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Résistance aux antibiotiques : l’appel de la World Alliance Against Antibiotic Resistance
Résistance aux antibiotiques : l'appel de la World Alliance Against Antibiotic Resistance
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24 juin 2014
Auteur de l'article
Jean-Philippe Tabut, 9 articles (Biohygiéniste)

Jean-Philippe Tabut

Biohygiéniste
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Résistance aux antibiotiques : l’appel de la World Alliance Against Antibiotic Resistance

Résistance aux antibiotiques : l'appel de la World Alliance Against Antibiotic Resistance


L’ensemble des membres de l’ Alliance Contre le développement des Bactéries Multi-Résistantes (ACdeBMR) a publié ce matin sa "déclaration de guerre" aux bactéries multi-resistante. C'est une opération de communication internationale aujourd'hui lundi 23 juin qui est opérée par l'ensemble des membres de l'alliance. Le but est de faire entendre la voix scientifique et raisonnée par les politiques de tous pays confondus.
 
Ci-dessous le contenu écrit de la déclaration.
 
" L’augmentation du nombre de bactéries résistantes aux antibiotiques représente un danger majeur pour la santé de l’homme et des animaux. Cette augmentation très alarmante, jointe à une absence presque complète de nouveaux antibiotiques est un des problèmes de santé publique les plus graves de notre temps. Les antibiotiques sont une classe thérapeutique unique, avec un aspect sociétal, car leur usage et mésusage chez un patient, avec diffusion des bactéries devenues résistantes entre les personnes, les animaux et l’environnement, peut affecter leur efficacité chez d’autres patients. La cible des antibiotiques est les bactéries, organismes vivants qui peuvent en effet évoluer en acquérant des mécanismes de résistance très rapidement .Ces bactéries résistantes peuvent alors être transmises facilement à d’autres personnes, et du matériel génétique bactérien codant pour la résistance peut être transmis facilement entre bactéries. Des échecs liés à ces bactéries multi-résistantes, initialement limités au secteur hospitalier apparaissent maintenant dans la communauté. On estime le nombre de décès annuels liés à ces bactéries à 25.000 en Europe, et 23.000 aux USA, au minimum. Le coût de la résistance bactérienne est considérable, en raison de la diffusion de la maladie, des décès, et des soins.
 
Bien que la résistance aux antibiotiques soit une histoire sans fin, elle est directement liée au volume d’antibiotiques utilisés. Nous utilisons des quantités croissantes d’antibiotiques chez l’homme et les animaux, ce qui déverse ces produits dans la nature. L’impact environnemental de ce phénomène est considérable, entraînant le développement et la dissémination des gènes d’antibio-résistance.
 
Nous devons lutter contre ces phénomènes en adoptant des stratégies proactives comparables à celles utilisées pour les espèces en voie de disparition, dans une philosophie de développement durable. Préserver l’efficacité des antibiotiques et stabiliserl’écosystème bactérien doivent être un objectif global absolu.
 
Sauvegarder les antibiotiques nécessitera un effort considérable et concerté des patients et des prescripteurs pour appeler tous les responsables à assurer un accès facile à des antibiotiques efficaces. L’objectif de WAAARest d’attirer l’attention sur l’urgence et la gravité du danger, et de coordonner un dialogue européen et international pour trouver des solutions efficaces. L’alliance, en particulier au travers de cette déclaration, est destinée à lutter pour la préservation des antibiotiques et à maintenir la pression chez les prescripteurs, les hommes et femmes politiques, lesdécideurs de santé publique, les économistes, les usagers du système de santé, l’industrie pharmaceutique, les agences internationales, et l’ensemble de la population. Les actions individuelles, malgré leur louable intention, sont vouées à l’échec sans un dialogue international, un sens commun du danger, et un large consensus sur les façons de procéder.
 
WAAAR propose les 10 actions suivantes :
 
1) Prise de conscience de tous les acteurs, incluant le public, de l’intensité du danger représenté par la résistance bactérienne. Coopération étroite entre les organisations internationales, politiques et/ou économiques, qui doivent prendre la tête de ce mouvement contre la résistance bactérienne.
 
2) Organisation dans chaque pays, idéalement par les ministères de la santé, d’un plan national de lutte contre la résistance bactérienne, financé, avec participation de tous les acteurs, en particulier les associations de consommateurs.
 
3) Accès permanent aux antibiotiques essentiels et de qualité, en particulier dans les pays en voie de développement.
 
