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Quand le rejet vient de soi
Quand le rejet vient de soi
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11 janvier
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Université de Montréal, 110 articles (Pôle de recherche)

Université de Montréal

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Quand le rejet vient de soi

Quand le rejet vient de soi

Des chercheurs canadiens ont identifié une nouvelle structure cellulaire responsable des rejets jusqu’alors inexpliqués après une greffe d’organe. Cette découverte pourrait un jour révolutionner la pratique en transplantation, en modifiant l’évaluation des risques de rejet chez les personnes qui reçoivent une greffe de cœur, de poumon, de rein ou de foie.

 

« Nous avons trouvé le mécanisme qui fait en sorte qu'une personne réagit contre des composantes de ses propres vaisseaux sanguins avant même de recevoir une greffe d'organe et nous avons identifié un médicament capable de prévenir ce type de rejet », résume la Dre Marie-Josée Hébert, transplantologue et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM). Le rejet de la greffe est un risque des transplantations. Ce phénomène résulte habituellement de la réaction du système immunitaire du receveur vis-à-vis du greffon, considéré comme un intrus. Les antigènes HLA (Human Leucocyte Antigen), présents à la surface de toutes les cellules, constituent une sorte de « carte d'identité » unique à chaque personne. Lors d'une greffe, les médecins tentent d'éviter les rejets en s'assurant que le donneur et le receveur sont compatibles pour les groupes sanguins et les antigènes HLA. Malgré toutes ces précautions, 1 greffe sur 10 donne lieu à un rejet.

Pour percer ce mystère, les chercheurs se sont intéressés aux vaisseaux sanguins, un élément important lors des transplantations. Lorsque les vaisseaux sont endommagés, les rejets sont plus difficiles à traiter. « Nous avons découvert que les vaisseaux sanguins endommagés relâchent des bouts de cellules bien particuliers : il s'agit de petites vésicules membranaires qui mettent le système immunitaire en alerte. Si on fait une greffe par la suite, le système immunitaire va tout de suite s'attaquer au greffon », explique Mélanie Dieudé, chercheuse au CRCHUM et première auteure de l'étude parue aujourd'hui dans Science Translational Medicine.

Ces toutes petites vésicules proviennent de cellules en train de mourir. Elles génèrent des autoanticorps. « En plus de la réaction du système immunitaire contre les antigènes HLA, il y a étonnamment des réactions du système immunitaire contre des composantes de nos propres cellules. Le rejet, ce n'est donc pas simplement une réaction contre une autre personne, c'est aussi une réaction contre des éléments qui nous appartiennent », souligne la Dre Hébert, également professeure à l'Université de Montréal et codirectrice du Programme national de recherche en transplantation du Canada.

L'équipe de la Dre Hébert a trouvé une façon de neutraliser le moteur enzymatique de ces petites vésicules, le protéasome, grâce à un médicament actuellement utilisé pour traiter certains cancers de la moelle osseuse, le bortézomib. Ce médicament agit en bloquant l'activité enzymatique des vésicules, ce qui a pour effet de rendre notre système immunitaire sourd aux alertes. Les résultats sur des cellules en culture et chez l'animal sont prometteurs et une étude clinique chez l'humain est en cours. « Si un receveur a déjà réagi à ces petites vésicules et qu'il reçoit un organe en train d'en relâcher également, c'est probablement une situation très dangereuse. C'est ce que nous sommes en train de vérifier », explique la Dre Hébert.

Depuis la première greffe d'organe en 1954 par le Dr Joseph Murray à Boston, les transplantations se sont améliorées. La recherche de compatibilité des groupes sanguins et des antigènes HLA avant une transplantation et la mise au point de médicaments pour contrer les rejets comme les corticoïdes, les rayons X et les traitements immunosuppresseurs ont permis de pratiquer des transplantations qui ont sauvé des vies. Cette dernière découverte pourrait en sauver davantage. « Il est encore trop tôt pour penser à changer les directives cliniques. Mais je pense que cela pourrait un jour modifier la manière dont on alloue les organes lors des transplantations. Les receveurs et les organes pourraient aussi être traités avant l'opération afin de les rendre plus silencieux à ces signaux d'alerte qui viennent de nous-mêmes », conclut Marie-Josée Hébert.

À propos de cette étude

L'article « The 20S proteasome core, active within apoptotic exosome-like vesicles, induces autoantibody production and accelerate rejection » a été publié dans la revue Science Translational Medicine le 16 décembre 2015. Le Programme national de recherche en transplantation du Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada (MOP-15447), la Fondation canadienne du rein, la Société canadienne du cancer et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (311598 et 386598) ont financé cette étude. Marie-Josée Hébert est titulaire de la Chaire Shire en néphrologie, transplantation et régénération rénales. Pour en savoir plus, consultez l'étude : doi : 10.1126/scitranslmed.aac9816.

À propos du Programme national de recherche en transplantation du Canada

Le Programme national de recherche en transplantation du Canada est une initiative nationale qui vise à augmenter les dons d'organes et de tissus, et à améliorer la survie et la qualité de vie des personnes qui subissent une transplantation. Dirigé par la Dre Lori West et la Dre Marie-Josée Hébert, le réseau réunit plus de 300 chercheurs, stagiaires universitaires, patients-partenaires et collaborateurs dans 29 établissements au Canada afin de développer la recherche sur le don d'organes et la transplantation.

Source : Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

 

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