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Offre de soins visuels : des partenariats opticiens-ophtalmologistes à l’étude ?
Offre de soins visuels : des partenariats opticiens-ophtalmologistes à l'étude ?
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9 septembre 2013
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EmelineCiri, 1 article (Rédacteur)

EmelineCiri

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Offre de soins visuels : des partenariats opticiens-ophtalmologistes à l’étude ?

Offre de soins visuels : des partenariats opticiens-ophtalmologistes à l'étude ?

L’accès aux soins visuels est un vrai problème en France : en sous-nombre, les ophtalmologistes affichent un délai d’attente moyen pour un rendez-vous de 115 jours. Et le phénomène va s’accentuer : on estime qu’il y en aura d’ici quinze ans 30% de moins, alors que la population française, elle, augmente… et vieillit. Pour garantir l’accès aux soins visuels et surtout leur qualité, les partenariats avec les autres professionnels de la vue s’avèrent de plus en plus indispensables. Et aujourd’hui, ce sont vers les compétences des opticiens que les regards se tournent.

Collaborer pour améliorer l’accès aux soins visuels

 
Les problèmes d’accès aux soins visuels ne sont pas nouveaux. Depuis plusieurs années les professionnels tirent la sonnette d’alarme et les pouvoirs publics se penchent sur la question. L’une des solutions les plus prometteuses, efficace et rapidement applicable réside dans la collaboration entre les différents professionnels de la vision : ophtalmologistes, orthoptistes et opticiens.
 
Le rapport Berland, publié en 2003, évoque pour la première fois cette idée du « transfert de compétences » ou « délégation de tâches ». En 2009, la loi HPST (Hôpital, Santé, Patients et Territoires) consacre son article 51 à la question de la coopération entre les professionnels de santé : la procédure consiste à transférer certains actes ou activités de soins entre professionnels de santé volontaires, après transmission à l’Agence Régionale de Santé et validation par la Haute Autorité de Santé. Néanmoins à l’heure actuelle cette disposition n’a été que peu utilisée.
 
Mais face à l’urgence de la situation, de plus en plus de voix s’élèvent pour que soient mis en place des partenariats entre ophtalmologistes et opticiens, ces derniers ayant le double avantage d’être des professionnels formés et diplômés, et d’assurer une présence de proximité auprès de l’ensemble de la population.
 

Des appels multiples pour la mise en place de partenariats avec les opticiens

 
Si la piste des partenariats avec les opticiens n’est exclue ni du rapport Berland ni de la loi HPST, elle est donc aujourd’hui plus que jamais à l’ordre du jour. Marisol Touraine, ministre de la Santé, a présenté en octobre dernier 12 mesures dans le cadre de son plan de lutte contre les déserts médicaux : l’ophtalmologie y est spécifiquement désignée comme devant expérimenter le « transfert de compétences ».
 
La Ministre a par ailleurs précisé dans une déclaration que les opticiens pourraient « réaliser certains examens très précis ». Un rapport du Sénat publié en février dernier (*) sur les déserts médicaux affirme aussi que «  les orthoptistes et les opticiens pourraient accomplir certains des actes que les ophtalmologistes ne sont plus en nombre suffisant pour assurer en totalité  ».
 
Et l’année dernière déjà, Xavier Bertrand, alors ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, avait déclaré que «  les opticiens ont fait leurs preuves en matière de délégation de soins  ». Difficile de se passer de leur concours en effet au regard de leur large implantation sur le territoire et de la manière dont celle-ci pourrait soutenir la politique de soins de proximité défendue par les gouvernements successifs. Ces derniers n’excluent d’ailleurs pas non plus la possibilité de partenariats de ce type. Le SNOF (Syndicat national des ophtalmologistes de France) avait ainsi évoqué la possibilité que des opticiens salariés exercent dans leurs cabinets des fonctions correspondant à leurs prérogatives actuelles (en l’occurrence la réfraction).
 
