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Désherbants : Arrêtez de passer à l’orange !
Désherbants : Arrêtez de passer à l'orange !
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29 mai 2013 | 1 commentaires
Auteur de l'article
Jean-Marie Habar, 19 articles (Médecin retraité)

Jean-Marie Habar

Médecin retraité
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Désherbants : Arrêtez de passer à l’orange !

Désherbants : Arrêtez de passer à l'orange !

Le printemps est là, la végétation verdit, parfois certaines parcelles de terre prennent une étrange couleur orange qu’est-ce à dire ?
Cela signifie tout simplement que ces surfaces ont été traitées avec des désherbants de type « Round up » ®, le désherbant le plus vendu au monde.
En quelque sorte, il s’agit du code couleur des fabricants de pesticides qui signent ainsi sa présence sur les surfaces traitées
Ceci mérite de faire le point des connaissances à propos de ce type de produit largement répandu dans nos campagnes, y compris sur des espaces naturels sensibles (zones humides classées Natura 2000…).

Le Roundup

Le Roundup est un herbicide (désherbant), dont le principe actif est le glyphosate, mis sur le marché depuis 1975 par la société américaine Monsanto.
Largement utilisé dans l’agriculture traditionnelle, il est aussi très couramment utilisé comme désherbant domestique et urbain.
Ce produit agit préférentiellement au niveau des feuilles du végétal.
Il n’est sélectif d’aucune espèce particulière et, de ce fait, entraine une mortalité sur un très grand nombre d’espèces végétales, même si le produit n’atteint qu’une partie de la plante.
La toxicité du glycosate est alléguée comme faible chez l’animal, hormis des irritations occulaires parfois sévères et quelques effets secondaires au niveau du tractus intestinal, du foie et des glandes salivaires.
De ce fait la société Mosanto n’a pas hésité à tenir des propos rassurants à propos de son produit l’affirmant bio-dégradable et respectueux de l’environnement.
Cependant, dans le roundup il n’y a pas que du glyphosate.
En effet, cette molécule est associée à d’autres composants destinés à en augmenter l’efficacité, en permettant une meilleure pénétration du principe actif
Ces produits sont essentiellement des surfactants, destinés à « décaper » les feuilles de leur protection cireuse riche en graisses.
Jusqu’à présent on s’est focalisé sur les éventuels effets néfastes du glyphosate, principe actif de la majorité des herbicides de type Round up et minimisés par la société Mosanto.
Cependant, le danger du Roundup et d’autres formulations commerciales apparentées n’est pas dû qu’au seul glyphosate seul, mais à son association à un adjuvant pas toujours mentionné sur les étiquettes.
De fait les désherbants de type Roud-up se sont multipliés depuis que le principe actif, le glyphosate, est passé dans le domaine public et se retrouve en Europe sous une quarantaine de formulations différentes.
Ces produits ont une action « décapante », assez semblable à ce qui est utilisé dans certains produits ménagers, lessives et dégraissants, voire dans des produits médicaux comme le chlorure de benzalkonium, très toxique pour les poissons.
Ces produits sont connus pour provoquer des mortalités cellulaires (par contact direct avec une cellule ou le revètement cutané) et des irritations.
En France, près de 5 400 tonnes de glyphosate sont vendues tous les ans, dont 3 200 tonnes au titre du Roundup de Monsanto.
Le produit est classé N-R51 : « dangereux pour l’environnement - toxique pour les organismes aquatiques » par la Commission européenne.
En novembre 2004, la société Monsanto à été condamnée par le tribunal correctionnel de Lyon pour publicité mensongère relativement à ses allégations rassurantes : « Biodégradable » et « respecte l’environnement ».
En 1996, la compagnie avait déjà fait l'objet d'une condamnation aux États-Unis pour les mêmes raisons.
Aujourd’hui, sur le site de Monsanto, on trouve encore des publicités qui se veulent rassurantes sur le produit : « Is Roundup Right for You ? » / « Est-ce que le Roundup est bon pour vous ? », la société Monsanto nous annonçant ensuite : « Roundup's active ingredient, glyphosate, is reasonably safe if used according to directions. However, the Material Safety Data Sheet (MSDS) mentions microscopic cell changes and "developmental changes" in fetuses / “Les agents actifs du Roundup, le glyphosate, est raisonnablement sûr si utilisé en suivant les instructions. Cependant, la fiche de sécurité du produit mentionne des changements et des « modifications de développement » chez les fœtus ».
Rassurant non ?
 

Effets sur l’environnement

De nos jours, le glyphosate ou son produit de dégradation (AMPA) se retrouve en grande quantité dans l’environnement.
Il est l’un des pesticides les plus fréquemment retrouvés dans les eaux superficielles (liste des principales molécules présentes dans les eaux superficielles, tous réseaux confondus fournie par l’Institut Français de l’Environnement (IFEN) 2002, 2004).
Bien qu’annoncé comme « immobilisé au contact du sol » par la société Monsanto, le glyphosate est aussi détecté dans les eaux souterraines (8ème position sur l’ensemble des molécules quantifiées dans les eaux souterraines en 2002, tous réseaux confondu : IFEN 2004).
 

