Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Un trip d’acide qui tourne mal…
Un trip d'acide qui tourne mal…
note des lecteurs
date et réactions
21 septembre 2012
Auteur de l'article
Maxime St-Onge, 27 articles (Kinésiologue)

Maxime St-Onge

Kinésiologue
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
27
nombre de commentaires
0
nombre de votes
0

Un trip d’acide qui tourne mal…

Un trip d'acide qui tourne mal…

Vous a-t-on déjà reproché d’avoir un pH trop acide ? Que ce même pH vous empêchait de perdre du poids, de gagner de la masse musculaire ou même causer la maladie ? Vous a-t-on proposé un test rapide et efficace pour mesurer votre taux d’acidité moyennant quelques dollars ?

Je ne suis pas un spécialiste de la régulation du métabolisme acido-basique (parce que c’est de cela qu’il est question), mais la popularité croissante de tests d’acidité rapido presto m’a forcé à me plonger un peu plus dans le sujet. Est-ce que notre pH peut nous causer des problèmes ? Voici ce que j’ai trouvé…

Tout d’abord, nous devons définir ce qu’est l’acidité ou l’alcalinité de l’organisme. Nous devons retourner à nos premières classes de chimie où l’on s’entêtait à nous faire comprendre ce qu’était une base et un acide (si vous êtes comme moi, vous regrettez sûrement de ne pas avoir porté plus attention aux cours). Une base est caractérisée par sa capacité à capturer un ou plusieurs protons alors qu’un acide se démarque par sa capacité à se départir d’un proton. On mesure l’acidité-alcalinité à l’aide d’une mesure, le pH. Cette mesure quantifie la concentration d’ion hydrogène (H+) dans un milieu. On utilise le logarithme négatif de la mesure pour obtenir une valeur plus digeste (les concentrations de H+ varient entre 0.000035 et 0.000045 mEq/L et ce sont des chiffres plutôt difficiles à utiliser. Les valeurs transformées par le logarithme sont plus aisées s’échelonnant de  6.9 à  7.5 pour le sang artériel). Mais qu’est-ce que tout ça peut bien avoir avec le corps humain vous me direz ? Plus que l’on pourrait croire…

Le corps humain présente plusieurs pH à différents endroits et à différents moments. Par exemple, le pH salivaire est habituellement aux alentours de 6.8 (peu acide) alors que dans l’estomac, le pH peut varier de 1.5 (très acide) à 5 (acide) chez un individu sain. Dans le muscle, le pH varie également en fonction de l’activité musculaire, il est possible d’observer des valeurs s’échelonnant entre 6.63 (gros effort) et 7.1 (repos). En bref, le pH diminue lorsqu’il a une augmentation de la présence de H+ ou une diminution de la capacité de l’organisme à tamponner les H+ et il augmente lorsque la situation inverse se produit. Il existe une plage de pH acceptable pour l’ensemble des mécanismes et processus du corps humain. Un pH trop bas ou un pH trop élevé entraîne une perturbation des fonctions normales de l’organisme. La régulation de l’équilibre acido-basique est donc d’une très grande importance chez nous les humains. Au quotidien, le pH musculaire et le pH sanguin sont probablement ceux qui subissent les variations pouvant causer problème, si problème il y a. Voici donc une courte présentation de la régulation du pH sanguin et musculaire.

Cette régulation se fait sous trois fronts, le premier se situe à l’intérieur même des cellules, le second met à profit nos capacités ventilatoires et le troisième se manifeste au niveau des reins.

Tamponnage cellulaire

Le maintien de l’équilibre acido-basique se fait soit en tamponnant les H+, soit en excrétant des H+. À l’intérieur des cellules, des protéines et du phosphate se chargent de tamponner le plus possible les ions H+. Cependant, lorsque la production de H+ surpasse les capacités de la cellule, les H+ débordent vers le milieu extracellulaire. Ils sont alors accueillis par des ions bicarbonates (presque comme la petite vache du réfrigérateur) qui se lient aux H+ pour permettre leur transport et surtout, pour limiter leur effet acidifiant (lorsque les H+ sont liés à quelque chose, ils n’agissent plus sur le pH). On leur fait faire une petite visite guidée en voguant dans les canaux sanguins pour aboutir aux poumons ou aux reins.

Tamponnage ventilatoire

Lorsque notre tandem bicarbonate- H+ arrive aux poumons en présence d’une enzyme (anhydrase carbonique), ils aboutissent en CO2 et en eau et les bicarbonates reprennent le chemin de la circulation sanguine pour tamponner gaiement à nouveau. Une diminution de pH entraîne une réponse quasi instantanée de nombreux système, dont le système ventilatoire qui augmente la fréquence et l’ampleur de chaque ventilation. À l’opposée, une augmentation du pH entraîne un ralentissement de la fréquence ventilatoire ce qui cause rétention de CO2 permettant d’effectuer l’opération inverse (décrite précédemment) et d’ainsi de réduire le pH. Pas toujours simple…

Tamponnage au niveau des reins

Il s’agit d’un système plus lent, mais extrêmement efficace pour réguler le pH sanguin. Les reins peuvent excréter des H+ et les tamponner à l’aide des bicarbonates (qu’ils peuvent recycler ou générer à partir de glutamine). Cependant, ils peuvent prendre plusieurs heures avant d’être pleinement activés et de contribuer de façon importante.

