Piqûres d’abeilles et de guêpes : que faire ?

Les piqûres d’insectes sont fréquentes. À l’âge de 20
ans, plus d’un adulte sur deux a déjà été piqué au moins une fois (1).
En dehors des désagréments que suscitent ces piqûres, elles peuvent être
responsables chez près de 20% de la population, de manifestations
d’anaphylaxie plus ou moins sévères. Les insectes piqueurs (abeilles,
guêpes, frelons et les fourmis), appartiennent à plusieurs familles de
l’ordre des Hyménoptères. Nous n’aborderons pas les piqûres provoquées
par d’autres insectes hématophages comme les moustiques, les tiques et les
puces. Ces piqûres sont rarement responsables de manifestations
allergiques, car ces insectes sont dépourvus de venin.
Les sujets les plus exposés sont les apiculteurs et leurs familles, les personnes exerçant des activités à l’extérieur et les Sapeurs-Pompiers qui sont appelés pour détruire les essaims d’abeilles menaçant les habitations. Rien ne permet d’identifier les sujets ayant un risque de développer une réaction anaphylactique, en dehors d’une réaction similaire dans leurs antécédents. À l’échelle individuelle, le risque de réaction systémique lors d’une nouvelle piqûre peut être estimé en se basant sur des statistiques rétrospectives et prospectives établies en fonction du type de réaction initiale (figure 1).
LES MANIFESTATIONS CLINIQUES
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LES RÉACTIONS LOCALES :
La réaction allergique locale se distingue par l’importance de l’érythème, souvent accompagné d’induration (>10 cm) et d’œdème d’installation rapide, persistant plus de 24 h. L’extension de cette réaction peut facilement atteindre l’articulation voisine lorsque la piqûre siège sur les extrémités. Cette réaction allergique locale apparaissant en quelques minutes (<30 mn) est parfois retardée de quelques heures, pouvant aller jusqu’à 48 heures. Elle disparaît habituellement en moins de 7 jours. La prévalence des réactions locales étendues dans la population générale est estimée de 1,5 à 18% (1).
Les piqûres siégeant sur la face, le cou ou intrabuccales, peuvent entraîner des réactions érythémato-œdémateuses spectaculaires. Elles sont parfois responsables de réactions sévères comme un œdème laryngé entraînant un risque vital (4).
En cas de re-piqûre, 40 à 80% de ces personnes présenteront à nouveau une réaction locale étendue (4). Seul environ 5% développeront une réaction systémique (4,5).
- LES RÉACTIONS GÉNÉRALES :
Les réactions générales ou systémiques surviennent à distance du point de piqûre. Le délai d’apparition est généralement court (<30 mn). Elles ont été classées par Muller et al. (5), en 4 niveaux de gravité croissante (tableau 1). Les signes cutanés de type urticaire généralisée et angio-œdème sont les plus constants. Les signes témoins de réaction plus grave sont la détresse respiratoire et le collapsus.
La prévalence des réactions systémiques varie entre 0,3 et 5% chez l’adulte, en fonction du mode de recueil des informations (1,5). La prévalence est plus forte chez l’apiculteur amateur. Chez l’enfant d’âge scolaire, elle varie de 0,15 à 0,8% pour les piqûres d’abeille (6).
Les réactions d’anaphylaxie sont plus fréquentes chez les sujets jeunes, vraisemblablement à cause d’un niveau d’exposition plus élevé. Cependant, les réactions fatales sont plus fréquentes chez les personnes âgées, dont l’état cardio-vasculaire est défaillant, ou chez les utilisateurs de bêtabloquants. Les réactions fatales sont exceptionnelles chez l’enfant. Les réactions systémiques sont fréquentes mais moins sévères à cet âge que chez l’adulte (6).
