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Témoignage d’Irène, ancienne anorexique « Ce rêve étrange… »
Témoignage d'Irène, ancienne anorexique « Ce rêve étrange… »
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4 novembre 2014
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SabrinaTCA92, 16 articles (Association)

SabrinaTCA92

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Témoignage d’Irène, ancienne anorexique « Ce rêve étrange… »

Témoignage d'Irène, ancienne anorexique « Ce rêve étrange… »


Je me souviens de notre premier échange téléphonique Irène, lorsque tu t’es présentée à moi : « Bonjour, je suis thérapeute, ex-anorexique et j’ai regardé ce que tu fais. Ce côté « je me mets en avant » je n’aime pas trop mais j’ai regardé au-delà et ta démarche est sincère et authentique il me semble… ». Depuis, Irène fait partie du bureau de SabrinaTCA92 et bien plus encore. Je suis fière de te connaître ma « bombasse » de Combattante ! (Désolée pour le private joke, c’est un prêté pour un rendu et on se comprend). Merci pour ce très beau témoignage, la première partie puisqu’une suite arrive je crois… Je laisse place à tes mots et je mettrai une petite conclusion après car je tiens à rester ok avec le Professeur et les éditions Plon encore quelques temps… (Sabrina)

« Je me suis enfin mise à écrire, remise à écrire plutôt. Je ne sais pas comment mon témoignage peut être utile. Mais après ces années de réparation à sourire plus ou moins jaune quand j’entendais « c’est facile pour toi, avec ton physique, blabla » j’ai sans doute besoin de dire.

Oui, c’est facile. Maintenant. Parce que je mesure la chance que j’ai d’être vivante et sans trop de dommages après ce que j’ai traversé.

Je ne suis pas revenue indemne de ma descente/remontée dans le gouffre des tca. Peut-être plus forte, peut-être plus consciente. Mais pas indemne.

Le chemin fût long entre le régime démarré au printemps 95 parce que je me trouvais grosse à 59 kilos pour mon mètre 75, que je voulais descendre à 55 et que j’ai dérapé … le passage à 35 kilos à Sainte-Anne en 99, chez Delarue en 2003 … et le présent où je toise parfois ma balance sans monter dessus, parce que « bordel, on s’en fout, j’suis pas un steak » (mais j’y remonte quand même de temps en temps, peut-être pour conjurer le sort, ces cauchemars qui m’ont longtemps suivi de monter sur une balance qui affiche un poids morbide).

Je me souviens de la curieuse impression d’insatisfaction et d’incrédulité quand je suis descendue à 50 kilos quelques semaines après le début du régime : je n’étais pas telle que j’aurais voulu être malgré mes efforts … et pourtant, à peine quelques années avant, j’avais poussé la porte d’un nutritionniste pour atteindre ces fameux 50 kilos. Vous prendrez du poids quand votre croissance sera finie avait-il dit, à raison.

L’enjeu était donc sûrement ailleurs, jamais contente, jamais assez bien, trop ou trop peu … mais je pensais le problème si insoluble à ce moment-là, cette estime de soi si inaccessible que la boulimie m’aiderait à éviter la question et à faire plonger au plus bas cette estime aussi …

L’arrivée des crises m’a d’abord aidée à reprendre du poids, à avoir l’air « normale » et me sentir de moins en moins l’être. La fac me tenait, même si je n’étais pas à l’aise avec mon manque d’ascèse. J’ai fait semblant une bonne année comme ça. Et puis, j’ai lâché, je me souviens d’un cours de droit international public que je n’arrivais pas à suivre, paniquée de ne plus comprendre, obnubilée par le désir de beignets pour fuir cette angoisse. Je suis partie en chercher … et je n’ai pas tardé à lâcher les cours … …

Je ne sais pas comment je m’en suis sortie.

Je me souviens de plusieurs marches mais pas vraiment d’un déclic : les livres, de Catherine Hervais, de Dominique Buffet, puis tous les autres… Ces mots qui me reliaient au monde… Et puis, un matin, fin 98, ce rêve étrange, j’étais dans l’eau, poisson parmi les poissons, bien, en apesanteur …

Et puis ce choix : rester dans ce bien-être, cette torpeur, nager, sans réfléchir, sans problème … Ou être humaine et vivre. Je me suis réveillée en sursaut : ça a l’air bien, simple, si simple, trop simple … mais je veux vivre ! Je ne sais pas si j’aurai d’autres vies, alors autant vivre celle-là… La maladie était pourtant déjà bien présente : impossible de manger, mes velléités de le faire se transformaient en crise … je vomissais tout ce que j’ingurgitais.

