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Qu’est-ce que la folie pour la médecine ?
Qu'est-ce que la folie pour la médecine ?
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11 décembre 2012
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Ludivine, 7 articles (Interne en médecine générale)

Ludivine

Interne en médecine générale
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Qu’est-ce que la folie pour la médecine ?

Qu'est-ce que la folie pour la médecine ?

Je viens de recevoir un mail d’une lectrice qui me touche autant qu’il me rappelle à quel point la médecine telle qu’elle est enseignée peut parfois passer à côté de l’essentiel. Alors, merci pour ce mail qui m’a permis d’aborder un sujet sur lequel je travaille pourtant beaucoup mais duquel je ne parle que peu.

Maladies silencieuses, maladies du verbe

Que sait-on de la maladie mentale ? Que dit la science du mal-être ? La médecine a deux points de vue qu’il faut recouper pour comprendre.

Il y a d’un côté la conséquence de la maladie, celle que la science peut saisir par les techniques d’imagerie, d’expérimentation animale. Elle est “matérielle”, c’est un déficit ou un excès en une hormone le plus souvent : manque de sérotonine pour les dépressifs, trop-plein de dopamine pour les schizophrènes en alternance avec un déficit. Et ainsi de suite pour chaque maladie mentale. Avec ces découvertes, la médecine s’est enthousiasmée, elle pensait avoir découvert la solution : il suffirait de restaurer les taux de ces hormones pour soigner.

Mais c’est oublier la question essentielle : pourquoi ces taux sont-ils déréglés ? Pourquoi les hormones ont décidé d’un coup de se dérégler ? Et là, la médecine devient plus embarrassée, car la réponse sous-entend que la guérison ne sera pas si aisée, tout du moins pas totalement en son pouvoir.

Nous venons tous au monde avec une histoire familiale qui est ce qu’elle est ; de fait nous sommes plus ou moins sensibles, prédisposés à certains problèmes de santé, physiques ou mentaux. Pourtant, nous ne développons pas toutes les maladies auxquelles nous sommes prédisposés : c’est l’épigénétique, autrement dit, la capacité de notre ADN à ne concrétiser que certaines possibilités en fonction de notre histoire de vie.

Chez certains êtres, la fragilité est grande et certains événements de vie, que l’on peut difficilement prédire, vont faire que la structure intime de la personne, sa foi en la vie, se trouve brisée. Ce peut être un événement d’apparence banale mais qui va être vécu de manière violente et qui va comme faire éclater une partie de notre espoir, de notre conviction que le monde nous veut du bien. C’est comme si nous étions un miroir, que celui-ci se brisait en raison du sens négatif que nous attribuons à cet instant de vie, et qu’il restait en nous, en mille morceaux.

Par la suite, les morceaux du miroir brisé vont se cristalliser plus ou moins en l’état, malgré nos tentatives de recollage. Soit, si nous en avons encore la force, nous arrivons à nous concentrer, à nous focaliser sur un être bien structuré qui va (r)éveiller en nous le désir de vivre en confiance. Il y a alors possibilité de recoller les morceaux en un ensemble harmonieux en observant et en imitant cette personne en qui nous avons foi. Ce n’est pas toujours le cas, mais cela fonctionne, surtout lors de l’adolescence qui est souvent la période de structuration de l’adulte que nous souhaitons devenir.

Le regard de la médecine

Que fait la médecine conventionnelle pour les êtres qui souffrent de « maladie mentale » ? Elle traite les symptômes, elle traite en ajoutant ou en bloquant les hormones. Ceci n’est jamais sans conséquences sur le reste du corps, il y a les effets secondaires liés à l’impact des hormones sur d’autres organes que le cerveau. Ce sont les neuroleptiques, les antidépresseurs. Toutes ces molécules influent sur les taux hormonaux. La médecine actuelle part de l’hypothèse qu’en régulant les taux hormonaux, on soigne les maladies mentales, et souvent il est vrai, nous observons des effets dits positifs, une amélioration de l’humeur, une diminution des angoisses, des symptômes dérangeants.

Est-ce tout ce que l’on peut proposer ?

La médecine propose ce qu’elle maîtrise le mieux, la chimie. Après, elle propose également des thérapies qui accompagnent les traitements médicamenteux. Ce point étant encadré par un thérapeute il faut avoir la chance de tomber sur un médecin ou autre professionnel de santé qui se sente concerné par son rôle, mais également qui ne parte pas vaincu d’avance et il faut avouer que ce n’est pas toujours facile à trouver.