Le pourcentage de récidive en cas de re-piqûre varie de 15 à 30% chez les personnes qui ont déjà présenté une réaction systémique modérée et de 35 à plus de 50% chez ceux qui ont présenté une réaction systémique sévère (5,7). Les sujets âgés récidivent plus souvent que les sujets jeunes. Plus la réaction initiale était grave et plus le risque de récidive est important. Seule l’histoire clinique permet d’évaluer le risque de récidive, mais pas les tests cutanés ni les dosages des IgE spécifiques anti-venin.

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AUTRES TYPES DE RÉACTIONS
D’autres manifestations rares à type de néphrite, névrite, encéphalite, vascularite, purpuras… ont été imputées à des piqûres d’hyménoptères. Leurs mécanismes ne sont pas connus (4,8). Ces manifestations ne doivent pas être confondues avec les réactions toxiques au venin, lorsque le nombre de piqûres atteint ou dépasse la centaine. Les accidents toxiques sont dominés par des manifestations cardio-respiratoires (8).
Dans tous ces cas, une sensibilisation au venin peut apparaître. Il est recommandé d’explorer cliniquement ces individus pour rechercher une allergie IgE-dépendante au venin d’hyménoptères.
LES TRAITEMENTS DES RÉACTIONS AUX PIQÛRES D’INSECTES
- RÉACTIONS LOCALES ÉTENDUES
Ces réactions bénignes, sont généralement bien contrôlées par la prise d’anti-histaminique anti-H1 par voie orale. S’il s’agit d’une piqûre d’abeille, l’aiguillon qui reste planté dans la peau, doit être retiré le plus tôt possible quel que soit le moyen utilisé (9). Désinfecter la piqûre dans tous les cas. L’application d’une source de chaleur au niveau du point de piqûre donne des résultats inconstants. Cette méthode empirique n’a pas été validée médicalement (10). En cas de douleur, un antalgique comme le paracétamol ou l’aspirine seront prescrits. Un traitement local antiprurigineux ou anti-inflammatoire peut être utile dans certains cas. Si l’œdème prédomine, une corticothérapie brève de 40 mg de prednisone pendant 2 à 3 jours est indiquée. Il n’y a pas lieu de proposer une immunothérapie spécifique aux personnes ayant développé des réactions locales étendues. En cas de re-piqûre, moins de 5% seulement d’entre eux peuvent avoir une réaction systémique grave.

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RÉACTIONS GÉNÉRALES :
Le traitement des réactions générales graves (classes III et IV) relève de l’urgence vitale. L’adrénaline injectable est le médicament de secours le plus utile pour traiter le choc anaphylactique. L’adrénaline doit être administrée dès les premiers signes d’anaphylaxie grave par le patient lui-même (dispositif auto-injecteur d’adrénaline) ou par toute personne de son entourage. La posologie est de 0,25 ou 0,30 mg d’adrénaline chez l’adulte et de 0,15 mg chez l’enfant de moins de 20 kg de poids corporel. Tout retard dans son administration peut faire courir un risque vital au patient. L’administration doit être répétée 10 à 15 mn après en cas de persistance des signes cliniques. En cas d’œdème laryngé, l’adrénaline est plus efficace sous forme de spray buccal.
L’administration simultanée de corticoïdes par voie parentérale est conseillée mais insuffisante à elle seule pour traiter le choc anaphylactique. Il en est de même des antihistaminiques anti-H1. Un abord veineux sera posé dès que possible et maintenu jusqu’à ce que l’état hémodynamique du patient soit stabilisé. La tension artérielle et le pouls seront surveillés très régulièrement.
Dans tous les cas le patient doit être conduit en urgence à l’hôpital où il sera admis en soins intensifs, si son état le nécessite ou gardé en observation. Dans certains cas, l’évolution du choc anaphylactique est biphasique. Les signes d’anaphylaxie grave peuvent aussi réapparaître en raison de la courte durée d’action de l’adrénaline ou d’une posologie insuffisante.

