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"On n’est pas là pour innover, mais pour soigner les patients !"
"On n'est pas là pour innover, mais pour soigner les patients !"
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3 janvier 2012
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Catherine Coste, 48 articles (Journaliste)

Catherine Coste

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"On n’est pas là pour innover, mais pour soigner les patients !"

"On n'est pas là pour innover, mais pour soigner les patients !"

Fin mai 2009, M. Jean-Michel Billaut, Président Fondateur de l’Atelier Numérique BNP-Paribas, était amputé d’une jambe ... suite à une prise en charge médicale ... tardive (ce qui n’était pas de son fait) ... et non parce que son état de santé l’exigeait ... Cette amputation (et tous les frais qui en découlent : prothèse, kiné, réaménagement de son domicile pour cause de handicap) aurait pu être évitée ... Aux Rencontres Parlementaires sur les systèmes d’information de la santé, qui se tenaient à la Maison de la Chimie à Paris, en octobre 2011, il est venu témoigner (voir) ...

Voici la version audio avec l'intégralité de son intervention (écouter). En janvier 2001, M. Billaut écrivait sur son blog : 

"M. Sarkozy a réformé notre système de retraite en quelques mois... Je le mets au défi de réformer notre système de santé dans le même temps... Car si j'en crois quelques observateurs dignes de foi (les professeurs Philippe Even, Bernard Debré dont j'ai lu les livres un peu explosifs...), notre bazar de santé aurait bien besoin d'un bon coup de peinture. Et d'un bon ravalement en profondeur. De plus, avec mon amputation, j'ai pu observer de près ledit bazar. Des médicaments qui ne servent à rien, voire qui font mourir, des professionnels qui travaillent en silo et refont plusieurs fois les mêmes analyses, des bigs pharma qui offrent des cadeaux aux médecins pour les inciter à recommander telle ou telle mixture, des officines de pharmacie, pas en reste, qui camouflent une partie de leur chiffre d'affaires grâce à des logiciels dits permissifs, des Commissions diverses et variées dans tous les coins, des économistes de santé qui rabâchent les mêmes choses depuis..., des Hautes Autorités exotiques dont les éminents membres n'ont jamais vu le moignon d'un amputé fémoral, un Conseil National de l'Ethique qui interdit aux Français de faire l'analyse de leur génome, blablabla...

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire... A force de dire que nous avons le meilleur système de santé du Monde, la meilleure Administration du Monde, les meilleurs chercheurs, ...on ne voit pas pourquoi on améliorerait ces choses, vu qu'on est les meilleurs : au top.
Un système de santé 2.0 en France ? Je n'y crois pas beaucoup, sauf si les internautes prennent leur destin en main... Mais dans ce cas, le risque d'un Hadopi de Santé ne serait pas à exclure ..."

En décembre 2011, j'ai adressé ce message vidéo à M. Billaut ...



Le 29/12/2008, un homme de 56 ans, victime d'un malaise cardiaque à Massy (Essonne), est décédé faute de place dans un service de réanimation hospitalier. Et ce malgré les efforts du Samu, qui a sollicité ce soir-là 27 hôpitaux d'Ile-de-France pour obtenir son admission. Le calvaire aura duré six longues heures avant de voir une place se libérer à l'hôpital Lariboisière, à Paris. Un lit arrivé beaucoup trop tard, puisque l'homme est mort juste avant d'arriver dans l'établissement. Lundi matin, le très médiatique Patrick Pelloux a poussé son énième coup de gueule devant le manque de places et de moyens dans les hôpitaux publics. Le président des médecins urgentistes de France a réclamé l'ouverture immédiate d'un "plan blanc" pour qu'un tel drame ne se reproduise plus.
 

 


Le 1er janvier 2012, j'ai reçu (via Facebook) ce témoignage : "En coma diabétique avec un pied nécrosé, j'ai été déposé, voila 15 jours, aux urgences de l'hopital Bellan dans le 14eme. Sauf que les urgences sont fermées depuis.....deux ans ! J'ai fini en taxi à Saint Joseph et ils m'ont sauvé mon pied (enfin j'espère ...)"

Le 26/06/2008, Graziella, jeune femme sportive en pleine forme, reçoit un choc, qui ne lui est pas causé par la noix de coco qu'elle a reçu sur la tête alors qu'elle passait ses vacances sur une île de rêve, mais par le diagnostic catégorique posé par une femme neurochirurgien à la Pitié Salpêtrière, Paris : elle a une tumeur au cerveau, cela n'est pas opérable, elle n'en a plus que pour six mois ... (lire)

Dans chacune de ces histoires, le corps médical a fait au mieux ... Ce n'est pas par méchanceté ou esprit farceur si un chirurgien annonce une tumeur au cerveau qui n'est pas opérable, ou si le patient est conduit par des ambulanciers dans un services d'urgences fermé depuis deux ans, ou si le chirurgien qui a opéré M. Jean-Michel Billaut lui a dit : "Vous êtes arrivé sur la table d'opération trop tard ... Quatre heures plus tôt, j'aurais pu sauver votre jambe par un simple pontage ..." Or M. Billaut, de son côté, avait fait ce qu'il fallait pour arriver sur la table d'opération au plus tôt : dès les premières douleurs ressenties et causées par l'anévrisme poplité, il avait demandé à son fils (kiné) d'appeler les urgences ... Après son amputation, M. Billaut a effectué des recherches : il aurait une prédisposition génétique à ce genre de maladie ... Je rappelle que le séquençage du génome en France est interdit, puni par la loi (prison, amende) ... Lisez bien l'histoire de Graziella, elle est éloquente. Là aussi, le corps médical a fait au mieux ... mais on voit le résultat, et ceci est valable pour tous les autres cas évoqués dans cette chronique bioéthique : ce n'est pas assez bien ...

