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Témoignage sur la Maladie d’Alzheimer
Témoignage sur la Maladie d'Alzheimer
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23 mars 2010
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Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Tichote

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Témoignage sur la Maladie d’Alzheimer

Témoignage sur la Maladie d'Alzheimer

Août 2008 : « Votre mère souffre de la maladie d’Alzheimer ». Confiant, le médecin ajouta : « Nous allons lui donner un traitement qui ralentira sûrement la progression de la maladie ». J’avais reçu un coup sur la tête, et tout ce que j’avais pu lire et entendre sur cette terrible maladie me revenait en mémoire.

En ce milieu de l’année 2008, elle était tombée en se rendant aux toilettes. Comme à chacun de ses appels au secours, j’arrivais aussitôt. Elle était livide. Ses jambes étaient couvertes de bleu et elle ne savait plus où elle était, incapable de me dire ce qui s’était passé dans la nuit.

Le pilulier qui organisait chaque jour sa prise de médicament était vide.

Ma sœur décida de la conduire aussitôt aux urgences.

Vint la terrible attente ; de longues heures, alors que maman s’agitait et voulait repartir chez elle. Lorsqu’elle fut prise en charge, ma sœur patienta jusqu’à plus de 23h, dans l’inquiétude et l’ignorance.

Elle apprit enfin qu’« ils » lui avaient fait un scanner, que ses analyses de sang étaient très mauvaises et qu’il fallait l’hospitaliser pour chercher l’origine de tous ses problèmes.

Je venais la voir chaque jour, midi et soir, quittant parfois mon travail avec l’assentiment de mon chef pour être plus disponible à son chevet.

Terrible semaine qui me fit découvrir les accès de démence de Maman.

Je la trouvais parfois euphorique, s’amusant de tout. Puis le lendemain, je la retrouvais attachée à son lit par des sangles, hurlant et injuriant tous ceux qui passaient.

Cette vision cauchemardesque m’épouvantait et j’en parlais au personnel hospitalier. « Nous avons été obligés de l’attacher car elle arrachait ses perfusions, s’enfuyait en hurlant, pénétrait dans les chambres des patients qu’elle injuriait copieusement. »

Parfois je parvenais, en caressant son visage, à la calmer un peu et à la faire manger. Mais chaque départ de sa chambre engendrait ses gémissements : « ne m’abandonne pas ! Je veux retourner chez moi ». « C’est impossible Maman, tu es très malade… »

Après son départ de l’hôpital, ma sœur la prit chez elle en attendant que j’organise le retour au domicile tant souhaité par maman.

Une auxiliaire de vie passerait trois fois par jour ; matin, midi et soir pour assurer ses repas, sa toilette si elle le souhaitait et sa prise de médicaments…

Le 1er contact avec Béatrice, cette auxiliaire de vie se passa bien mais je venais chaque jour, passant le plus de temps possible avec Maman pour que cette nouvelle vie se mette en route progressivement.

A chaque jour suffisait sa peine : parfois maman entre dans des colères difficilement maitrisables, parfois je la retrouve dans sa douceur passée.

Elle a quitté le présent : évoque ses souvenirs d’enfant, la guerre, l’entreprise familiale, son frère qui est venu lui reprendre le piano donné par ses parents pour son mariage… Elle évoque toute une vie qui m’était jusqu’alors inconnue.

La confusion progresse et pourtant elle se bat, elle s’efforce d’entendre encore notre présent. Et qu’importe si chacune de ses questions peuvent être répétées à de multiples reprises, appelant toujours les mêmes réponses.

Je crois avoir compris, je crois être apte à réagir à ses crises de démence qui la conduisent à des colères qu’elle ne peut plus maîtriser.

Je crois être apte à lui faire entendre que NON, on ne l’a pas volé, que OUI, il ne faut plus se rendre toute seule au grenier ou à la cave, que NON il n’y a pas de souris dans la maison, que NON il ne faut pas se barricader la nuit en coinçant l’accès des portes avec des ustensiles…

Je sais que ces mots, ces conseils, je les dirais encore et encore…

Par contre, ce que je ne parviens pas à canaliser, ce sont ses moments de désespoir lorsque, en toute conscience, elle découvre son état, ses oublis, ses errements. Que dire face à ce visage torturé par la peur qui me dit « je deviens folle ». « Qu’est-ce que je fais là encore ? »

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Alzheimer Témoignage