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Prévention et traitements de l’ostéoporose
Prévention et traitements de l'ostéoporose
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17 décembre 2008 | 4 commentaires
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Eric Donfu, 6 articles (Sociologue)

Eric Donfu

Sociologue
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Prévention et traitements de l’ostéoporose

Prévention et traitements de l'ostéoporose

De l’alimentation aux traitements médicamenteux, Eric Donfu fait le point sur toute la prise en charge actuelle de l’ostéoporose avec ses avantages et inconvénients ...

>>>>> Article précédent : Comment chasser un « effet Pinocchio » de l’ostéoporose sur la vie des femmes ?

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Ostéoporose : ne pas tomber dans la surmédication

L’alimentation en prévention

Pourtant, même si les professionnels insistent pour une prise de traitement systématique, des règles de vie simples peuvent prévenir cette maladie, car l’ostéoporose est bien d’une maladie et non le fait d’un vieillissement normal du squelette.

L’alimentation est bien notre meilleure médecine. Avec un apport calciques quotidien de 1000 à 1500 mg[i], composé de laitages, de viandes et de poissons, de fromages, fruits et chocolat, une bonne alimentation sans excès de sel et la consommation d’un litre d’eau et demi par jour sont une prévention naturelle.

Il ne faut pas oublier cependant un complément en vitamines D pour « fixer » le calcium, ce que le corps fait moins avec l’âge. Cette vitamine D existe dans les bains de soleil. On peut aussi se trouver dans l’huile de foie de poissons de mer, tout comme dans les jaunes d’œuf, le foie ou les huîtres, mais toujours en quantité insuffisante, ce qui justifie la prescription de vitamines.

Enfin, mieux vaut éviter l’abus de café ou d’alcool, le tabagisme et certains médicaments (lire les précautions d’emploi).

Pour résumer, il existe trois degrés de prévention : d’abord éviter une déminéralisation osseuse par l’alimentation, notamment, puis si l’ostéoporose est diagnostiquée, empêcher sa complication par un traitement prévenant les fractures, et enfin, à la suite d’une fracture, en éviter d’autres.

Les œstrogènes, remède miracle ?

Après l’arrêt des règles, à la ménopause, on observe une chute de plus de 80% des œstrogènes et de près de 50% de la testostérone.[ii] C’est ce qui explique que la diminution osseuse considérable à été attribuée à la baisse des œstrogènes. On en a vite déduit que la déficience en œstrogènes causait l’ostéoporose.

L’œstrogène de synthèse a donc été prescrite. Mais ce traitement s’il est efficace, a vite inquiété pas ses effets secondaires cancérogène supposés. On l’a dit responsable de cancers du sein, bien davantage encore que la pilule. Ces données sont relativisées par l’Assistance Publique dans un ouvrage détaillé, l’Ostéoporose en 100 questions sans que l’effet cancérigène y soit formellement démenti en cas de traitement prolongé.

Les traitements par œstrogène restent les plus prescrits. Bien dosés, il sont parfois remplacés par des phyto-estrogènes[iii], qui sont des substances naturelles d’origine végétale douées d’actions à la fois estrogénique et anti-oestrogéniques [iv] et qui se trouvent dans le soja, le thé, les pois chiches pour une part et dans les céréales, les fruits et les graines de légumineuses pour une autre part.

Les estrogènes peuvent aussi être utiles dès la perimenopause, limitent les bouffées de chaleur et peuvent aider à prévenir la perte osseuse. Il est remplacé, à des âges plus élevés, par des traitements à base de raloxifène et de biphosphonate, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. Mais tous ces traitements devraient être évalués par une enquête objective et neutre menée auprès des femmes concernées.

Une production de médicaments importante

La prévention et le traitement de l’ostéoporose pourraient facilement remplir une armoire à pharmacie. Tous les grands laboratoires se sont positionnés sur le sujet. Nous pouvons classer les traitements proposés en trois ou cinq familles, sans compter les nouveaux produits commercialisés ou sur le point de l’être.

Tout d’abord, les traitements hormonaux de la ménopause (THM) sont reconnus pour stabiliser la perte osseuse et réduire les risques de fractures ostéoporotiques de 30 à 40% selon des études. Mais leur effet s’estompe avec l’âge et leurs effets indésirables ont fait débat. Ils sont donc aujourd’hui surtout prescrits pour prévenir l’ostéoporose, ou pour une période courte.

Des médicaments non hormonaux, les biphosphonates[v] dits de deuxième génération (alendronate ou Fosamax, Actonel ou risédronate) s’adressent à des femmes déjà atteintes par la maladie, permettent de réduire de moitié le risque de fracture et ont, en plus, un effet qui persiste après le traitement. Leur tolérance digestive a fait débat, tout comme les contraintes de leur prise. Au début, il fallait les prendre chaque jour, à jeun, le matin, avec un grand verre d’eau, et rester debout, en position verticale durant une demi heure avant de prendre le petit déjeuner. Depuis, des recherches ont amélioré ses conditions d’administration.

