Accueil du site
> Dossiers > Japon et Crise Nucléaire
Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Fukushima : "pas de risque sur la santé", vraiment ?
Fukushima : "pas de risque sur la santé", vraiment ?
catégorie
note des lecteurs
date et réactions
18 avril 2011 | 2 commentaires
Auteur de l'article
R. Bartet, 52 articles (Journaliste )

R. Bartet

Journaliste
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
52
nombre de commentaires
0
nombre de votes
0

Fukushima : "pas de risque sur la santé", vraiment ?

Fukushima : "pas de risque sur la santé", vraiment ?

La catastrophe de Tchernobyl est encore dans tous les esprits. A l’heure où des victimes de cancers de la thyroïde veulent faire reconnaître par la justice française un lien entre leur maladie et le passage du nuage radioactif, la centrale de Fukushima réveille les vieux démons et n’en finit pas de provoquer ses dégâts. A ce jour, si « le risque d’une fuite radioactive majeure s’éloigne  » selon les déclarations du gouvernement japonais au 10 avril, l’accident nucléaire, de niveau 7, est loin d’être terminé et 11 500 tonnes d’eau radioactive côtoient le fond sous-marin du Pacifique.

A la véritable question que l’on peut se poser : « Y aura-t-il un impact sanitaire ? » la réponse des autorités et experts fuse, catégorique, « Non, il n’y en aura pas ». C’est ce qu’affirmait, mercredi 6 avril Wolfgang Weiss, le président du comité scientifique des Nations-Unis pour l’étude des effets des rayonnements. A peu de mots près, c’est la même réponse qui a été faîte en 1986, quelques semaines après la crainte qu’un nuage radioactif n’arrive au dessus de nos têtes.
 
« Il n’y aura pas d’impact sanitaire » martèle t’on. Et pourtant le gouvernement japonais, en appliquant le simple principe de précaution, a décidé de contrôler la thyroïde de tous les enfants. Le 23 mars, l’Organisation mondiale pour la santé (l’OMS) s’inquiétait car la présence d’éléments radioactifs dans certaines denrées alimentaires au Japon, dont les épinards, les oignons, le lait et 11 autres produits frais, jusqu’à 15 000 becquerels/kg (l’unité de mesure de l’activité d’une source radioactive) « constitue un problème bien plus sérieux qu’on ne le pensait initialement  ». De même que l’organisation non gouvernementale Greenpeace déplorait que des mesures de protection n’aient pas été prises alors que l’eau du robinet à Tokyo commençait à être contaminée par des doses de radioactivité bien supérieures à celles autorisées. La plupart des pays ont décidé de contrôler, voire dans certains cas, comme la Food and Drug administration (FDA), de suspendre leurs importations de lait et de produits frais nippons. Nombreux souhaitent une interdiction stricte de la pêche dans la zone de l’accident durant des mois. Les experts craignent en effet que la chaîne alimentaire marine ne soit à son tour contaminée par la radioactivité. Si l’iode a une durée de vie très courte, le plutonium, lui, va subsister à long terme dans l’océan, avec le risque que ces radioéléments soient concentrés par les algues, puis mangés par les crustacés, qui seront à leur tour ingérés par l’homme.
 
En France, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis, les autorités de sûreté nucléaire ont décelé une présence généralisée de traces d’iode 131 dans l’air, les végétaux et le lait. La dernière synthèse de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) fait état de « concentrations très faibles qui ne représentent aucun risque environnemental ou sanitaire même en cas de persistance dans la durée. ». Ces éléments scientifiques qui devraient nous rassurer semblent pourtant être mis en porte à faux dans la presse par un médecin de l’IRSN, Patrick Gourmelon. Ce dernier affirme que les faibles doses augmentent le risque statistique de certains cancers. Or, le problème auquel nous devons faire face aujourd’hui est assez inédit : gérer dans la durée les dépôts de radioactivité dus à l’accident. « Nous sommes dans le domaine du risque négligeable » en France, souligne l’autorité indépendante nucléaire : la CRIIRAD qui donne sur son site certains conseils face à l’assaut de questions d’internautes alarmés « il semble utile d’éviter les comportements à risque. Les enfants en bas âge sont le plus vulnérable avec les femmes enceintes et si le risque perdure, il faudra limiter les expositions à ces niveaux négligeables et éviter le lait et les fromages frais, les salades et les épinards ». Eviter, mais jusqu’à quand ? Le problème est que si le nuage survolait l’Europe pendant des semaines, voire des mois, il faudrait réévaluer les risques à cause du phénomène d’accumulation, soulignent les experts. Si le vent souffle dans la même direction, les doses d’iode seraient accumulées pouvant atteindre jusqu’à une centaine de becquerels par mètres carré et l’impact sanitaire passerait de « négligeable » à « très faible ». Mais la communauté scientifique dans son ensemble admet qu’il n’y a pas de seuil en dessous duquel la radioactivité n’ait pas d’effet !
 
