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Souche A/H1N1 : futur vaccin contre la grippe saisonnière : le point avec un spécialiste
Souche A/H1N1: futur vaccin contre la grippe saisonnière : le point avec un spécialiste
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22 février 2010
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LC

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Souche A/H1N1 : futur vaccin contre la grippe saisonnière : le point avec un spécialiste

Souche A/H1N1: futur vaccin contre la grippe saisonnière : le point avec un spécialiste

La semaine dernière, les experts de l’organisation mondiale de la santé (OMS) ont recommandé aux fabricants d’intégrer la souche A/H1N1 au futur vaccin contre la grippe saisonnière. La rédaction Carevox a joint le docteur Pierre Dellamonica, professeur au CHU de Nice et chef de service au département d’infectiologie, à ce sujet.

Carevox : Les experts de l'OMS ont recommandé aux fabricants d'intégrer la souche A/H1N1 au futur vaccin contre la grippe saisonnière, qu'en pensez-vous ?
Pierre Dellamonica : Statistiquement dans chaque vaccin saisonnier, il y a trois souches vaccinales, dont une B. Il y avait déjà dans le vaccin une souche A/H1N1. Mais le virus dit pandémique a supplanté ce virus-là. Dans la création d'un nouveau vaccin, c'est logique d'intégrer les souches qui auront le plus de probabilités de circuler. Cette décision n'est donc jamais que la substitution d'un virus par un autre en l'occurrence d'un A/ H1N1 par un autre A/H1N1 qui aura vraisemblablement une capacité plus importante à circuler. On sait en se basant sur l'histoire que lorsqu'il y a des situations pandémiques, elles évoluent le plus souvent en 2 vagues. Donc pour l'instant, on pourrait supposer que ce que l'on a observé ces derniers mois était la première vague. Il risque d'y en avoir une seconde. Ca serait donc pas mal que les personnes soient protégées. Cette protection en France a été assez faible comparée à d'autres pays. J'ai eu l'occasion ces derniers jours de discuter avec des médecins du Québec : la couverture vaccinale contre la grippe A/H1N1 et donc pandémique a été de 65%. Ainsi, même si on est d'origine française, on peut avoir un vécu très différent et notamment une confiance plus importante en ses autorités sanitaires, que ce que l'on a pu observer en France où il y a eu une polémique qui a été tout à fait originale par rapport aux autres pays.

C : Ainsi dans la fabrication du vaccin, il y avait déjà une souche A/H1N1, donc les personnes qui se sont fait vacciner contre la grippe saisonnière au mois de octobre- novembre 2009 ont déjà eu un peu cette souche-là ?
PD : Non c'est une autre souche complètement différente, pour laquelle il n'y a pas d'immunité croisée. C'est-à-dire que le A/H1N1 qui était déjà différent dans le vaccin est différent du A/H1N1 pandémique et que la protection vaccinale contre l'un ou l'autre est spécifique : l'une ne protège pas de l'autre.

C : Il y a donc plusieurs sortes de H1N1 ?
PD : Il y en a potentiellement de plusieurs sortes, comme pour chaque virus grippal.

C : Pourquoi ?
PD : Ces virus sont susceptibles d'avoir des glissements antigéniques, ce qui explique pourquoi chaque année on est amené à fabriquer un nouveau vaccin, qui correspond aux souches circulantes. En effet si vous gardiez le même vaccin, au bout d'un certain temps il serait complètement inadapté aux souches circulantes. Mais c'est particulier à la grippe, car si on prend d'autres exemples, comme les oreillons, la rougeole, la rubéole, ce sont des virus qui évoluent très faiblement. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire de modifier très régulièrement les autres souches, comme c'est le cas avec la grippe. Avec la grippe, ses virus ayant des glissements antigéniques, il faut sans cesse s'adapter. Il y a deux niveaux de glissement : un niveau de glissement qui est une modification faible mais suffisante pour que le virus soit adapté, tandis que quand il sagit d'une mutation importante dans le génome viral, c'est quasi un nouveau virus, pour lequel il n'y a pas d'immunité croisée avec d'autres virus qui ont pu circuler avant.

C : Le mot de la fin sur la grippe A/H1N1 ?
PD : Ce qui m'a le plus interpellé dans cette histoire, c'est la polémique en France, qui repose sur des arguments complètement irrationnels. Les gens ont eu peur de se faire vacciner, parce qu'il y a eu de la désinformation. Puis la polémique sur la quantité commandée est venue après. Si l'épidémie avait été plus grave, il aurait fallu faire deux injections à tout le monde. Je pense que le nombre de vaccins qui a été commandé, était justifié. A postériori on a appris que l'on pouvait faire différemment, et qu'en définitive on se retrouvait à la tête de trop de vaccins. Mais imaginez qu'il n'y en ait pas eu assez, qu'aurait-on dit ?

C : Vous êtes pour le principe de précaution ?
PD : De toute façon être pour ou contre, c'est une autre question. Le principe de précaution est inscrit dans notre constitution. Il est donc normal que les décideurs politiques en tiennent compte. Maintenant si on veut discuter du principe de précaution, c'est un autre débat. C'est vrai que le principe de précaution amène parfois à des choix qui vont très loin par rapport à des risques qui sont mal appréhendés, mal définis, et donc par voie de conséquence, le principe de précaution peut coûter très cher. Par essence, le principe de précaution c'est essayer de se couvrir des risques potentiels qui ne sont pas forcément clairement identifiés. Imaginez la polémique qu'il y aurait eu, si l'épidémie avait été très grave et que le nombre de vaccin en quantité insuffisante. Et comme on n'a pas une boule de cristal, on ne peut le savoir à l'avance.

C : Selon vous, cette deuxième vague est toujours possible ?
PD : Il y a la possibilité d'une deuxième vague. Je ne dis pas qu'elle va obligatoirement avoir lieu, mais elle est possible. Intégrer la souche A/H1N1 au futur vaccin contre la grippe saisonnière est justifié car le virus risque d'être prédominant l'hiver prochain dans les pays du Nord.
 

L.C Journaliste pour CareVox
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Mots-clés :
Vaccins Grippe A Pandémie