Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Un bon sommeil serait-il de droite ?
Un bon sommeil serait-il de droite?
note des lecteurs
date et réactions
28 mars 2011
Auteur de l'article
 Réseau Morphée, 84 articles (Association)

Réseau Morphée

Association
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
84
nombre de commentaires
0
nombre de votes
9

Un bon sommeil serait-il de droite ?

Un bon sommeil serait-il de droite?

Il s’agit, au lendemain des élections cantonales, de remettre les pendules à l’heure : Le sommeil n’est pas un luxe réservé à une partie seulement de la population.

Monsieur Taillandier,

A la lecture de votre pamphlet paru dans "L'Humanité" du 24 mars dernier, on sent bien que les messages de santé publique concernant le sommeil ou tout autre secteur de la santé vous agacent. Ces campagnes que vous dénigrez, « manger-bouger » et tous les messages qui sont délivrés sur le sommeil, n’ont pas d’autres objectifs que d’alerter et d’éduquer.

N'avez vous jamais vécu de périodes où le sommeil manque cruellement et où les journées sont douloureuses ? Il y est des gens pour qui ce mal être n'est pas que passager, lié à une surcharge temporaire de travail, des soucis ou un stress permanent. Des gens qui vivent, survivent ainsi depuis plus de 10 ans, et avec toutes les pathologies qui peuvent se servir de cette fatigue chronique comme d'un terreau pour déclencher des troubles encore plus graves.

Savez vous que 10% de nos concitoyens qui ont une insomnie sévère redoutent l’arrivée de la nuit, trainent leur mal-être au point d’avoir deux fois plus d’accident que les autres, de développer plus de dépression, plus d’hypertension, plus de diabète...

Depuis trente ans notre société d'hyperconsommation a vu se réduire le temps de sommeil de nos adolescents de presque deux heures, alors que les adultes ont perdu une heure en dix ans. Pour jouir mieux ? Non ! Pour s’abrutir mieux, en ingurgitant toujours plus de télévision, en jouant sur des consoles de jeux, en surfant sur internet, laissant leur smartphone sous l'oreiller tel un « néo-doudou » et en passant de plus en plus en plus de temps dans les transports.

Les troubles du sommeil se soignent mais pourraient avant tout se prévenir si notre société accordait au sommeil un peu plus d’importance. Où sont passés les rythmes biologiques et le libre choix de l'individu par rapport à ses besoins face à la nécessité de suivre le rythme d’une société qui s’emballe ? L’homme cherche sans cesse à repousser les limites du possible pour gagner sur la nature. Son ingéniosité lui a fait faire de grandes choses. Malheureusement il a commis aussi d’énormes bévues. L’homme fait avec son corps les mêmes erreurs, maladresses et incivilités que ce qu’il fait avec son environnement.

Ces organismes que vous dénigrez comme l'INSV, ou comme le Réseau Morphée dont je suis la présidente, participe à communiquer sur ces troubles, à éduquer et à orienter des patients qui ne savent plus vers qui se tourner. Monsieur Taillandier, le bon sommeil ne doit pas être un luxe réservé à la « France d'en haut" ; savez vous quel est le délai moyen de consultation en service d'exploration du sommeil hospitalier (donc à moindre coût), il faut compter un minimum de 6 mois alors qu'une consultation en cabinet libéral (majoritairement dans le 92 ou 75 pour l'Ile de France) est possible en moins d'un mois mais ces médecins spécialistes du sommeil pratiquent des honoraires en secteur 2 voire 3. C'est dans ce paysage que le Réseau Morphée, grâce à son financement de l'Agence Régionale de Santé, propose gratuitement aux patients qui ont un certain type d'insomnie un travail en groupe pouvant les aider à résoudre leur problème de sommeil. Et sachez que notre leitmotiv est le mieux être du patient et non le cout de reviens de leurs soins à la sécurité sociale.

La connaissance sur les rythmes et les besoins de notre corps n’est pas une science infuse. Elle s’apprend, se transmet, se cultive. Communiquer sur ces aspects est une nécessité et nous en sommes au tout début. Prôner la liberté de faire ce que l‘on veut avec son corps, au risque de le malmener, pire de le rendre malade est une faute de la part d’un journaliste qui a la chance pour lui d’avoir la culture et la connaissance.

L'éducation à la santé ne doit pas être un luxe réservée, comme vous le laissez entendre, à la "France sarkozyenne" mais à la France, celle qui se lève tôt, celle qui se couche tard, celle qui gagne plus et celle qui perd tout, même son sommeil.

Paradoxe total votre discours qui annule tout message préventif renforce les inégalités sociales en réservant l’accès de la prévention à certains, alors que les autres n’auront droit qu’à une médecine curative pour des troubles déjà avancés et compliqués. Les insomniaques et tous les malades de leur sommeil apprécieront.

Profitons du changement d'heure pour remettre les pendules à zéro, Monsieur Taillandier ! 

Docteur Sylvie Royant-Parola, présidente du Réseau Morphée

Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
Conseils & Solutions