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Santé, changement climatique et perte de biodiversité : quels risques pour l’avenir ?
Santé, changement climatique et perte de biodiversité : quels risques pour l'avenir ?
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23 février 2011 | 2 commentaires
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R. Bartet, 52 articles (Journaliste )

R. Bartet

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Santé, changement climatique et perte de biodiversité : quels risques pour l’avenir ?

Santé, changement climatique et perte de biodiversité : quels risques pour l'avenir ?

Le lien entre santé et environnement a longtemps été sous-estimé. Pourtant, à l’heure où nous vivons les premiers effets du changement climatique, il revient au devant de la scène. Car le réchauffement des températures couplé à l’érosion massive de notre écosystème planétaire et l’hyperconsommation des ressources, pourraient avoir de tragiques conséquences sur la santé humaine. Explications avec Sandrine Segovia-Kueny...

Sandrine Segovia-Kueny est médecin généraliste et urgentiste de formation. Elle a été pendant 2 ans conseiller technique risques santé environnement au cabinet du ministère du Développement Durable de Jean-Louis Borloo et de Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle est la Présidente de l’Association Santé Environnement Ile-de-France (ASEIF).

 
1. Pouvez-vous nous expliquer le paradoxe suivant : on pense que les maladies infectieuses et épidémiques proviennent de notre écosystème (faune et flore) alors que ce dernier est justement un rempart pour nous en protéger.
 
Certaines maladies sont étroitement liées aux écosystèmes de la faune et de la flore. Prenons un exemple, celui de l’’homme, des palmiers et des punaises. Au Brésil, des épidémies de la maladie de Chagas* ont eu lieu en raison de la conjonction de plusieurs causes. D’une part, l’extension de l’urbanisation avec des bidonvilles pour les populations les plus précaires, sans que les règles d’hygiènes urbaines soient appliquées dans la savane entraînant donc la destruction de cet écosystème. D’autre part, des vecteurs de maladies de la savane et notamment les punaises qui cohabitent avec les animaux domestiques et les habitants dans les bidonvilles. Enfin, la plantation de palmiers au cœur des villes, mais également en périurbain pour l’huile de palme, permettent aux punaises de retrouver un endroit de prédilection pour leur développement. L’ensemble montre que toute modification de l’écosystème entraine un déséquilibre. L’ajout de l’élément indispensable, le virus de la maladie de Chagas, a favorisé les épidémies. Donc, lorsque l’homme modifie les écosystèmes qui l’entourent par déplacement ou destruction, il prend le risque d’être confronté à des traumatismes : maladies, voire, décès. A contrario, le respect ou la remise en état des écosystèmes est un atout pour l’homme et sa santé.
 
2. Quels risques sanitaires graves encourt t’on à détruire notre écosystème et comment le réchauffement climatique accélère t’il la donne ?
 
Quand on détruit les écosystèmes, on détruit son propre environnement et on favorise notamment l’apparition de catastrophes avec leurs conséquences chez l’homme. Par exemple, en Amérique latine, on observe un accroissement d’événements climatiques extrêmes liés au dérèglement climatique comme les pluies brutales et diluviennes responsables d’inondations, mais surtout de coulées de boue. La destruction des écosystèmes comme les forets pour l’agriculture, ou l’extension urbaine, comme pour des bidonvilles, fragilise les sols, modifie l’écoulement des eaux et favorise des coulées de boue qui entraînent des centaines, voire des milliers de blessés et des décès lorsque cela se déroule dans une ville. Prévenir une partie des coulées de boue requiert donc une approche environnementale de sauvegarde de l’écosystème pour garder une couche végétale qui maintient le sol, avec la lutte contre la déforestation, pour le reboisement et la sauvegarde de la santé et du bien-être des hommes qui y résident.
 
3. L’asthme et les allergies en sont-ils un exemple visible ?
 
20 % de la population est allergique et on prévoit que d’ici 2050, 50% des personnes seront allergiques, voire d’ici 2030 en Europe, selon certains spécialistes. La perturbation des écosystèmes est liée à la fois au réchauffement climatique et à la pollution.
 
