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Usines d’incinération : un danger pour la santé ?
Usines d'incinération: un danger pour la santé ?
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28 octobre 2013 | 1 commentaires
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SebDurand, 1 article (Rédacteur)

SebDurand

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Usines d’incinération : un danger pour la santé ?

Usines d'incinération: un danger pour la santé ?

Les usines d’incinération ont très mauvaise réputation : ces installations de traitement des déchets suscitent souvent les craintes des riverains concernés, inquiets pour leur santé. Ces angoisses trouvent leurs origines dans le manque de sécurité des premières générations d’incinérateurs des années 1970 et 80, qui n’ont pourtant plus grand-chose à voir avec les usines d’aujourd’hui. Mais dans quelle mesure les progrès technologiques, et les impératifs législatifs, ont-ils modifié le risque sanitaire lié à ces installations ?

Comprendre le fonctionnement des usines d’incinération pour identifier l’origine du risque


Une usine d’incinération d’ordures ménagères (UIOM) est un grand four, destiné à recevoir les ordures ménagères devant être incinérées. La combustion, qui s’effectue entre 850 et 1000°C, permet de réduire le volume des déchets de 90%. Ce faisant, elle produit des résidus polluants, potentiellement dangereux. Ils sont de deux types : les résidus solides, appelés mâchefers, sont récupérés dans la cuve du four. Selon leur nature, ils pourront ou non être dépollués et revalorisés. En tous les cas, ils sont traités selon des normes strictes destinées à empêcher toute pollution liée à leur production et exploitation. 
 
Le second type de résidus produit par l’incinération des déchets est le plus connu, et le plus craint : il s’agit des fumées. Car brûler des déchets engendre des fumées toxiques, chargées de dioxines, de furanes, de métaux lourds ou encore de dioxyde de soufre et d’azote. Si elles ne sont pas traitées, elles se diffusent telles quelles dans l’atmosphère. C’est la raison pour laquelle le brûlage des déchets à l’air libre, ou sans filtrage des fumées, est une catastrophe, tant écologique que sanitaire. Les usines d’incinération actuelles sont, elles, équipées de systèmes permettant de filtrer les fumées et de récupérer ce que l’on appelle les REFIOMS (résidus d'épuration des fumées d'incinération des ordures ménagères), déchets ultimes qui sont traités en tant que tels dans des circuits spéciaux. C’est donc la qualité de ce filtrage, et par conséquent le niveau de pollution de la fumée qui est effectivement rejetée par les cheminées, qui détermine le niveau de toxicité d’un incinérateur donné.
 

Le traitement des fumées : une législation stricte pour défendre un enjeu de santé publique


Lors de la construction des premiers incinérateurs, l’inconscience de certains industriels comme la méconnaissance écologique et technologique ont conduit à des aberrations environnementales : on rejetait alors des fumées pas ou peu filtrées, contenant des taux de produits toxiques très supérieurs à ce qui était acceptable d’un point de vue sanitaire. L’environnement –air mais aussi sols et eaux- a été durablement pollué, ce qui a eu des incidences notables sur la santé des habitants. Une étude de l’Institut de Veille Sanitaire (1) a ainsi observé une augmentation « significative » du risque de cancers dans les années 90 « en rapport avec l'exposition aux fumées émises par les incinérateurs pendant les années 1970-1980 ». 
 
Mais la législation s’est heureusement considérablement durcie au cours des années. Deux directives européennes publiées en 1989 puis en 2000 ont eu pour but de limiter drastiquement les émissions de polluants à la sortie des incinérateurs, en fixant des seuils très bas. En France, elles ont été transposées en 1991 et en 2002, et furent accompagnées de la plus grande fermeté de la part des pouvoirs publics : fin 2005, les installations qui ne respectaient pas les nouvelles normes ont toutes été fermées. Résultat, alors que le nombre de déchets incinérés a augmenté, les rejets de dioxines ont de leur côté été divisés par plus de 100 entre 1995 et 2006, et les émissions de métaux lourds ont, elles aussi, très fortement baissé.
 