Le problème principal étant que pour aider un être brisé intérieurement, il faut être capable de travailler avec lui et non pas pour lui. Ce point est important car nombre de soignants pensent pouvoir aider ce qui équivaut à “pensent pouvoir guérir quelqu’un”. Or, ce n’est pas le cas, seul le patient peut se guérir. J’ai déjà eu l’occasion de le constater dans ma pratique : essayez de soigner quelqu’un contre sa volonté, vous n’y arriverez pas ! Au mieux, votre rôle est d’amener la personne à réfléchir sur son point de vue, mais elle seule peut décider qu’un traitement va l’aider.

Dans le cas qui nous intéresse, il faut donner des outils pour se reconstruire. Le rôle du thérapeute étant de l’aider à se déconstruire par le langage. C’est comme si il fallait dissoudre la colle qui s’est mise entre les morceaux de miroir laissés tels quels pour ré-assembler le miroir en un ensemble harmonieux. En morceaux, le miroir ne reflète la lumière que pauvrement d’un morceau vers l’autre, pouvant même déclencher des feux internes. Mais un miroir recomposé en un seul bloc, reflète la lumière vers l’extérieur, ne se brûlant plus lui-même.

La détresse

Il n’y a pas que le patient qui soit en détresse dans la maladie mentale. Nombre de médecins sont mal à l’aise avec, car ils sentent que le chemin de la guérison n’est pas en leur pouvoir direct. Ils ont appris que les molécules qu’ils peuvent prescrire, ne font qu’appliquer des pansements sur les plaies, mais ne stimulent pas l’auto-guérison par le corps comme peuvent le faire d’autres molécules.

L’écoute tant demandée à juste titre par les patients et leurs famille n’est pas une activité toujours appréciée des médecins car elle peut leur donner l’impression (qu’elle soit véridique ou non) qu’ils sont inefficaces au fil des consultations car les choses ne bougent pas ou très peu. Ensuite, il faut malheureusement rappeler que le système de santé dans lequel nous sommes actuellement n’encourage pas “le fait de prendre du temps pour discuter” car il n’y a pas de valorisation financière du soutien, de l’écoute. Un médecin sera payé le même prix qu’il ait pris un quart d’heure pour vous voir ou bien une heure. C’est terrible à lire mais peut-être pourrions-nous faire évoluer cela en demandant aux caisses d’assurance maladie, de valoriser ces actes, en tant qu’acteur du système de santé. Nombre de médecins ont déjà fait cette demande, et si les patients l’appuyaient par écrit ? Enfin, il est aussi possible qu’un médecin ne soit pas à l’aise face à la “maladie mentale” car cela le renvoie à ses propres problématiques, ses souffrances.

Espoir

Les leviers de toute maladie mentale et de tout mal-être chez les humains, sont la peur et le vide, les deux évoluant de pair. Lorsque l’on se sent mal, il y a comme une plaie géante qui s’ouvre en nous, comme une faille dans laquelle nous tombons, tout ce qui nous structure nous quitte, nous ne sommes plus un individu, nous sommes… ? C’est là qu’il faut agir, car pour moi, tant que la vie est présente, c’est qu’il y a un espoir, car la Vie elle-même est le témoin de l’espoir. Dans la folie, la peur nous tient en retrait, c’est elle qu’il nous faut affronter, notre propre peur de perdre le semblant d’identité, d’humanité que nous avons.

Le sentiment de vide intérieur est ce qui paralyse, qui crée le mal-être, la peur du monde extérieur, de la réalité. Tout le travail intérieur réside dans l’idée de venir remplir ce vide par un projet, un objectif de vie qui donne du sens à notre présence dans ce monde. C’est un acte profondément créatif que de se trouver une raison d’être et de participer à ce monde. Notre rôle, en tant qu’entourage peut consister à aider l’autre à ne pas abandonner l’espoir. Mais au final, seule la personne concernée peut accomplir cela, seule elle peut venir remplir le vide.

Retrouvez tous mes articles sur mon blog L'Ordonnance ou la Vie

SOURCES

  • http://l-ordonnance-ou-la-vie.com/folie-maladies-mentales/
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