Nous pouvons citer aussi le raloxifène ( Optruma, Evista) surtout prescrit en prévention secondaire, ou le tériparatide (Forcéo) qui stimule la formation osseuse, comme le ranelate des trontium (Protelos).

En fait, les médecins s’intéressent à l’efficacité des différentes séquences de traitement pouvant se succéder au fil du temps chez une femme. L ensemble de ces médicaments sont prescrits par ordonnance et doivent tenir compte du cas spécifique de chaque personne.

De nouvelles avancées dans la recherche ?

Dans ce domaine à forts débouchés, la recherche avance et permet désormais d’offrir aux femmes les traitements les mieux adaptés.

Ainsi, le journal du CNRS[vi] vient de nous apprendre le 2 décembre dernier qu’un nouveau traitement contre l’ostéoporose est peut-être né. « Des chercheurs niçois de l’Institut de signalisation, biologie du développement et cancer, en collaboration avec l’Inserm, le service de rhumatologie du CHU de Nice et l’université de Graz, en Autriche, viennent en effet de montrer le rôle clé d’une hormone naturelle, l’ocytocine[vii], pour contrer cette maladie qui touche un tiers des femmes de plus de 50 ans et augmente le risque de fracture des os. Chez les patients atteints d’ostéoporose, les os se fragilisent à la fois parce que la fabrication de cellules osseuses ralentit et parce que la graisse s’accumule dans la moelle osseuse. Partant de ce double constat, les biologistes ont eu l’idée de travailler sur les cellules souches dites multipotentes, présentes dans le tissu adipeux (la graisse) et dans la moelle. « Ces cellules souches ont la faculté de se transformer soit en cellules osseuses, soit en cellules adipeuses », explique Ez Zoubir Amri, chercheur de l’IBDC. Ainsi, favoriser l’apparition de nouvelles cellules osseuses pourrait sans doute permettre de contrecarrer la maladie. Reste à savoir comment ». Des années de travail seront encore nécessaires avant une mise sur le marché, mais la direction prise prouve l’avancée de la recherche sur cette maladie.

D’autres traitements innovants sont déjà commercialisés, reste à en comparer les prix. Ainsi, toujours selon le CNRS et l’INSERM, un nouveau médicament, développé par les laboratoires Servier avec le concours de l’équipe de Pierre Marie, offre une alternative efficace aux patientes qui ne désirent pas prendre ce risque. Baptisé Protelos, ce médicament a reçu une autorisation de mise sur le marché dans 27 pays européens. Son mode d’action innovant ne repose pas sur une hormone mais sur un élément proche du calcium constitutif des os : le strontium.[viii]

Les laboratoires, Roche et GSK ont lancé un traitement appelé Bonviva (mis sur le marché depuis un an) qui mise sur la régénération de l’os, tissu en perpétuelle régénération, qui se "désagrège" et se reconstruit. Selon des études, ce médicament, dont la prise n’est que mensuelle, respectant ainsi un cycle propre à la femme, contribuerait également à l’augmentation de la densité osseuse en inhibant la désagrégation (résorption) de l’os, comme tous les biphosphonates. Tous ces laboratoires lancent régulièrement des campagnes nationales, qu’il convient d’appréhender avec prudence.

Maitriser et relativiser les effets secondaires des traitements

Depuis plus de trente ans, l’expérience médicale des traitements hormonaux est bien maitrisée. Mais aujourd’hui, des recherches démontrent que le lien entre la ménopause et l’ostéoporose peut être relativisé, certaines femmes en souffrant ben avant et d’autres bien après cette déficience en œstrogène.

Les biphosphonates peuvent entraîner d’autres effets secondaires, comme une nécrose des os de la mâchoire inférieure. Mais ces effets sont aujourd’hui bien cernés.

Ces assurances n’empêchent pas les naturopathes comme l’australienne. Sherril Sellman (L’ostéoporose, ces os qu’on se dispute, 1998) de prétendre que les hormones de synthèse et les produits laitiers, ainsi que la plupart des compléments de calcium, loin de soigner l’ostéoporose, fragilisent au contraire les os…

>>>>>> Suite et fin de l’article : Ostéoporose : ne pas tomber dans la psychose



[i] INSERM Rapport " Pour une politique nutritionnelle de santé publique en France , 1999

[ii] La testosterone au féminin, Dr Catherine De Goursac. Paris, Actualités Imaage 20 novembre 2006

[iii] Les phyto-estrogènes sont des molécules dont la structure est très proche de celle des estrogènes (hormones féminines), et elles agiraient un peu comme ceux-ci. Lire à ce sujet une mise en garde de l’AFSSA et AFSSAPS "Sécurité et bénéfices des phyto-estrogènes apportés par l’alimentation - Recommandations", disponible sur www.afssa.fr

[iv] Des auteurs américains ont, les premiers, mis l’accent sur les effets délétères des œstrogènes ; ils considèrent que les recherches actuelles devront porter sur les molécules ou des hormones possédant des propriétés anti-œstrogéniques (Mortola J, 1998).