Ces contraintes législatives, légitimement motivées par les enjeux de santé publique, ont nécessité de très lourds investissements pour les usines existantes, afin qu’elles mettent aux normes leurs systèmes de traitement des fumées. A Ivry-Sur-Seine, dans la plus grande usine d’incinération du pays, plus de 60 millions d’euros ont ainsi été dépensés entre 2003 et 2011 pour cette seule problématique du traitement des fumées. En 2005, un dispositif de traitement complémentaire a même été installé pour aller sous les seuils imposés par la directive. Aujourd’hui le site dispose de deux électrofiltres pour les métaux lourds, d’un réacteur catalytique qui détruit oxydes d’azote, dioxines et furanes ainsi que de deux laveurs spécifiques. Avec plus de 60 (autres) millions d’euros investis par ailleurs depuis 2009 pour moderniser l’usine, on comprend d’autant moins pourquoi le Syctom, le syndicat qui gère l’incinérateur, a pour projet pharaonique de le détruire… pour en reconstruire un autre, au même endroit. Plus d’un milliard d’euros supplémentaires devraient alors être dépensés, sans parler des problèmes –tant logistiques que de pollutions - induits par le déplacement des déchets pendant la durée des travaux, quand on estime que trois fois moins d’argent suffirait à poursuivre et achever la rénovation complète de l’usine. Une drôle de dépense, qui serait sans doute plus utile, si tant d’argent public était effectivement disponible, pour approfondir encore les recherches sur l’amélioration du traitement des fumées ou pour déployer des politiques plus ambitieuses de gestion des déchets.
 

Quelles conséquences sur la santé des incinérateurs aux normes ?

 
La mise aux normes de l’ensemble du parc français des incinérateurs a donc eu, mécaniquement, des conséquences directes sur le niveau des rejets de substances polluantes. Les études épidémiologiques réalisées depuis au niveau de la santé de la population se montrent d’ailleurs rassurantes : une étude publiée en 2009 par l’InVS et L’AFSSA (2) indique qu’on n’observe pas chez les riverains vivant à proximité des UIOM de surimprégnation aux dioxines ou de surexposition aux métaux lourds par rapport à la moyenne européenne. Quand des différences sont observables, elles sont le fait d’une exposition passée à des incinérateurs anciens, ou hors normes. Ce que confirme une étude de l’Observatoire Régional Santé d’Ile-de-France de 2008 (3) : « Les niveaux de risques apparaissent fortement liés à l’ancienneté des installations et ne semblent pas concerner les unités de traitement répondant aux nouvelles normes de rejets, notamment pour les dioxines ». Il apparaît donc que les évolutions techniques et les contraintes législatives ont porté leurs fruits, et qu’en l’état actuel des connaissances, les UIOM aux normes ne mettent pas en danger la santé des riverains comme ont pu le faire leurs ancêtres.
 

Peut-on encore mieux faire ?


Cependant une usine d’incinération reste une installation industrielle, qui, comme toute installation industrielle, émet inévitablement une pollution. Comme l’analyse de façon détaillée un rapport de l’Observatoire Régional Santé d’Ile-de-France (4), les usines d’incinération participent à l’émission atmosphérique de polluants. Mais contrairement à ce que leur réputation laisse penser, elles le font à un niveau plutôt modeste (2% pour les gaz et particules par exemple), sans commune mesure avec les craintes qu’elles inspirent. Néanmoins dans la mesure où l’incinération restera une méthode d’élimination des déchets dont on ne pourra se passer pendant quelques temps encore, on ne peut qu’encourager les avancées législatives et technologiques qui la rendent encore plus propre, et sans danger pour la santé. Et souhaiter qu’elles se poursuivent… ce qui n’empêche pas de mener parallèlement d’autres démarches pour mieux réduire en amont, revaloriser et recycler nos déchets.
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Commentaires
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par Philippe. Médecin (IP:xxx.xx9.149.164) le 1er juin 2014 a 16H13
Philippe. Médecin (Visiteur)

Il est pour le moins un peu hâtif et réducteur de penser que les incinérateurs récents ne seraient pas délétères pour la santé.

Premier point, il serait plus honnête d’écrire que ne la connait pas car d’évidence il n’a pas été réalisé de suivi à long terme sur le pourtour des installations récentes.

Deuxièmement , c’est faire confiance à l’efficacité de la filtration qui n’est pas toujours optimum dans la réalité : -souvenons- nous de l’affaire de Gilly sur Isère où malgré de graves malfaçons sur la non-utilisation des filtres de nuit, et pour conséquence de nombreux bétails furent abattus et des centaines de litres de lait jetés, et des lymphomes apparus il n’y eu aucune condamnation…, -l’affaire de Giens en 2004 ( à propos d’in incinérateur dernière génération, juste installé) ou les normes toxiques furent largement dépassées ( X 2000 la norme de dioxine) durant 6 mois car c’est la fréquence des contrôles……..
- et plus récemment en 2011, à Lescar dans les Pyrénées où c’est un employé qui a dénoncé la pratique de rebruler les « refiom » (poussières issues des filtrations) qui augmentait bien sûr la toxicité à la cheminée…

Il est clair que ces installations le plus souvent déléguées à des sociétés privées où le bénéfice est le souci naturel, n’apportent pas, dans les faits, une très grande garantie sanitaire aux riverains. Il serait pourtant plus logique de préserver toutes ces matières premières (issues de nos poubelles et qui ne devraient jamais y arriver) qui sont brûlées en créant des effluves toxiques plus ou moins filtrées Confère la petite vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=1MPU...