4) Surveillance de la consommation des antibiotiques et de la résistance.
- Surveillance de la résistance bactérienne et des consommations d’antibiotiques au niveau de l’institution, de la région, et du pays (sur le modèle des « Centers forDiseases Control and Prevention »-CDC), avec statistiques comparatives (benchmarking), publiées en temps réel, ou au moins tous les 12 mois. Amélioration des capacités des laboratoires, avec centralisation technique et coordination.
 
5) Développement de tests diagnostiques rapides.
- Développement de nouveaux tests diagnostiques rapides et efficaces, et utilisation des tests disponibles pour traiter rapidement avec des antibiotiques ciblés, pour éviter les traitements inutiles,(en différenciant infections bactériennes et non bactériennes) et pour moduler la durée du traitement.
 
6) Utilisation prudente, contrôlée, et surveillée des antibiotiques (Antibiotic stewardship).
- Dans les hôpitaux, les structures de long séjour, et en ville.
- Dans l’élevage, l’agriculture, l’aquaculture et le monde vétérinaire, dans une philosophie « une seule santé ».
- Abandon des antibiotiques (systémiques et locaux) comme facteurs de croissance et utilisation exceptionnelle en prophylaxie, chez l’animal.
- Utilisation rationnelle des antibiotiques en métaphylaxie(prophylaxie si certains animaux sont malades, ou à risque élevé de l’être) et en traitement des animaux.
- Utilisation limitée, chez l’homme et l’animal, d’antibiotiques critiques pour l’homme (ex :carbapenemes).
- Elimination progressive de la vente des antibiotiques « sous le comptoir » (disponibles sans ordonnance). 
 
7) Efforts éducationnels, et informationnels.
Programmes éducationnels dirigés vers les enfants/adolescents sur les antibiotiques, la résistance bactérienne et la prévention de l’infection (modèle : eBug)
- Mise en place de larges campagnes d’information et de sensibilisation dirigée vers le public pour un emploi rationnel des antibiotiques.
- Programmes d’éducation pour les professionnels de santé, y compris les vétérinaires, dentistes, infirmier(è)s, pharmacien(s)s et autres écoles médicales et en formation médicale continue, sur une utilisation rationnelle des antibiotiques, comprenant les indications, les doses, et la durée de traitement. Education des éleveurs.
 
8) Prévention et contrôle de la transmission bactérienne.
- Efforts soutenus pour prévenir la transmission croisée des bactéries multi-résistantes , lors des soins médicaux, la production alimentaire, et l’élevage .
- Promotion internationale de l’hygiène des mains, et des mesures de contrôle de l’infection ayant démontré leur efficacité.
- Limitation de la contamination de l’eau de boisson par les BMR, de même que la contamination de l’environnement
- Utilisation des vaccins disponibles, chez l’homme et l’animal
 
9) Recherche fondamentale et appliquée et développement de nouveaux produits.
- Nouveaux modèles économiques pour supporter le coût de l’innovation tout en préservant les impératifs de santé publique.
- Augmentation des ressources destinées à réduire la résistance bactérienne chez l’homme et l’animal
- Facilitation de la recherche de nouveaux produits (antibiotiques et autres produits), et de vaccins, par des mécanismes de régulation permettant un développement accéléré
 
10) Demande auprès de l’UNESCO d’inscrire les antibiotiques au patrimoine mondial de l’humanité.
 
Nous vous exhortons à participer à cette croisade, dans votre domaine. Les antibiotiques, et le miracle thérapeutique qu’ils représentent, doivent être protégés. C’est une urgence absolue, et c’est notre devoir. S’il vous plait, aidez nous à agir MAINTENANT, en soutenant cette déclaration, en incitant à un meilleur usage des antibiotiques chez l’homme et l’animal, en accompagnant les actions politiques pour le soutien d’une meilleure éducation, l’organisation d’une surveillance intégrée, et le développement de la recherche.
 
A propos de WAAAR
 
WAAAR est un groupe de 700 personnes, en provenance de 55 pays différents, et représentant tous les acteurs (médecins, vétérinaires, chirurgiens, microbiologistes,infectiologues, pharmacien (nes), infirmier(e)s, biologistes de l’évolution, écologistes,environnementalistes, hommes et femmes politiques, usagers du système de santé). L’alliance est soutenue par 85 sociétés savantes, et 50 groupes professionnels divers. "
 
La déclaration de WAAAR contre la résistance bactérienne par le Dr Jean Carlet, pour les membres de la « World Alliance Against Antibiotic Resistance » (WAAAR)/ Alliance Contre le développement des BactériesMulti-Résistantes (ACdeBMR)/ June 2014.
 
J.P TABUT Biohygiéniste

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