Effets sur la faune et la flore

Des études récentes ont prouvé les effets dévastateurs des désherbants de type Roundup sur certaines espèces de la faune aquatique :
Nous pouvons mentionner les travaux suivants :
  • Crustacés :perturbation de l’activité métaboliques des cellules (travaux sur crustacés amphipodes, Dutra et al., 2011),
  • Poissons : déterioration du foie par le stress oxydatif et atteinte cérébrale et musculaire par inhibition d’un neurotransmetteur : l'acétylcholinestérase (travaux sur le Prochilodus lineatus , Modesto& Martinez, 2009),
  • Rupture des brins d’ADN et cassures chromosomiques (travaux sur l’Anguille d’Europe, Guilherme et al., 2010),
  • Mortalité massives de larves de batraciens (travaux sur Spea multiplicata et Spea bombifrons, Dinehart et al., 2010)…
  • Il est évident que, d’autres espèces animales, non encore étudiées, peuvent être aussi très menacées par l’utilisation de ce type de désherbants.
  • En perturbant les écosystèmes aussi bien terrestres qu’aquatiques, ces produits atteignent aussi la faune qui leur est associée.
  • On constate une réduction de la minéralisation du carbone dans les sols, par le glycosate (Lancaster, 2006).Le carbone est un composant essentiel de la matière organique dans les sols.Elle est l’indicateur principal de la qualité des sols et donc de l’agriculture.Elle est indispensable à la diversité des micro-organismes et de la faune.
  • On a pu aussi mettre en évidence une augmentation significative du phosphate dans les écosystèmes aquatiques, par les produits de dégradation du glycosate, contribuant à une modification de la structure et de la fonctionnalité de ces milieux fragiles (Vera et al., 2010).Les phosphates contribuent au développement d’algues et multiplient la croissance rapide de végétaux, qui en se décomposant avec l’actionde bactéries, finissent par tuer les animaux et végétaux aquatiques.
 
Il est bien évident que les effets néfastes de ce type de produit ne s’arrêtent pas à la faune aquatique, comme à une frontière décrétée infranchissable.
Car ce qui est vrai pour des cellules de poissons ou de batraciens l’est aussi pour les cellules d’autres vertébrés qu’ils soient oiseaux, (dont certains consomment des animaux aquatiques), ou mammifères terrestres.
 

Effets sur la santé humaine

 
Les cellules humaines n’échappent pas davantage aux effets ravageurs du Roundup pourtant vendu à une certaine époque comme non dangereux pour la famille et nos animaux de compagnie…
 
Même à dose infinitésimale du produit, sur des cellules ombilicales, embryonnaires ou placentaires humaines, Benachour et Séralini (2009) ont démontré que les produits de type Roundup déclenchaient différents phénomènes comme la mort cellulaire en moins de 24 heures, un arrêt de la respiration cellulaire et une détérioration des membranes cellulaires et de l’ADN.
Ces résultats sont largement confortés par différentes équipes ayant travaillé sur différents type de cellules, Robert Bellé et al. (2012) allant aujourd’hui jusqu’à considérer le produit comme “potentiellement cancérigène”.
Par ailleurs les produits de type Roundup sont des perturbateurs endocriniens (Clair et al., 2012).
 
Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui peuvent interférer avec « la production, la sécrétion, le transport, le métabolisme, la liaison, l’action ou l’élimination des hormones naturelles » (Multigner, 2007).
Certains d’entre eux seraient à l’origine d’une baisse de la qualité du sperme, d’une augmentation du nombre d’anomalies dans le développement du génital, d’une altération de la fonction de reproduction. Ils sont aussi suspectés de favoriser le développement de cancers par des mécanismes hormonaux (cancers hormono-dépendants).
 

Que doit-on retenir de ces informations ?

 
Tout d’abord, en l’état actuel de nos connaissances, les produits de type Round Up semblent bien poser un réel problème de santé publique, dont l’ampleur est loin d’être parfaitement évalué.
La nocivité de ce type de produit, sur la faune et la flore est réelle, bien documentée et volontairement sous-estimée ou occultées par les sociétés distribuant les désherbants.
Quand des informations sont fournies, elles sont souvent inexactes, tronquées, voire mensongères.
 
Pour toutes ces raisons, il est important que tous les utilisateurs habituels, occasionnels ou potentiels se posent la question des bénéfices réels attendus en utilisant ces produits, en comparaison avec les risques encourus en termes de protection de la nature et en termes de santé publique, dans l’immédiat et dans l’avenir.
 
Il s’agit pour chaque citoyen d’avoir une attitude responsable et d’exercer sa vigilance dans un domaine qui nous concerne aujourd’hui et nos enfants dans le futur. En cas de douteen ce qui concerne la qualité des eaux et leur éventuelle pollution, il est possible d’informer l’Office des Eaux et des Milieux Aquatiques (ONEMA : http://www.onema.fr/) qui est compétant en ce domaine.
De toute façon le principe de précautions devrait inciter les consommateurs que nous sommes à privilégier le « bio »
En ce qui concerne les exploitants agricoles qui demeurent dans ces régions, il serait utile qu’ils se renseignent auprès de leur collègues du voisinage sur l’apparition de certaines pathologies, en particulier cancers.
 
En conclusion pour que chacun puisse exercer son regard nous proposons ici au lecteur de jouer au jeu non pas des 7 erreurs, mais de l’Erreur en devinant sur quelle parcelle de terrain, prise en photo dans une région de marais, et se drainant dans les eaux d’un estuaire, a été déversé du désherbant de type Round-up, peu éloignée d’une des plus belles plages d’Europe qui affiche fièrement tous les ans le « Pavillon Bleu » attribué chaque année aux communes et aux ports de plaisance, qui mènent de façon permanente une politique de recherche et d'application durable en faveur d'un environnement de qualité…
JMH

POST-SCRIPTUM

  • Faut-il rappeler que la couleur habituelle d’une prairie printanière est d’un vert tendre rafraichissant ?

SOURCES

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Commentaires
2 votes
par simple-touriste (IP:xxx.xx4.189.102) le 20 juillet 2013 a 21H21
simple-touriste (Visiteur)

Vous vous discréditez à citer les études grotesques de Séralini.