C’est quand je n’ai pas réussi à garder des poireaux nature dans mon estomac abimé que j’ai pris peur. J’allais mourir si je continuais. L’aiguille de la balance n’atteignait plus le 40. Alors j’ai préparé un sac, mis quelques affaires, pris le bus et je suis allée aux urgences de l’hôpital. « Bonjour, je pèse moins de 40 kilos, je vais mourir et je ne veux pas. J’ai peur » … L’interne a noté grosse asthénie et anorexie … Et je me suis retrouvée dans un service de gastro. Prise en charge, j’ai pu avoir une consultation rapide à Sainte-Anne où j’ai retrouvé la toubib qui m’avait dit quelques mois avant « 43 kilos, pas d’urgence » (bah oui, à son 1m60 c’est sûr …

J’avais pourtant pris soin de mentir en me rapetissant pour qu’on ne me demande pas de peser trop lourd – mais même au mètre 72 annoncé, ça le faisait pas les 43 kilos …). Bref, nous étions en décembre 98, j’étais anorexique, je pesais 37 kilos et j’étais sur la liste d’attente du service spécialisé dans les Tca de Sainte-Anne … L’attente allait être difficile jusqu’au 27 janvier 99. Je ne voulais pas mourir mais je sentais que ma vie ne tenait plus à grand-chose …

Mon cœur palpitait au moindre effort et je ne pouvais m’empêcher de remuer. Mon coccyx dépassait, je faisais le tour de mon bras entre le pouce et l’index alors je me planquais sous 3 pulls, mettait un jogging sous mon jean 36 pour le remplir. Mais j’avais toujours un peu de chair, même si les veines de mes cuisses et de mon ventre apparaissaient (elles resteront d’ailleurs longtemps présentes après) j’avais toujours de la chair.

Je pesais 37 kilos de trop mais je ne voulais pas mourir … L’attente d’une place fut difficile. J’avais refusé l’offre du psychiatre de l’hôpital d’aller en clinique en attendant. Je n’avais pas l’argent pour les frais et je ne comptais que sur moi pour m’en sortir.

J’ai donc passé le mois qui a suivi comme un zombie, je me souviens du réveillon 98/99 où je crevais de chaud planquée sous 3 couches de vêtements qui ne suffisaient plus à donner le change.

Ces allers-retours buffet-toilettes qui m’épargnaient les regards de dégoût/rejet des autres convives…

Et puis, cette fille que je ne connaissais pas, qui m’attendait derrière la porte des wc et a osé me parler. Me dire qu’elle ne pouvait pas laisser faire ça, qu’elle ne voulait pas participer à l’hypocrisie ambiante. Je me suis effondrée, mais j’étais comprise et vivante. L’amie qui m’avait amenée-là était soulagée aussi, le regard posé sur moi par ses « amis » l’avait pétrifié. Le soutien d’une inconnue arrivait à point …. » Irène

 

 

Difficile de conclure après ce récit finalement. Je sais que les réactions ne tarderont pas comme en témoignent les premiers commentaires qui t’ont été faits sur les réseaux. A nouveau, simplement : merci. Pour ce que tu es, et ce que tu apportes à l’association. J’ai cru que toi et moi ça ferait des étincelles… en réalité ça fait une belle flamme parce que tu es belle (on oublie le physique on parle de ton âme là !!).

Bon et sinon pour la photo j’ai vraiment hésité entre les 2 pour savoir laquelle je mettrai la plus en avant, je trouvais ça sympa pour « Réveillez vos désirs » mais j’ai été égoïste sur ce coup, je tiens à avoir une com’ « impactante » pour L’âme en éveil, merci de ton aide, c’est ça aussi la solidarité (féminine) :D Sabrina Irène au sujet de SabrinaTCA93 : « Incontournable sur les réseaux sociaux quand il y a nécessité d’informer les personnes touchées et les familles sur ce que sont les troubles alimentaires (autant en prévention qu’en accompagnement ensuite), l’association a une action nécessaire et réelle.

Plus encore, l’authenticité, la justesse, le dynamisme, la volonté de partage et l’enthousiasme de Sabrina sont des valeurs extrêmement porteuses pour agir face l’ampleur que prend cette maladie autant individuellement que collectivement ». (Sérieusement, tu crois qu’ils ont besoin de chargées de com’ ?? Allez sage… On a aussi le droit de garder le sourire, même en ayant connu les TCA ;) )

POST-SCRIPTUM

  • Et sinon pour la photo j’ai vraiment hésité entre les 2 pour savoir laquelle je mettrai la plus en avant, je trouvais ça sympa pour « Réveillez vos désirs » mais j’ai été égoïste sur ce coup, je tiens à avoir une com’ « impactante » pour L’âme en éveil, merci de ton aide Irène, c’est ça aussi la solidarité (féminine) :D

    Sabrina

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Mots-clés :
Anorexie