[v] Les biphosphonates (BP) ne sont pas des hormones. Ils ressemblent à une composante naturelle des os, le pyrophosphate. Les biphosphonates lui ressemblent suffisamment pour pouvoir se lier solidement aux os et finir par s’intégrer au squelette. Ils freinent la perte osseuse en créant une " couche protectrice " qui empêche les ostéoclastes de détruire le tissu à la surface des os.

[vi] Laboratoire CNRS / université de Nice. / Travaux publiés dans Stem Cells, vol. 26, n° 9, septembre 2008.

[vii] L’oxytocine, est un polypeptide formé de neuf acides aminés. Elle est synthétisée au niveau des noyaux supra-optiques et paraventriculaires de l’hypothalamus, et transportée puis stockée dans des grains de sécrétion. Cette hormone stimule notamment les contractions de l’utérus chez la femme enceinte et accélère le travail de l’accouchement.

[viii] Le strontium, comme le calcium, est un alcalino-terreux. Il est mou, malléable, gris-jaune.

Eric Donfu
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Polémiques & Débats
Commentaires
8 votes
(IP:xxx.xx1.23.48) le 18 décembre 2008 a 13H03
 (Visiteur)

Article très intéressant et utile.

La prise d’oestrogène a été quasi décommandée par les médecins suite à un rapport américain sur le risque induit de cancer du sein.

Ensuite ce rapport a été relativisé car il s’appuyait sur des consomations très élevées en oestrogènes mais le mal était fait.

Depuis, à ma connaissance c’est un peu flou, en prendre puis s’arrêter puis reprendre ...

C’est pourquoi, il me semble judicieux que le corps médical fasse un rapport synthétique et clair sur ce sujet de santé.

Bonne journée.

6 votes
par Rim (IP:xxx.xx5.221.209) le 19 décembre 2008 a 14H56
Rim, 51 articles (Medecin)

La prévention de l’ostéoporose commence par nos habitudes de vie. Une alimentation équilibrée, riche en calcium mais également en Vit C (qui agit sur l’absorption du calcium) et en antioxydants est un élément clé de cette prévention. Une activité physique régulière est indispensable et indissociable du « protocole prise en charge ». Les microtraumatismes induits par l’exercice physique entraînent des microfractures (qui passent inaperçues) qui, consolidées, donnent une charpente osseuse plus solide. Les œstrogènes font partie du traitement et de la prévention de l’ostéoporose, mais que faire quand on a une contre indication ou un risque cancérigène accru ? Compenser l’apport par les phyto-oestrogènes qui se comportent comme des oestrogènes sans les risques. Les flavonoïdes constituent le chef de fil (voir http://beneficium.over-blog.com/art... et http://beneficium.over-blog.com/art...). Une prévention doit commencer tôt, mais il n’est jamais trop tard pour prendre les choses en main.

9 votes
par Pascal GILBERT (IP:xxx.xx2.12.166) le 21 décembre 2008 a 20H20
Pascal GILBERT (Visiteur)

Que tout le monde aime parler médecine n’est pas une nouveauté, il suffit d’emprunter un moyen de transport en public pour se rendre compte que causer santé-maladie-médecine est le buzz. Et si la rigueur n’est que très rarement au rendez-vous je ne m’en offusque pas. Il en est tout autrement si le quidam s’exprime en public.

Le fait d’être sociologue n’empêche pas, à priori, de donner son point de vue. Le problème est celui des sources du discours, ancien et toujours d’actualité. Toute personne qui veut causer médecine (et d’autres choses aussi du reste) devrait, selon moi, s’attacher à s’informer le plus complètement possible.

Pour la médecine, deux sources sont incontournables : la Revue Prescire en français, et la Cochrane Library en anglais.

Sur le fond de l’article, en me référant à ces sources, et pour faire rapide je dirai :

- Les résultats de l’ostéodensitométrie ne suffisent pas pour estimer le risque de fracture suite à un traumatisme léger, et il n’y a pas d’indication à une mesure systématique de la densité osseuse pour toutes les femmes ménopausée, encore moins à la répéter.

- Les traitement , hormis la vitamine D et le Calcium, ont une efficacité modeste et parfois des effets secondaires graves (voire gravissimes) qui peuvent faire douter de la positivité de leur balance bénéfice risque.

Au total je suggérerai à l’auteur de revoir sa copie.

2 votes
par Elisabeth (IP:xxx.xx7.86.216) le 23 décembre 2008 a 01H11
Elisabeth (Visiteur)

L’article mentionne brièvement le fait que l’exposition du corps au soleil active la vitamine D. C’est insuffisant comme information. Il faudrait préciser que l’on a le choix entre deux modes d’exposition :

* soit exposer tous les jours au soleil bras nus et visage, ce qui est presque toujours irréalisable.

* soit exposer la totalité du corps nu, aux beaux jours. Une étude canadienne montre qu’une durée non dangereuse de quelques minutes de bronzage intégral possède la plus puissante efficacité pour activer la vitamine D et en faire provision.