Lors que le pH est trop bas au niveau du sang (<7.35 sans élévation notable de la teneur en CO2 artériel), on parle d’acidose métabolique alors que s’il est trop élevé (>7.42 et des bicarbonates élevés), on parle alors d’alcalose métabolique. L’acidose métabolique peut provenir du métabolisme (surproduction de H+, incapacité de tamponnage) ou du système respiratoire (incapacité de tamponnage, trouble du CO2). Afin de détecter une acidose métabolique, il faut effectuer des analyses permettant de déterminer les concentrations de gaz sanguins et l’écart entre les H+ et d’autres ions chargés négativement (écart ionique). Bref, tout ça ne se mesure pas à la bouche ou dans l’urine avec une petite languette.

Tout ça pour ça me direz-vous ? Oui.

La plupart des gens qui m’ont parlé d’acidose métabolique effectuaient des mesures de pH à la bouche ou dans l’urine pour déterminer le pH « total de l’organisme ». Malheureusement, les valeurs de pH salivaire ou urinaire ne sont pas forcément représentatives du pH sanguin et encore moins du pH musculaire. En se basant sur une valeur peu représentative, on effectue un diagnostic qui peut s’avérer vide de sens (et vider votre portefeuille). Établir le pH humain est plus compliqué que de mesurer celui de votre piscine. Pourtant, j’ai déjà vu des gens utiliser ce type d’équipement pour tester le pH urinaire.

En réalité, l’acidose métabolique peut durer quelques heures (aiguë) à plusieurs jours (chronique). Sa version chronique touche moins de 1.9 % de gens sur 15 000 (1). Certains auteurs rapportent que l’acidose métabolique chronique pourrait être présente chez plus d’individus et serait causée par notre alimentation déficiente en aliments alcalinisant (2) comme les fruits et trop riche en aliments acidifiant comme les protéines animales (malheureusement, les auteurs présentent un modèle plus théorique qu’une recension de faits, mais leur recommandation de manger plus de fruits et légumes est néanmoins tout à fait justifiée). Il est donc fort peu probable qu’un grand nombre d’individus soit accablé d’une acidose métabolique chronique.

Pour ceux et celles que ça intéressent, il existe de nombreux traitements à l’aide de produits plus alcalins comme du bicarbonate de soude. Plusieurs athlètes de disciplines explosives ont eu et ont toujours recours à ce produit pour tenter d’améliorer leurs performances. On parle de gains de l’ordre de moins de 2 % sur les performances (4). Si cela peut être utile pour Usain Bolt, pour le commun des mortels adeptes du conditionnement physique, cela risque plus de causer de sérieuses intolérances gastro-intestinales.

Si votre pH vous inquiète, commencez par augmenter vos apports en fruits et légumes et à faire de l’exercice de façon régulière en limitant votre consommation d’alcool à un minimum respectable.

En résumé :

- Si vous voulez avoir une idée précise de votre pH sanguin, il vous faudra effectuer une prise de sang.

- Votre pH musculaire est variable en fonction de l’effort. Plus il y a une grande quantité de contractions musculaires en un cours laps temps, plus il y aura accumulation de H+. Ceci peut causer dans certains cas une acidose métabolique aiguë passagère. Bravo pour l’effort…

- Il est très rare que le pH du système digestif soit problématique pour l’assimilation des substrats. Les cas de déséquilibre les plus fréquents sont probablement l’hyperacidité gastrique (qui doit être proprement diagnostiquée).

P.S. : Je ne suis pas un spécialiste de la régulation du métabolisme acido-basique. Soyez à l’aise d’apporter des précisions si vous en avez. Prenez toutefois bien soin de fournir des références crédibles…

Maxime St-Onge, Phd

POST-SCRIPTUM

  • Références

    1. Kraut JA, Madias NE. Metabolic acidosis : pathophysiology, diagnosis and management. Nature reviews. Nephrology. May 2010 ;6(5):274-285.

    2. Adeva MM, Souto G. Diet-induced metabolic acidosis. Clin Nutr. Aug 2011 ;30(4):416-421.

    3. Arnett TR. Acidosis, hypoxia and bone. Archives of biochemistry and biophysics. Nov 1 2010 ;503(1):103-109.

    4. Carr AJ, Hopkins WG, Gore CJ. Effects of acute alkalosis and acidosis on performance : a meta-analysis. Sports Med. Oct 1 2011 ;41(10):801-814.

    5. Crimi E, Taccone FS, Infante T, Scolletta S, Crudele V, Napoli C. Effects of intracellular acidosis on endothelial function : an overview. Journal of critical care. Apr 2012 ;27(2):108-118.

    6. Jones MB. Basic interpretation of metabolic acidosis. Critical care nurse. Oct 2010 ;30(5):63-69 ; quiz 70.

    7. Liamis G, Milionis HJ, Elisaf M. Pharmacologically-induced metabolic acidosis : a review. Drug safety : an international journal of medical toxicology and drug experience. May 1 2010 ;33(5):371-391.

    8. Souto G, Donapetry C, Calvino J, Adeva MM. Metabolic acidosis-induced insulin resistance and cardiovascular risk. Metabolic syndrome and related disorders. Aug 2011 ;9(4):247-253.

    9. Thorsen K, Ringdal KG, Strand K, Soreide E, Hagemo J, Soreide K. Clinical and cellular effects of hypothermia, acidosis and coagulopathy in major injury. The British journal of surgery. Jul 2011 ;98(7):894-907.

Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
Mots-clés :
Sciences