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Toxicomanie : Le sablier du médecin généraliste
Toxicomanie : Le sablier du médecin généraliste
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14 février 2012
Auteur de l'article
Jean-Marie Habar, 19 articles (Médecin retraité)

Jean-Marie Habar

Médecin retraité
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Toxicomanie : Le sablier du médecin généraliste

Toxicomanie : Le sablier du médecin généraliste

La toxicomanie bénéficie plus grande prise de conscience réelle dans les milieux socio-professionnels, touchant à la santé et dans l’ensemble de la population.

L’ancêtre que je suis, en cette matière, ne peut que se réjouir de cette marque d’intérêt qui devrait aboutir à une meilleure prise en compte de cette « PATHOLOGIE »

En ce domaine comme ailleurs la connaissance d’un problème est le préalable incontournable à sa résolution.

Aussi je me suis beaucoup intéressé à la publication du livre blanc de la FFA (fédération française d’Addictologie) qui après un survol des différentes formes d’addictions et de leurs conséquences fait une liste de 100 propositions.

La publication est très sérieuse et bien documentée, ce qui n’a rien de surprenant de la part de ses auteurs, qui sont des références en ce domaine.

Ils décrivent le maillage, parfois fort complexe, des structures intervenantes en matière d’addiction.

Le nombre de structures engagées en cette matière me semble avoir quelque chose de surréaliste, et leur liste rappelle étrangement l’inventaire d’un certain Jacques Prévert, je cite :

« Fondée en 2001 par l’Association Nationale des Intervenants en Toxicomanie (devenue Fédération Addiction), l’Association Nationale de Prévention contre l’Alcoolisme (ANPAA), la Société Française d’Alcoologie (SFA) et la Société Française de Tabacologie (SFT), la FFA est ouverte à toute association qui en fait la demande et est agréée par les organes de la Fédération.

Sont membres de la Fédération : Alliance contre le tabac, AFR, ASPSA, CUNEA, COPAAH, ELSA, F3A, FNESAA, IREMA, RESPADD, SAF, SAFE, SOS Addictions.

Sont affiliées à la FFA : Alcool Assistance, ASUD et la Fondation Gilbert Lagrue.

Au total, la Fédération réunit aujourd'hui vingt associations oeuvrant dans le champ des addictions »

On ne peut qu’être admiratif devant un tel rassemblement d’intervenants apportant réflexions et compétences sur ce sujet difficile.

L’analyse que font les auteurs à propos des addictions et leurs conséquences leur permet de pointer les faiblesses éventuelles du système de soins et, à partir de cet état des lieux, de proposer pas moins de 100 mesures à prendre, pour améliorer la prise en charge des patients.

Mais à cet engagement militant répond, selon les auteurs, une faible ou une absence d’implication d’une majorité de Médecins Généralistes, qui toutefois semblerait un peu s’améliorer, dans la lutte contre les addictions et leurs conséquences.

Cela tient, de mon point de vue, au fait qu’un certain nombre de toxicomanes présentent des troubles parfois difficiles à gérer pour un médecin généraliste en perturbant à tous points de vue le déroulement d’une journée de consultation.

Il faut bien reconnaître, à l’inverse, que l’on demande rarement à un spécialiste en addictologie de prendre en charge un patient souffrant de diabète, de sinusite ou d’une poussée hémorroidaire !

Pour espérer améliorer l’investissement du médecin généraliste dans ce domaine, encore faudrait-il qu’il puisse s’appuyer sur un certain nombre de données facilitant sa compréhension du phénomène.

En ce qui me concerne je me contenterai de livrer 10 clés qui, de mon point de vue, pourraient être utiles à mes confrères, pour une meilleure prise en charge du patient toxicomane.

1) La toxicomanie n’est ni un vice, ni une déviance, mais l’expression d’une pathologie neuro biologique, consécutive à des comportements addictifs et pouvant conduire à une perte de la plasticité synaptique.

 2) Les addictions résultent d’une vulnérabilité cérébrale, provoquée par le stress et dont l’évaluation est un préalable nécessaire à une meilleure prévention et prise en charge.

 3) Les addictions ne se limitent pas à la consommation de produits illicites comme les stupéfiants, ou licites comme le tabac,l’alcool et certains aliments sucrés. Elles s’expriment aussi dans certains comportements excessifs, touchant au jeu, au sexe et parfois au travail...

 4) La prise en charge et le traitement des toxicomanies et des addictions nécessite l’intervention de structures spécialisées et une coopération multidisciplinaire. Par contre son dépistage est l’affaire de tous et déborde largement le cercle restraint des « intervenants en toxicomanie »

 5) Du fait de leur grande fréquentation, les cabinets des médecins généralistes libéraux, devraient être le lieu privilégié et la consultation l’occasion, pour la pratique d’un dépistage plus étendu et plus efficace, en vue de la prise en charge ultérieure.

 6) Les médecins généralistes ne peuvent participer à une telle démarche, que dans la mesure ou elle s’intégre facilement, dans le cours de la consultation habituelle. Le mode opératoire proposé, pour être efficient, nécessite une connaissance concrète et non virtuelle de ce qu’est pratique de la médecine libérale et de ses contraintes

 7) Trois conditions me semblent indispensables à cette intégration :

  • L’outil utilisé ne doit pas être exagérément chronophage, dans le cadre de la consultation.
  • Il doit être simple d’emploi et s’intégrer parfaitement dans le déroulement de toute consultation.
  • Il doit être « rustique » et facilement mémorisable pour s’intégrer systématiquement dans la pratique quotidienne.

8) L’utilisation d’un outil, que j’ai personnellement utilisé, que je nomme le « sablier », décrit sur ce site dans un précédent article : « le généraliste, le stressé et le toxico », me semble adapté à cette nécessité.

9) Il est souhaitable que certains médecins généralistes puissent s’intégrer dans le parcours de soins, destiné aux personnes souffrant d’adddictions et de toxicomanie. Pour réaliser ce projet, ils doivent pouvoir bénéficier d’une information et d’une formation en addictologie, qui doit être adaptée à la médecine générale et se différencier de celle plus approfondie, des « addictologues » à usage unique !

10) Ils doivent aussi pouvoir bénéficier d’une rémunération adaptée, « quelques euros de plus », pour tenir compte de l’investissement d’énergie et de temps nécessaire à une cette pratique très contraignante.

 

Étant resté à 100% MG, je voulais apporter cette modeste contribution, pour tenter d’aider, dans la pratique, ceux à qui l’on demande de savoir un peu sur tout, ce qui à mon avis vaut mieux que de savoir tout sur rien.

JMH
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