Une plante comme l’ambroisie est un exemple du lien entre le dérèglement climatique, la pollution et l’augmentation d’allergies respiratoires. Cette plante remonte en France du Sud vers le Nord. Quand l’ambroisie est soumise à un stress de type pollution atmosphérique, elle produit davantage de pollen créant davantage de cas d’allergie. Quand il fait chaud, les grains de pollen restent dans l’air, alors que s’il pleut, ils tombent au sol. Avec le changement climatique, le printemps arrive plus tôt, donc la pollinisation est plus précoce et les vagues de chaleur sont plus nombreuses. Il en résulte une moindre humidité et plus de pollution d’ozone qui favoriseront la production de pollen et leur maintien dans l’air, donc plus de risque d’allergie. Par ailleurs, en présence de pollution, le grain de pollen vert et lisse devient rouge et rugueux, ce qui favorise davantage les allergies. Toute perturbation des écosystèmes touche notre santé et peut entrainer une augmentation de l’allergie, voire, dans certains cas, de l’asthme.
 
4. Quel pourrait être le pire scénario d’ici 20 à 30 ans si nous ne changeons rien à nos habitudes ?
 
Si nous ne changeons rien, la température, qui va s’accroitre dans l’ensemble des scénarios du GIEC, augmentera plus rapidement et les répercussions en termes d’événements climatiques extrêmes seront plus importantes, avec des impacts sanitaires et alimentaires majorés. En effet, compte tenu de l’inertie climatique, il faut plusieurs dizaines années pour voir les conséquences des actions d’aujourd’hui. Nos pollutions, ce sont nos petits enfants qui les supporteront à leur naissance ! Dans certains scenarios, il y a le risque d’une canicule tous les deux ans en Europe à partir de 2050, des tensions sur les réserves d’eau, une nouvelle distribution de la production agricole avec parallèlement l’accroissement et l’émergence de nouvelles maladies infectieuses, dont les maladies vectorielles**. Il est déjà difficile d’atteindre les objectifs du millénaire du développement pris pour 2015 pour la population mondiale. Le dérèglement climatique fait peser davantage un poids aux pays en développement qui n’ont pas encore rattrapé, tant en matière de santé que d’indice de développement humain, les pays développés et émergents. En un mot, le dérèglement climatique touche aujourd’hui davantage ceux qui n’ont pas pollué et qui ne sont pas responsables de cette situation.
 
5. Comment agir concrètement en matière de prévention pour éviter de futurs risques sur la santé de tous ?
 
On peur agir chacun à notre niveau comme éco-citoyen en adoptant des gestes pour protéger notre planète : ceux du développement durable, mais aussi ceux pour protéger notre santé, de la santé durable. Un milliard de personnes sont en surpoids, environ un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim et 40% de l’alimentation est gaspillée entre la production et l’assiette. Les conseils de prévention sont ceux de bon sens : respecter la nature et notre santé en adoptant un mode de vie sain, en mangeant équilibré, en bougeant et en favorisant la marche en ville, en évitant un mode de vie d’hyperconsommation et de sédentarité. La prévention est aussi autour de soi : participer à la prise de conscience de la nécessité de vivre différemment en respectant davantage notre environnement et notre santé. Nous sommes tous acteurs de notre vie, comme éco-citoyen, comme membre d’association et comme électeur.
 
6. Le sujet est-il suffisamment abordé aujourd’hui dans la sphère publique et politique ?
 
En tant que médecin, je considère que le sujet est abordé en Europe lors des conférences interministérielles santé environnement, mais aussi en France avec le second Plan National Santé-Environnement (PNSE). Au niveau international, toutefois, la santé n’est pas assez présente dans les grandes négociations climatiques. Cela n’est pas le fait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui y est présente et joue pleinement son rôle, mais de l’ensemble des gouvernements qui ne sont pas assez sensibilisés sur le fait que la lutte contre le dérèglement climatique n’est pas seulement un problème environnemental, mais plutôt un problème humain avec des répercussions sur la santé et le bien être. Où serait notre intérêt dans une planète en bonne santé mais sans hommes ? C’est l’homme qui doit être au centre de nos préoccupations.
 
