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Sclérose en plaques et vitamine D : rôle immuno-modulateur de la vitamine D dans l’expression de la maladie
Sclérose en plaques et vitamine D : rôle immuno-modulateur de la vitamine D dans l'expression de la maladie
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23 juin 2015
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dr Nicolas Costa, 1 article (Rédacteur)

dr Nicolas Costa

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Sclérose en plaques et vitamine D : rôle immuno-modulateur de la vitamine D dans l’expression de la maladie

Sclérose en plaques et vitamine D : rôle immuno-modulateur de la vitamine D dans l'expression de la maladie

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie chronique lentement progressive. La SEP se caractérise par une démyélinisation diffuse du système nerveux central (SNC), notamment du cerveau et de la moelle épinière. Les premiers signes cliniques apparaissent typiquement entre 20 et 40 ans. Les estimations font état d’environ 2 millions de patients dans le monde (Kingwell et al, 2013) et 70 à 90000 patients en France (HAS, 2006). La SEP est la cause de désordres neurologiques la plus fréquente chez les jeunes adultes. Le sexe ratio Femmes/Hommes est habituellement évalué au dessus de 2 :1. Si l’étiologie de la SEP n’est pas parfaitement connue, certain facteurs de risques ont été identifiés dans le processus auto-immun du développement de la maladie, notamment l’infection à Epstein Barr Virus (EBV), la consommation tabagique et l’hypovitaminose D (Handel AE, 2010 ; Handel AE, 2011 ; Zivadinov R, 2009 ; Manouchirinia A, 2013 ; O’Gorman C, 2012). 

ROLE IMMUNO-MODULATEUR DE LA VITAMINE D DANS LA SEP

L’immuno-modulation par la vitamine D chez l’homme est un mécanisme qui influence le risque de développer une sclérose en plaques et l’évolution dans le temps de celle-ci.

La vitamine D présente un effet immuno-modulateur au travers de ces différentes formes )(Prietl B, 2013) :

  • Effet direct endocrine (mode de signalisation par la circulation sanguine sur des organes, ou des cellules cibles distants) sur les lymphocytes T via le calcitriol,
  • Effet direct intracrine (mode de signalisation cellulaire impliquant des messagers chimiques, hormones, cytokines, qui agissent à l'intérieur même de la cellule où ils ont été synthétisés) par la conversion du 25 (OH) D en calcitriol sur les lymphocytes T,
  • Effet direct paracrine (mode de signalisation cellulaire impliquant des messagers chimiques qui agissent dans le voisinage de la cellule qui les a synthétisés) du calcitriol sur les lymphocytes T par l’intermédiaire des monocytes et des cellules dendritiques,
  • Effet indirect sur la présentation des antigènes aux lymphocytes T par les Antigen Presenting Cells (APC).

Il est démontré que nombre de cellules portent des récepteurs à la vitamine D (VDR) : lymphocytes T, lymphocytes CD4 et CD8, lymphocytes B notamment (Pierrot-Deseilligny C, 2013). Ceci plaide en faveur du rôle de la vitamine D dans la régulation du système immunitaire (O’Gorman C, 2013 ; Harandi AA, 2014). La vitamine D présente un effet immuno régulateur et anti inflammatoire par la diminution des DCs, des lymphocytes T helper 1 (Th1) et des lymphocytes T helper 17 (Th 17), par la régulation des lymphocytes B et des cytokines pro inflammatoires. En parallèle, la vitamine D augmente l’activité des lymphocytes T helper 2 (Th2), des lymphocytes T régulateurs et des cytokines anti inflammatoires. On constate un ré équilibrage entre Th1 et Th2 tel que observé dans le modèle d’EAE. En synthèse, on peut retenir le schéma (figure 8, Schoindre Y, 2012) qui met en évidence la balance, in fine, entre diminution de l’activité des Th1 et Th17 et augmentation de l’activité des lymphocytes T régulateurs sur la suppression des Th2 notamment lors des phénomènes inflammatoires.

Chez les patients porteurs d’une SEP, un travail récent étudie le rôle de la vitamine D sur le système nerveux central (SNC) (Smolders J, 2011). Ce travail explore la présence de vitamine D, vitamine D binding protein (DBP), récepteurs à la vitamine D (VDR), enzymes nécessaires au métabolisme (CYP27B1) au niveau du SNC chez des sujets sains et porteurs d’une SEP (figure 9). Chez les sujets sains, les récepteurs à la vitamine D sont présents sur les neurones et les cellules gliales dans le SNC. La formation du métabolite 1,25 (OH)2D à partir du 25(OH)D est sous le contrôle de l’enzyme cytochrome P 27B1 (CYP27B1) exprimée par les neurones et les cellules gliales, spécifiquement dans les régions de la substance noire et l’hypothalamus. Les auteurs émettent l’hypothèse que si le VDR et le CYP27B1 sont abondant dans certaines régions du SNC, il est probable que la vitamine D joue un rôle dans l’homéostasie du SNC et, de plus, dans l’apparition de la sclérose en plaques.

CONCLUSION

La SEP est une maladie chronique démyélinisante lentement progressive qui constitue la première cause de désordres neurologiques chez les jeunes adultes. En France notamment, il est noté un gradient Nord-Sud mis en évidence par la corrélation entre latitude, exposition au UVB et prévalence de la SEP. Les nombreuses données épidémiologiques mettent en évidence une association entre l’augmentation des taux de 25(OH)D et un temps plus élevé de survie sans poussée de SEP alors qu’un taux faible de 25(OH)D est associé à un score EDSS plus élevé signant une évolution péjorative de la maladie (un score EDSS < 4 reflète un dysfonctionnement neurologique débutant, un score > 4 implique un dysfonctionnement neurologique évolué). Toutefois, les résultats des études cliniques d’intervention restent ambigus et ne permettent pas formellement de définir le bénéfice attendu d’une élévation du taux sérique de la vitamine D chez les patients, ni de définir une valeur seuil consensuelle. Les principales recommandations font état d’un taux minimal se situant entre 50 et 75 nmol/l. Les facteurs explicatifs immunologiques du bénéfice de la vitamine D sont explorés au travers des modèles animaux (EAE) avec comme facteur basal la modulation du ratio Th2 (action protectrice) / Th1 (action agressive) par les Treg. Le mécanisme d’action de la vitamine D étant probablement synergique de celui des interférons bêta. Chez l’homme, il est admis que la vitamine D jouerait un rôle dans l’homéostasie du SNC et un rôle anti-inflammatoire par la diminution des cytokines pro-inflammatoires. Il reste à déterminer le rôle final de la vitamine D sur les phénomènes de remyélinisation et de réparation axonale ainsi que l’évaluation des bénéfices cliniques de la vitamine D chez les patients porteurs d’une SEP au travers d’études prospectives, randomisées sur une large échelle. Notons que de plus en plus de patients SEP sont supplémentés en vitamine D rendant probablement difficile le recrutement du groupe contrôle.

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Mots-clés :
Vitamines