La menace sur le long terme, le Président de l’Association « Sortir du nucléaire », Xavier Rabilloud en parle aussi. « Après Tchernobyl, on a vu que même des expositions à faibles doses ont eu un impact sur la santé et sur plusieurs générations  » affirme t’il tout en reconnaissant que cet accident nucléaire est le second accident le plus grave après Tchernobyl.
 
On sait que le risque varie avec les doses reçues, soit inhalées ou ingérées. Or, en l’état actuel des choses, elles ne sont pas précisément connues au Japon et ne le seront vraisemblablement qu’après l’issue de cette catastrophe. Les informations parcellaires et souvent contradictoires venues du Japon au fil des jours ne sont, en outre, pas des plus rassurantes.
 
Dans un article des Echos, le journaliste Frederick Lemarchand dresse une parallèle entre l’accident de Tchernobyl et Fukushima : « La catastrophe de Tchernobyl, dont les effets se feront sentir des siècles durant, est la seule référence culturelle et historique dont nous disposons pour aborder socialement l’accident, comme représentation, comme construction du désastre nucléaire  ». Il poursuit son raisonnement en démontrant qu’il faudra prendre en compte les effets délétères sur la santé des faibles doses de poussières radioactives inhalées ou ingérées qui vont se fixer sur le corps et produire leurs effets longtemps plus tard. Aucune étude globale, dit-il encore, n’a jamais été faîte pour rendre compte des effets massifs de l’accident de Tchernobyl depuis 25 ans. Seule certitude : aucun des 3 millions d’enfants vivant autour de la zone contaminée n’ont été reconnus comme sains par l’OMS. Le bilan de la catastrophe, dans un rapport paru en 2005 dénombrait 50 morts, 400 personnes irradiés et 4000 cas de cancers potentiels… 
 
Si la catastrophe de Fukushima n’est pas celle de Tchernobyl, ne serait-ce que parce que l’essentiel de la radioactivité s’est dispersée et diluée au dessus du Pacifique inhabité, les conséquences environnementales, elles, n’en seront pas des moindres et il n’existe à l’heure actuelle aucune possibilité de décontaminer un territoire entier.

SOURCES

  • http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/inquietudes-sur-l-impact-sanitaire-de-fukushima-23-03-2011-1310184_240.php
    http://www.liberation.fr/terre/01012330981-fukushima-risque-de-fuite-radioactive-majeure-considerablement-reduit
    http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2011/03/panache-radioactif-de-fukushima-quels-dangers-.html
    http://www.20minutes.fr/article/702161/monde-japon-accident-fukushima-devrait-avoir-impact-grave-sante-selon-expert
    http://www.criirad.org/
    http://www.asn.fr/index.php/Site-de-l-ASN-Special-Japon/Comprendre2
    http://www.developpementdurable.com/technologie/2011/03/A5890/fukushima-les-retombees-du-nuage-radioactif-a-travers-le-monde.html
    http://www.lemonde.fr/japon/chat/2011/03/29/fukushima-jusqu-ou-ira-la-catastrophe_1500007_1492975.html
    http://www.politis.fr/Accident-nucleaire-de-Fukushima,13389.html
    http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/international/221134016/tchernobyl-a-fukushima-pedagogie-desastre
Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
Commentaires
2 votes
par jacques lemiere (IP:xxx.xx5.206.58) le 18 avril 2011 a 19H23
jacques lemiere (Visiteur)

Un jour ou l’autre il faudra lire les etudes d’impasts des accidents du passé... sur la foi de ceux ci..on peut etre optimiste... mais une question.... la circulation autmomobile..quel impact sur la santé ? morts dans les accidents de la route ..blessés...morts sur les sites d’extraction du petrole..marées noires...impact des particules sur la santé humaine...etc etc...

Si on regarde les faits..le nucleaire est sur vis à vis des autres sources d’energie....c’est comme ça...accidents compris bien sûr....

ceci dit on a le droit d’avoir peur...

1 vote
par aurelien (IP:xxx.xx7.102.239) le 18 avril 2011 a 23H52
aurelien (Visiteur)

"La terre à toujours été belle. C’est l’homme qui est mauvais." Soleil vert