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Travailler trop longtemps augmente les risques d’AVC ? Ça dépend de votre mode de vie
Travailler trop longtemps augmente les risques d'AVC ? Ça dépend de votre mode de vie
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24 août 2015
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mackysanogo, 31 articles (Rédacteur)

mackysanogo

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Travailler trop longtemps augmente les risques d’AVC ? Ça dépend de votre mode de vie

Travailler trop longtemps augmente les risques d'AVC ? Ça dépend de votre mode de vie

Selon une étude publiée dans la revue "The Lancet", des horaires de travail prolongées accroîtraient le risque de maladies cardiovasculaires. Travailler plus de 55h par semaine augmenterait de 33% le risque de faire un AVC et de 13% celui de développer une maladie des coronaires, par rapport à un horaire de 40h. Faut-il moins travailler pour sa santé ? Par Mikael Rabaeus, cardiologue.

 

Les résultats de cette étude sont à prendre avec précaution. Les maladies cardiovasculaires sont liées à un ensemble de facteurs dits de risque. Le travail en fait peut-être partie, mais il est difficile de distinguer l'effet direct d'une surcharge de travail de son effet sur le reste du mode de vie.

Par exemple, quelqu'un qui passe 55 heures de la semaine au travail fera certainement souvent moins d'activité physique, suivra un régime alimentaire de moins bonne qualité, etc…

D'un autre côté, les individus travaillant plus de 50 heures par semaine dans cette étude sont d'un niveau socio-économique plus élevé. Or, le risque de maladies cardiovasculaires précoces chez de tels individus est plus bas. L'effet délétère du travail lourd serait dès lors plus important que démontré.

Ce n'est pas le travail qui compte mais le mode de vie

Les résultats doivent finalement être considérés en détail : après 8.5 ans de suivi, le taux d'événements global est inférieur à 3%. On est donc dans une population fondamentalement à bas risque. En se disant peut-être que les gens qui peuvent travailler plus de 50 heures par semaine sont probablement plutôt solides…

Tout ça pour déjà dire qu'il ne faut pas à l'occasion de cette étude vouloir tout de suite en conclure que le travail en tant que tel est dangereux pour la santé. C'est son intégration avec notre mode de vie qui est le facteur de loin le plus important.

Les auteurs signalent avoir corrigé les résultats bruts en faisant intervenir d'éventuels facteurs confondants comme justement le niveau socio-économique ; l'activité physique ; le poids ; le tabac ; la consommation d'alcool. Certains de ces facteurs sont fiables. Mais dès qu'on parle d'activité physique, je sais par expérience que l'évaluation est toujours très approximative car dans l'immense majorité des études on se base sur des questionnaires qui sont moyennement fiables.

Comment faut-il dès lors interpréter cette étude ? Ce n'est pas simplement la durée du travail qui compte, mais comment ce travail est associé à un mode de vie plus ou moins délétère. 

Les entreprises ont un intérêt à prendre soin des salariés

Le mode de vie intervient en effet à plusieurs niveaux :

- 80% de notre risque d'avoir un événement cardiovasculaire précoce est déterminé par l'activité physique ; la diététique ; le tabac ;

- l'activité physique a également un effet anti-stress très important

- le risque de cancer précoce est également diminué

Tout ceci se traduit par le fait qu'un mode de vie correct rajoute 10 voire 15 ans de vie en bonne santé à l'individu. Plus intéressant encore, l'entreprise a un intérêt financier à favoriser le mode de vie de ses employés.

Une étude suédoise, dénommée AHA, faite il y a une dizaine d'années par l'Institut Karolinska, s'était attachée à améliorer le mode de vie dans quatre entreprises, employant en tout plus de 4.000 personnes. Ils avaient obtenu une amélioration significative au niveau activité physique et habitudes alimentaires, de même qu'une diminution du taux de tabagisme.

Pour l'entreprise, cela s'est traduit par une baisse significative tant de l'absentéisme que du présentéisme, avec un retour sur investissement en une année ! Seul problème, elles se sont retrouvées en excès de personnel… À noter que les premières affections à diminuer sont le burn-out et les douleurs lombaires…

Plus que le temps de travail, le stress joue un rôle majeur

Il faut rappeler que les heures travaillées par beaucoup des individus de cette étude le sont généralement en position assise, au contraire de ce qui se passait il y a seulement un siècle, voire plus tard.

À la fin de la guerre 39-40, avant l'arrivée généralisée des aspirateurs et machines à laver le linge, une femme dite d'intérieur dépensait encore quotidiennement l'équivalent de deux heures de jogging. Et encore aujourd'hui, les femmes qui exercent une profession dépensent encore deux heures de jogging par semaine à s'occuper de la maison. Ça doit être pour cela qu'elles vivent encore plus longtemps que les hommes.

Autre aspect historique : un paysan pouvait facilement passer plus de 12 heures dans les champs selon la saison et le climat. C'était tout à fait normal. Il est indéniable que la durée hebdomadaire du travail est très différente à travers le monde. En Asie, travailler 10-11 heures par jour est "naturel" comme les 35h le sont devenues en France. Ceci a son importance car l'aspect stress joue un rôle majeur. Je vais me sentir moins stressé de faire dix heures par jour si j'ai l'impression que c'est "normal".

L'aspect culturel est aussi que dans les couches socio-économiques supérieures il est plus acceptable de travailler beaucoup d'heures. Mais on a négligé l'effet épuisant que cela peut avoir sur l'esprit. On n'arrive plus à déconnecter. Donc à court et moyen terme, on verra surtout ces effets psychologiques de l'excès de travail.

Les politiques ne s'intéressent pas assez à ces questions

Quelles conclusions pratiques :

1. Combattre la sédentarisation

L'entreprise a tout à gagner à favoriser le mouvement. Cela ne veut pas nécessairement dire faire du sport. On a pu démontrer que le simple fait de se lever plusieurs fois par heure, de marcher quelques mètres, prendre les escaliers etc. se traduit par des effets métaboliques positifs.

Si j'ai quelque chose à communiquer à quelqu'un qui travaille trois portes plus loin, il faut y aller plutôt que d'envoyer un mail ou téléphoner. Dans plusieurs pays nordiques, il devient de plus en plus répandu de travailler debout, y compris sur l'ordinateur. Oh surprise, on observe une diminution des douleurs lombaires. Et de façon assez amusante, les réunions de direction qui duraient dix heures se raccourcissent étrangement dès lors qu'elles se passent debout…

Celui qui avait compris, c'est Gaston Lagaffe, mon idole. Le seul moment où il ne fichait rien, c'était au bureau. Dès qu'il en sortait, il n'arrêtait pas de bouger. Il partait même en vacances à pied avec un sac à dos… C'est cela qui a changé.

2. Améliorer la nutrition

L'entreprise a tout à gagner a améliorer l'offre, à stimuler la consommation de légumes p.ex. Et qu'on se rassure, le fameux régime pauvre en graisses saturées etc. est maintenant admis comme ne reposant sur aucune base scientifique. L'entreprise peut jouer un rôle énorme en enseignant comment manger sainement, surtout en évitant les produits industriels.

3. Repérer les employés qui "en font trop"

Mais malheureusement, les interventions destinées à favoriser le mode de vie sont très peu prisées par nos politiques. Cela ne rapporte dans l'immédiat que très peu comparé aux médicaments. C'est pour cela que j'invite les entreprises à prendre des mesures. C'est très rentable.

 

 

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