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Plus de 500 chercheurs refusent les primes
Plus de 500 chercheurs refusent les primes
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22 septembre 2010
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Yannick Comenge, 3 articles (Rédacteur)

Yannick Comenge

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Plus de 500 chercheurs refusent les primes

Plus de 500 chercheurs refusent les primes

Une idée saugrenue a traversé récemment l’esprit d’une ministre. Donner des « primes d’excellence scientifique » aux chercheurs « les plus méritants » les ayant demandées dans des conditions d’attribution opaques. Ceci a provoqué une véritable bronca dans le monde universitaire.

Plus de 500 chercheurs ont refusé les primes officiellement. D’emblée les scientifiques les plus gradés comme les plus précaires ont eu un moment de révulsion intense à l’idée qu’on pourrait avoir une forme de prime à la découverte laissée égoïstement à un seul et à sa demande. Sans vouloir refuser tout mérite personnel dans le cadre de recherche, le monde de la recherche s’est ému de cette nouvelle mesure « infantilisante ». Ils sont désormais plusieurs centaines à avoir laissé leur nom sur le site de Sauvons la recherche (INRA, CNRS, CEMAGREF), soutenant une lettre de refus explicative de leur geste écœuré. Avec un certain humour, ils proposent d’ailleurs le retrait de cette prime qui ne concernerait que 500 personnes sur 11000 salariés pour le CNRS et préfèrent au lieu d’un culte individualiste voir des grilles de salaires être revues à la hausse ainsi que les modes de recrutement. ruboff8.jpg

 

Les primes pour faire oublier les précaires. On connaît peu d’ailleurs la récente étude menée par des sociologues sur les précaires de la recherche. Ainsi, plus de 5000 chercheurs avaient répondu à une enquête constituée d’un questionnaire anonyme, très détaillé et permettant de donner un commentaire personnel à leur vie de travailleur pauvre de la recherche et de l’université. Un panel très important sur les 49000 contractuels précaires qui sont embauchés dans les institutions de la recherche et construisent chaque jour les CV rutilants de « bêtes à concours  »…

Les sociologues, Isabelle Clair, Annick Kieffer, Charles-Antoine Arnaud, Christine Roland Levy ont ainsi laissé du champ à ceux qui vivaient la précarité : « Restituant les trajectoires individuelles, elle (l’étude) permet de saisir la réalité de la précarité pour les personnes qu’elle concerne directement : aussi bien dans ses modalités objectives (contrats indignes, rémunérations irrégulières et souvent basses, vulnérabilité à l’égard des supérieur.e.s hiérarchiques, morcellement du travail) que subjectives (sentiment de ne pas être considéré.e pour le travail effectué, difficultés à se projeter dans l’avenir). Cette enquête repose sur la définition par les personnes elles-mêmes de ce qu’est la précarité ». Ainsi, pour la première fois, les soutiers de l’université avait une parole et pouvait se compter.

 

Les trajectoires de vie brisées de l’université. On rappellera le sort de ces CDD débutant en septembre et s’évanouissant en juin chaque année… un renouvellement en masse dans les halls d’université au 2 septembre de chaque année… Les concernés découvrant d’ailleurs dans leur contrat fait à la va-vite qu’ils ne dépendaient pas d’un seul laboratoire mais de plusieurs. Joel concerné par ce statut malgré son post-doc et son expérience accepte cela avec une forme de fatalité… « Les congés payés c’est pour les autres » s’exclament t il avec un regard ironique.

Une autre avoue ne pas avoir le choix que de dépendre de cet ordre mal ficelé de l’administration universitaire, avec un enfant à charge et pas de mari… il lui serait même impossible de faire valoir une ancienneté. Pourtant ces petites mains font tourner l’excellence universitaire avance-t-elle avec un sourire entendu. 2007-10-09_chercheur.jpg

D’autres jeunes doctorants avouent la précarité autrement. L’un Baptiste lui se dit que si son RMI n’était pas passé au RSA il aurait pu s’en sortir avec son maigre salaire… car la plupart de son doctorat a été perfusé sur cette base jusqu’à ce qu’on lui refuse toute aide, y compris pour aller faire des talk au Canada sur un domaine dont il est devenu d’ailleurs un des rares experts reconnus mais sans financement désormais.

Il y a enfin une postdoc (CDD de 3 ans à l’ANRS) à qui récemment on a remplacé son congé maternité par un chômage très « Assedics » dans une unité INSERM dont on taira le nom par souci de pudeur… en effet, dans la même période des statutaires INSERM faisaient valoir leur congé épargne temps pour bénéficier de deux mois supplémentaires tout en étant remplacé par des « chercheurs one shot qu’on dégagerait à leur retour »… No comment sur l’état de délabrement éthique de certaines institutions.

 

Le rapport concernant la précarité dans l’enseignement et la recherche supérieure mentionne également les dérives absurdes qui imprègnent le management dans son ensemble. Harcèlement, non-respect du travail mené, népotisme, localisme renvoyant à des pratiques de mandarinat qu’on croyait oubliées.

 

Le délabrement de recherche dépasse les frontières mais le refus des primes est français. Aussi, dans cette ambiance de misère qu’on peut retrouver au delà des frontières, notamment dans un article du 19-20 septembre 2010 du quotidien espagnol El Pais, la prime d’excellence scientifique est typiquement hexagonale mais elle reste une forme d’insulte pour certains chercheurs. Ainsi, Willy (CNRS) explique « l'idée même de déposer une "candidature à une prime" m'est tellement étranger que je ne peux pas croire que un chercheur sérieux peut s'y associer. Je n'ai jamais demandé une prime, augmentation ou un prix ; l'idée même me révulse. Pourtant j'ai eu des "récompenses", mais jamais demandé ». Ajoutons à sa remarque l’état de la précarité dans les laboratoires et les universités, on peut se dire que Willy a une élégance d’esprit propre qui pousse vers l’abject la démarche même de demander une prime.

 

Au final, à l’individualisme basique proposé par le gouvernement, une réaction s’opère au sein du monde de la recherche. Elle est louable et durable et s’oriente vers une volonté de résolution globale de la précarité qui ronge les vocations naissantes. Cette « Wave » de prise de conscience est à prendre au sérieux car pour la première fois coexistent un refus de la « chasse aux primes » et une écoute des précaires et des faibles du milieu.

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