LA PROPHYLAXIE
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LES MESURES INDIVIDUELLES DE PRÉVENTION :
Le port permanent d’adrénaline en seringue prête à l’emploi ou en dispositif auto-injecteur est recommandé chez les patients ayant déjà eu un choc anaphylactique sévère. Il faut aussi que le patient et son entourage proche, soient entraînés à s’en servir. L’usage de bêtabloquants n’est pas recommandé, car ils rendent inefficace l’action de l’adrénaline en cas de besoin. Cette recommandation est aussi valable dans le cas où une immunothérapie serait mise en route. Il est préférable de les remplacer par des inhibiteurs calciques.
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L’IMMUNOTHÉRAPIE SPÉCIFIQUE :
L’immunothérapie spécifique par voie injectable avec les méthodes accélérées permet d’atteindre plus vite une dose d’entretien de 100 à 200 µg de venin (5). Elle est préférable à la méthode classique utilisant une progression lente des doses en ambulatoire. Une hospitalisation de 2 à 4 jours est nécessaire. La dose d’entretien hebdomadaire est ensuite espacée progressivement, puis maintenue mensuellement pendant 3 à 5 ans (4,5).
La sélection des venins est guidée par l’histoire clinique, les tests cutanés et les IgE spécifiques en tenant compte des réactions croisées (11). Les venins de guêpe et d’abeille peuvent être mélangés pour le traitement en cas d’allergie au deux hyménoptères.
L’immunothérapie est un traitement long qui ne doit être proposée qu’à des patients bien compliants. Des réactions adverses plus ou moins sévères peuvent survenir pendant son déroulement. Les réactions systémiques varient de 5 à 40% selon les études (4,5). Elles sont plus fréquentes avec le venin d’abeille qu’avec le venin de guêpe (12). Les réactions locales sont quasi-constantes.
Service d’Allergologie, Hôpital Tenon (AP-HP)
4, rue de la Chine, 75970 Paris cedex 20.
SOURCES
- 1 - Incorvaia C, Mauro M, Pastorello EA. - Hymenoptera stings in conscripts. - Allergy 1997 ; 52 : 680-1.
2. - Charpin D, Birnbaum J, Lanteaume A, Vervloet D. - Prevalence of allergy to Hymenoptera stings in different samples of general population. - J Allergy Clin Immunol 1992 ; 90 : 331-7.
3. - Schumacher MJ, Tveten MS, Egen MB. - Rate and quantity of delivery of venom from honey bee stings. - J Allergy Clin Immunol 1994 ; 93 : 831-5.
4. - Herman D, Guinnepain MT, Smiejan JM, Laurent J. - Manifestations cutanéo-muqueuses de l’allergie aux venins d’hyménoptères. Modalités de l’immunothérapie spécifique. - Rev Fr Allergol 1997 ; 37 : 579-84.
5. - Müller U, Mosbech H. - Immunotherapy with Hymenoptera venoms. [Position paper]. - Allergy 1993 ; 48 (Suppl) : 37-46.
6. - Ponvert C, Paupe J, Scheinman P. - La désensibilisation aux venins d’hyménoptères chez l’enfant. - Rev Fr Allergol 1997 ; 37 : 1070-77.
7. - Galatas ID. - Re-sting reactions. [letter]. - J Allergy Clin Immunol 1994 ; 94 : 272.
8. - Reisman RE, Linvingston A. - Late-onset allergic reactions, including serum sickness, after insect stings. - J Allergy Clin Immunol 1989, 84, 331-7.
9. - Visscher PK, Vetter RS, Camazine S. - Removing bee stings. - Lancet 1996 ; 348 : 301-2.
10. - Debry R, Favarel-Garrigues JC. - Le chauffage précoce de la lésion permet-il d’atténuer la toxicité de certains venins ? - Concours Med 1994;116:25-6.
11. - Strauman , Bucher C, Wüthrich B. - Double sensitization to honeybee and wasp venom : immunotherapy with one or with both venoms ? - Int Arch Allergy Immunol 2000 ; 123 : 268-74.
12. - Mosbech H, Müller U. - Side-effects of venom immunotherapy : results from an EAACI multicenter study. - Allergy 2000 ; 55 : 1005-10.
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