfant à naître. [...] On peut souffrir de ne pas pouvoir avoir d’enfants et l’adoption n’est pas toujours facile. Mais il y aura toujours des enfants à aimer, à soutenir, à accompagner, même sans lien de parenté avec eux. Sans possession. Que signifie ce « droit à l’enfant » brandi aujourd’hui comme une évidence ? [...] Ce qui est en cause, c’est le statut de l’enfant comme sujet. En le traitant en objet convoité, auquel chacun a droit s’il peut payer, en lui proposant comme premier lien affectif, fondateur, un marché de dupes entre ses parents et une femme qui accepte d’être ainsi utilisée un temps pour disparaître ensuite, c’est l’humanité même de l’enfant que l’on met en péril. […] Ce qui constitue une rupture éthique dont nous devons mesurer la gravité, c’est le nouage, au même instant, d’une procréation manipulée par la technique médicale et d’un abandon programmé. C’est dans l’intention que se joue l’essentiel. [...] On dépasse là le cap de l’enfant objet. [...] Vers 1975, le nouveau-né était encore souvent considéré comme un tube digestif vaguement sophistiqué, sans émotions ni sentiments. Chercheurs et cliniciens du monde entier ont prouvé depuis combien cette vision erronée est pathogène. Ils ont validé les certitudes que certains psychanalystes avaient avancées dès 1939, disant que l’éducation commence bien avant la naissance. En effet, la vie affective du petit humain est intense dès son plus jeune âge. On sait maintenant qu’il n’y a non pas une, mais des mémoires. Ces mémoires multiples, inscrites dans la chair, influencent notre manière d’orienter nos vies. Tout être humain est en partie modelé par son histoire et celle de ses parents. Ses émotions pendant sa gestation laissent des traces profondes qui se manifesteront en terme de santé physique et psychoaffective au cours de sa vie. L’accompagnement haptonomique de la grossesse et de la petite enfance nous apprend beaucoup en ce domaine. Dès sa vie prénatale, l’enfant est curieux du monde qui les entoure, lui et sa mère. Bien avant d’avoir une audition, il perçoit les vibrations des sons. Très vite, il discrimine les voix. Ces traces mnésiques vocales perdurent étonnamment longtemps. Avec ou sans haptonomie, parents et thérapeutes connaissent la manière dont le lien précoce marque la relation parents-enfants. La façon dont la grossesse est survenue, dont elle a été acceptée, dont elle s’est déroulée, les circonstances de la venue au monde de chaque enfant, les sentiments de peur, d’angoisse, de joie, les sentiments de culpabilité qui entourent ces périodes, tout cela colore fortement le lien qui se tisse entre l’enfant et sa famille. Dans les heures qui suivent son arrivée dans le monde aérien, il est essentiel que le nouveau-né puisse se dire : « C’est bien eux, donc c’est bien moi. »"

J’ajoute, pour répondre à la haine qui a caractérisé les réactions suscitées par ma contestation fondamentale de ce concept de mères porteuses, l’élément suivant :

"Ce n’est pas parce que quelques-uns, étiquetés - à tort ou à raison - de droite, défendent une position que celle-ci ne relève que de leur morale ou de leurs choix politiques. Que toutes les religions, par exemple, interdisent de tuer n’autorise pas les non-religieux à légitimer le meurtre".