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Prévisions grippales : le réseau Sentinelles jette l’éponge
Prévisions grippales : le réseau Sentinelles jette l'éponge
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11 février 2011
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Bernard Guennebaud, 9 articles (Rédacteur)

Bernard Guennebaud

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Prévisions grippales : le réseau Sentinelles jette l’éponge

Prévisions grippales : le réseau Sentinelles jette l'éponge

La grippe est pleine de surprises en 2011, jusqu'à contraindre le réseau Sentinelles de surveillance à reconnaître que ses méthodes de prévisions ne sont pas opérantes (bulletin de la semaine 05 de 2011) :

«  Selon le modèle de prévision, le niveau d’activité devrait baisser cette semaine. Toutefois, cette tendance pourtant prédite depuis trois semaines ne s’est pas confirmée pour l’instant.

Cette discordance entre données prédites et observées pourrait s’expliquer par la forme inhabituelle de la courbe épidémique (aspect en plateau plutôt qu’en pic), rarement observée dans l’historique du réseau Sentinelles et donc mal prédite par le modèle qui repose sur les données historiques. »

Mais il faudrait aussi savoir pourquoi l'épidémie stagne en plateau plutôt que de progresser jusqu'à un pic pour décroitre rapidement ensuite. Les méthodes dites de régression consiste à plaquer des courbes théoriques ou historiques sur la courbe en cours. Mais si la loi de propagation de l'épidémie est nettement différente des années précédentes, la correspondance ne sera pas bonne et les prévisions seront faussées.

Ce faisant, ceux qui ont en charge la surveillance des épidémies de grippe démontrent qu'ils n'en ont pas la maitrise. Ce n'est pas pour leur en faire grief, car on peut admettre que ce n'est pas aisé et que les virus peuvent avoir plus d'un tour dans leur sac comme le démontre aussi la persistance de la grippe de type B qui fait un joli pied-de-nez aux prévisions en étant plus fréquente que la grippe H1N1v.

Quand la grippe B s'invite à la fête

Ainsi, à l'issue de la semaine 05, l'échantillon de 1449 virus testés par le réseau Grog depuis le début de l'épidémie a donné 627 virus de type B contre 817 de type A dont environ 561 virus H1N1v, 99 H3N2, 157 non typés et 5 de type C.

Les Grogs, par le relai de l'InVS (son bulletin hebdomadaire) donnent un échantillon cumulé depuis le début de la surveillance. Par différence, j'en déduis les nombres par semaine. Mais, en raison des délais des analyses, ces différences peuvent ne pas correspondre à la réalité, certains virus ayant pu être typés plus rapidement que d'autres. Cependant, cela donne quand même une indication :

 

Semaine

Type A(H1N1)v

Type B

Type H3N2

Taille échantillon

51-2010

31

39

10

87

52-2010

46

45

9

117

01 ; 2011

50

43

13

142

02 ; 2011

75

76

13

183

03 ; 2011

117

119

11

280

04 ; 2011

73

83

5

171

05 ; 2011

130

139

20

316

Cette réserve faite, j'ai pris les estimations Sentinelles moyennes des consultations attribuables à la grippe comme 111000 cas en semaine 51, 208500 cas en 52, 286000 en 01, 276000 en semaine 02 de 2011. J'ai alors reporté les proportions des différents virus sur ces nombres (111000x31/87=39552 etc). Voici les résultats :

 

Semaine

Type A(H1N1)v

Type B

Type H3N2

Total des cas

51-2010

39552

49759

12760

111000

52-2010

81974 ; +42422

80192 ;+37433

16038 ; +3278

208500

01 ; 2011

100704 ; +18730

86605 ;+6413

26183 ; +10145

286000

02 ;2011

113115 ; +12411

114623 ; +13919

19607 ; -6576

276000

03 ; 2011

101957 ; -11158

103700 ; -10923

9586 ; -10021

244000

04 ; 2011

102029 ; +72

116006 ; +12306

6988 ; -2598

239000

05 ; 2011

109842 ; +7813

117446 ; +1440

16899 ; +9911

267000

On constate que depuis la semaine 01 de 2011 les 3 grippes H1N1v, B et H3N2 font plus que se maintenir, en plateau, sans qu'il soit possible de discerner une croissance nette ou une décrue vraiment engagée comme cela s'était observé par exemple en 2009-2010 il y a un an.

Dans le bilan de la grippe 2007 on lit (http://websenti.b3e.jussieu.fr/sentiweb/?rub=36 bulletins et bilans) :

« Pour la saison 2006/2007, des prélèvements virologiques nasopharyngés ont été effectués en Corse par 20 médecins Sentinelles. Au total, 134 prélèvements furent pratiqués, 93 furent positifs, 85 au virus influenza A (4 influenza A/H1N1 et 81 influenza A/H3N2) et 8 au virus influenza B. » 

A l'époque, c'était donc le H3N2 qui dominait largement, ne laissant que des miettes au B et au H1N1. Cependant, le bilan de l'année 2008 semble donner des résultats différents :

« Au cours de l’année 2008, 351 visites de suivi annuel ont été réalisées, et 339 prélèvements ont été reçus. Sur les 185 prélèvements virologiques attendus à la suite des inclusions des patients grippés pendant la saison 2007-2008, 184 ont été réceptionnés. L’analyse par PCR a révélé 99 (54%) prélèvements positifs : 55 pour un virus de type A et 44 pour un virus de type B. »

Mais ces échantillons sont-ils représentatifs ? L'impression générale laissé par les commentaires sur la grippe saisonnière avant 2009 était que le H3N2 dominait très largement les 2 autres virus H1N1 et B représentés dans le vaccin.

L'hiver 2009-2010 a révélé l'échec total des prévisions concernant l'ampleur et la durée de ce qu'on a appelé ''la première pandémie du XXIe siècle''. On nous prédisait que l'hiver pandémique serait long, que les administrations et les entreprises seraient profondément touchées, que le pays allait être paralysé. Mais, le virus n'ayant pas respecté les plans, il a dérouté notre système qui a démontré sa lourdeur et son incapacité à s'adapter en temps réel.

Au contraire, la population a su s'adapter rapidement en boudant une campagne de vaccination dont les modalités ont été qualifiées ''d'inimaginables'' par la représentante du syndicat des médecins inspecteurs de santé publique au cours d'une audition parlementaire (par l'Opeps, l'Office parlementaire d'évaluation des politiques de santé) et rendue inutile par la brièveté de l'épidémie. 

En effet, la plupart des victimes de cette grippe auraient sans doute pu constater que le fameux bon de vaccination était arrivé trop tard (moins de 15 jours avant de tomber malade) pour que la vaccination puisse se montrer utile.

L'hiver 2010-2011 met à nouveau à mal les méthodes de prévisions. Espérons que cela rendra plus prudents et plus modestes les propos de ceux qui ont en charge la surveillance de la grippe...pour la prochaine pandémie !!!


Bernard Guennebaud
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