Il n'y a pas vraiment d'équivalent français à l'expression anglo-saxonne "It's not good enough" ...

Pourtant, c'est exactement cela, le problème. Les professionnels de la santé (soignants) font de leur mieux, comme un élève au bac qui aurait 5/20 de moyenne ... Le jour du bac, il obtient 6/20 de moyenne ... Ce n'est pas assez pour qu'il décroche son bac, mais en toute honnêteté on peut dire qu'il a fait au mieux ...

Il suffirait d'un peu d'innovation ... que dis-je, de débrouillardise, pour que les ambulanciers se fassent une liste des services d'urgences et autres blocs opératoires disponibles, tiennent à jour cette liste et se l'impriment régulièrement ... quitte à s'envoyer des e-mails avec des mises à jour, ou (mieux) à utiliser un répertoire partagé que chacun pourrait mettre à jour au fur-et-à-mesure des besoins ...

J'habite une résidence bardée de codes d'accès (pour la plupart inutiles). Pour les livraisons, c'est toujours la galère. Pourtant, tout le monde (ou presque) chez les livreurs se débrouille : ils se communiquent les codes d'accès entre eux ... La Poste a les codes d'accès, mais cela, c'est normal. Vente Privée, Darty, Conforama font comme La Poste : ils se débrouillent ... et on reçoit tous nos colis sans aucun problème. Sauf avec (allez, un nom, au hasard, peut-être bien que c'est eux, peut-être pas) UPS : ils ne sont pas bons pour gérer la livraison chez les particuliers. A chaque fois, on reçoit un papillon dans la boîte aux lettres quelques jours après leur passage : rappeler tel service, avec indiquée sur le papillon une référence à rallonge parfois à peine lisible ... Il faut rappeler avant 19h00 (pratique quand on rentre chez soi à 18h59 ou à 20h30), etc. Le jour dit (ce qui vous force à être chez vous mettons un lundi ... le livreur arrive à 15h30 alors qu'on vous avait promis 9h00 ou 9h30), on vous rappelle sur votre portable "parce qu'on n'a pas les codes", aboie le livreur d'un ton rageur ... Quand vous avez rappelé UPS après avoir reçu le papillon dans votre boîte à lettres, vous avez pourtant pris soin de dicter laborieusement, un à un, tous les codes d'accès à l'employé qui a pris en charge votre appel et vous a affirmé que "c'est désormais mentionné pour les livreurs" ... Enfin, quand il sonne à votre porte, vous vous prenez un "Ben dites-donc, c'est l'enfer pour venir chez vous !" en pleine poire ... Vous voyez où je veux en venir ? Le service livraison d'UPS pour les particuliers, "it's not good enough ..."

Mais voilà, les toubibs me disent : "On n'est pas là pour innover, mais pour soigner les patients".

Il est temps de rappeler cette vérité : cela coûte moins cher à la société de bien faire en santé ... et beaucoup plus cher de mal faire (mauvaise gestion, mauvaise organisation des soins et de la prise en charge des patients) ... Un service de visiophonie pour prendre en charge les appels d'urgences coûte trop cher ? Vous voulez savoir ce que coûte à la société un amputé fémoral parce que le médecin qui a réceptionné l'appel du fils de M. Billaut (ou M. Dupond) n'a pas jugé que cela était urgent ... S'il avait pu voir l'ampleur des dégâts en visio ... il aurait immédiatement réagi ... M. Billaut (ou M. Dupond) aurait été opéré à temps, un pontage évitant l'amputation ... Pas de salle de bains, de chambre et de bureau à aménager au rez-de-chaussée, pas de prothèses coûteuses et à changer régulièrement, pas de frais d'hospitalisation en maison de soins, de rééducation, de kiné, etc. etc. Rien qu'avec la petite histoire de M. Billaut-Dupond, on a de quoi se la payer, la visio ... 

"On n'est pas là pour innover, mais pour soigner les patients".

Je réponds : "It's not good enough." Cela me fait penser à quelqu'un qui me dirait : "Hé ma brave dame, le double vitrage, vous n'y comptez pas ! Vous voulez me ruiner, ou quoi ? J'ai déjà une facture de chauffage qui me coûte les yeux de la tête."

Il est temps, à présent, d'apporter une petite touche personnelle à cette chronique bioéthique, qui jusque là n'a fait que relater et analyser des faits qui se sont déroulés ... Lorsqu'en mai 2011 Steve Jobs m'a demandé (après tout cela faisait 12 ans que j'observe le monde des soignants et de la santé) si je voulais prendre en charge un atelier e-santé pour la France, j'ai décliné l'offre ... Il s'agit d'un panier de crabes, je n'ai pas les nerfs pour composer avec une situation gauloise qui avance au rythme de la tortue ... pendant que les histoires comme celles mentionnées sur ce blog font des petits ... à bien plus vive allure ...

J'ACCUSE UN CERTAIN MANDARINAT MÉDICAL GAULOIS EN PLACE DE NE RIEN CHANGER A UNE SITUATION QUI EST "NOT GOOD ENOUGH" (JE TRADUIS PAR "NUISIBLE A LA SANTE DES PATIENTS") MAIS QUI LUI PERMET DE CONSERVER SA POSITION DE POUVOIR TOUT EN EN FAISANT UN MINIMUM. CE MINIMUM N'EST PAS SATISFAISANT ... C'EST TOUT LE SYSTÈME QU'IL FAUT REVOIR. ET POUR COMMENCER, IL FAUT VIRER CES MANDARINS NUISANT PLUS OU MOINS GRAVEMENT A LA SANTE PUBLIQUE.

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