Bref, le principe général des partenariats semble faire l’unanimité, mais des querelles subsistent quant à leur nature : le terme « délégation de tâches » inquiète parfois, le débat ouvert à l’Assemblée par Gérard Bapt sur la reconnaissance de l’optométrie (que les ophtalmologistes ne voient pas « d’un très bon œil ») vient aussi perturber les discussions… Et pourtant, un consensus existe autour du fait que les partenariats strictement encadrés, qui n’écartent pas l’autorité médicale des ophtalmologistes, sont une véritable avancée pour la santé visuelle des patients. 
 

L’expérience du renouvellement des lunettes

 
Il existe d’ailleurs déjà un dispositif législatif consacrant une forme de partenariat entre opticiens et ophtalmologistes. Depuis 2007 en effet, la loi de financement de la Sécurité Sociale permet aux opticiens-lunetiers d’adapter la prescription des verres correcteurs dans le cadre de leur renouvellement, pendant les 3 ans qui suivent la première prescription. Des limites précises garantissent que cette action ne puisse être assimilée à de l’exercice illégal de la médecine. Cette disposition, qui permet à la fois de libérer du temps aux ophtalmologistes tout en garantissant aux porteurs de lunettes un suivi régulier et efficace, reste malheureusement à ce jour peu utilisée… car mal connue du grand public. Pourtant elle pourrait être davantage exploitée, mais aussi étendue à d’autres domaines où la problématique du suivi est plus importante encore. 
 

Les lentilles de contact : terrain privilégié pour développer un partenariat sécurisant pour le porteur

 
La question de la vente et de la prescription des lentilles de contact est actuellement au cœur d’intenses discussions juridiques : pressée par Bruxelles d’en libéraliser la vente en ligne, la France s’apprête à légiférer sur la question. Mais le projet d’arrêté du ministère de la Santé prévoit, outre les dispositions en matière de libéralisation de la vente, de supprimer l’obligation de prescription pour les plus de 16 ans. Autrement dit, plus besoin de passer par la case ophtalmologiste pour se voir délivrer un dispositif destiné à soigner notre acuité visuelle et en contact direct avec notre cornée – avec tous les risques potentiels que cela comporte.
 
Car une lentille de contact demande une adaptation d’abord, puis un suivi périodique : en tant que produit consommable, elle doit en effet être renouvelée fréquemment et faire l’objet d’une surveillance pour détecter les éventuels problèmes d’infection. Les opticiens (mais aussi les orthoptistes) formés en contactologie pourraient donc bientôt être amenés à assurer cette mission de suivi et de contrôle réguliers, dans des conditions encadrées par la loi, et après prescription initiale par un médecin qualifié.
 
Un partenariat de ce type permettrait à la fois de faciliter l’accès aux soins visuels (une visite chez l’ophtalmologiste puis un suivi, pour une période à définir, par l’opticien) et d’en assurer la qualité (seuls des professionnels formés interviennent dans le processus), sans que soit remise en question la libéralisation de la distribution (la vente elle-même peut s’effectuer en ligne, ou ailleurs).
 
Le Ministère de la santé trouve ici une belle occasion de mettre en pratique une solution appelée de ses vœux par les différentes parties prenantes de la filière, sans se mettre en défaut par rapport aux règles européennes, et surtout en préservant, en premier lieu, la santé visuelle des porteurs de lentilles.
 

Fluidifier l’accès aux soins optiques et garantir la sécurité des patients ne sont pas des exigences contradictoires

 

L’appui des opticiens dans le cadre du parcours de soins visuels est une voie encore trop peu explorée pour répondre aux difficultés d’accès à l’offre de soins dans la filière optique, dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Pourtant des dispositions légales existent déjà et des projets de lois sont en cours : il faut espérer maintenant que les applications concrètes suivront, pour que s’améliore une situation qui devient de plus en plus critique, eu égard notamment à l’inversion de la pyramide des âges. 
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