7. On peut lire : « Si certaines espèces disparaissent, elles emporteront avec elles leurs secrets médicamenteux ». Existe-t-il certaines ressources de la biodiversité encore peu connues et sources de potentiel pour de nouveaux médicaments ?
 
Les plantes médicinales sont la base de la pharmacopée traditionnelle. L’if est par exemple utilisé en chimiothérapie, la digitaline, pour ralentir le cœur et les coraux ont un potentiel pour le remplacement des os. Mais il nous reste encore beaucoup à découvrir. Si l’on détruit la biodiversité aujourd’hui, le risque est de détruire une source potentielle de cette pharmacopée, car toute la richesse de notre écosystème, tant au fond des océans, que dans la forêt équatoriale, n’est pas encore connue. La protection des écosystèmes est donc importante pour l’homme, pour sa santé d’aujourd’hui et de demain.
 
8. Pouvez-vous nous faire part d’un exemple symbolique qui vous a marqué ?
 
Pour le médecin diplômé de médecine de catastrophe que je suis, je retiendrais le lien entre les cyclones et les écosystèmes. La destruction des mangroves entraine des conséquences plus grandes lors des passages de cyclones. Parmi ceux-ci, la destruction d’une grande partie de la mangrove du delta d’Ayeyarwady en Birmanie a été un facteur aggravant du nombre de décès, de blessés et des déplacés lors du cyclone Nargis. D’après l’Organisation mondiale de l’alimentation (FAO), si la mangrove n’avait pas été détruite, les conséquences auraient été au moins deux fois moindres. Donc, la destruction de l’écosystème mangrove a un lien direct avec la santé de ceux qui habitent à proximité.
 

Pour aller plus loin : l’ouvrage écrit par le Dr Sandrine Segovia-Kueny Enjeux du changement climatique : 100 questions réponses paru aux Editions Afnor.

POST-SCRIPTUM

  • * La maladie de Chagas ou la trypanosomiase américaine (brésilienne) est une forme de trypanosomiase (comme la maladie du sommeil), une maladie parasitaire qui sévit dans les régions tropicales d’Amérique du Sud et centrale. Elle est provoquée par Trypanosoma cruzi, un trypanosome qui est transmis par des réduves, sorte de punaises . Selon l’OMS près de 13 000 personnes meurent du mal de Chagas et 300 000 nouveaux cas se déclarent chaque année.Source : Wikipedia
    ** La plupart des maladies vectorielles chez l’Homme sont des "zoonose", infection ou infestation naturellement transmissible de l’animal à l’homme et vice versa. Quelques exemples : Paludisme, fièvre jaune, maladie de Lyme, peste bubonique, Rage, etc.

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Commentaires
1 vote
par etychon (IP:xxx.xx8.233.253) le 3 mars 2011 a 09H23
etychon (Visiteur)

Il aurait fallu rajouter à votre courbe celle de l’augmentation de la population humaine sur la même période soit en 1970 : 3.4 milliards et en 2000 : 6 milliards... C’est notre vrai problème. Aujourd’hui nous frisons les 7 milliards.

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par Lywest (IP:xxx.xx2.227.79) le 3 mars 2011 a 11H14
Lywest (Visiteur)

Je crois que vous omettez une foule d’informations là... Les pesticides, fongicides, rejet d’usines etc... présent dans nos terres, notre eau et dans l’air, les molécules de certains médicaments qui ne sont pas traité qui polluent nos eaux etc... Les experts du Giec ? Leur affirmations ont déjà été démenti, pourquoi garder ces vieilles idées ? Ce sont des mensonges aujourd’hui.

La population à doublée en 40ans (1970-2010)

Le changement climatique est un phénomène naturel, qui est de très très peu accentué par l’homme, des ères glacière, des ère estivale il y en a eu bien avant nous et notre activité excessive. Le seul point que je ne conteste pas c’est qu’il faut que nous changions nos habitude et ça c’est primordial sinon on cour à la catastrophe.