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Nouveau code de déontologie médicale : Médecins, rentrez dans l´ordre !
Nouveau code de déontologie médicale : Médecins, rentrez dans l´ordre !
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16 mai 2012 | 3 commentaires
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Jean-Luc Martin-Lagardette, 33 articles (Journaliste)

Jean-Luc Martin-Lagardette

Journaliste
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Nouveau code de déontologie médicale : Médecins, rentrez dans l´ordre !

Nouveau code de déontologie médicale : Médecins, rentrez dans l´ordre !

Dans l’indifférence de tous, le code de déontologie médicale vient d’être modifié par un décret (n° 2012-694 du 7 mai 2012). A part des avancées réelles profitables aux droits du malade, ce texte, par l’ajout de neuf petits mots qui changent tout, signe en fait la fin de l’humanisme en médecine. Rien de moins.

Le code de déontologie vient d’être « adapté » par le décret n°2012-694 du 7 mai 2012, publié au Journal Officiel du 8 mai 2012. Il comporte, certes, quelques avancées, notamment pour le patient.
 
Son dossier médical, par exemple, doit lui être communiqué à sa demande (et non plus seulement, « lorsque la loi prévoit qu´un patient peut avoir accès à son dossier ») et son accord est nécessaire pour la transmission des informations à un autre médecin. Le patient a également désormais le droit, s’il le souhaite, « d’être tenu dans l´ignorance d´un diagnostic ou d´un pronostic, sauf si des tiers sont exposés à un risque de contamination ».
 
Enfin, « un pronostic fatal ne doit [lui] être révélé qu´avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être faite ».
 
 

« Compte tenu des données acquises de la science »

 
Mais là où les choses dérapent carrément, c’est dans l’article R4127-8 du nouveau décret qui dit : « Dans les limites fixées par la loi et compte tenu des données acquises de la science, le médecin est libre de ses prescriptions qui seront celles qu´il estime les plus appropriées en la circonstance ». Cette formulation est identique à la formulation du texte en vigueur jusqu’alors, au détail près des neuf mots soulignés par nous dans le texte.
 
Apparemment, tout le monde pourrait applaudir ce rajout. On trouverait illogique et dangereux que des professionnels de la santé ne s’appuient pas dans leurs pratiques sur les « données acquises de la science ».
 
Oui, mais en France, cela signifie : tout médecin qui ne respecte pas à la lettre les indications institutionnelles, qui innove (même s’il le fait en conscience) ou adapte sa conduite pour tenir compte des particularités de son patient, tout médecin peut donc désormais être poursuivi par son Conseil de l’ordre et interdit d’exercer. Le praticien doit s’en tenir strictement à la nomenclature des actes édictée par l’Assurance maladie, aux codifications de l’Académie de médecine, aux prescriptions du ministère de la santé.
 
Cela veut dire que les maladies ont été mise en fiches et que la seule façon de les traiter est de suivre les règles, normes et décrets élaborés par le système institutionnel.
 
 

Trois grosses dérives

 
Je vois trois grosses dérives dans cette mentalité :
 
1) Le système institutionnel est loin d’être parfait. Il peut être manipulé par les lobbies (ex. l’affaire en cours du Médiator, parmi de nombreuses autres), déréglé par le désir de lucre (ex. dépassements d’honoraires, prothèses mammaires, etc.), faussé par les conflits d’intérêts (cf. l’ex-Afssaps), etc. Il n’assure pas la santé aux patients : il y a toujours autant de malades. Ainsi, 145 000 citoyens meurent du cancer chaque année dans les bras des médecins. Le système médical ne représente donc pas la vérité ultime qui autoriserait à condamner toute autre approche.
 
2) Il est évident, du moins pour les gens qui réfléchissent, que la « médecine basée sur les preuves » est un critère de sécurité mais pas suffisant pour garantir à lui seul la qualité du soin. Le savoir faire, l’honnêteté intellectuelle et morale, l’ouverture d’esprit, l’intuition, voire la chance, interviennent aussi dans la réussite de toute thérapie. Le corps et l’esprit humain, impossibles à dissocier l’un de l’autre, ne fonctionnent pas comme de pures mécaniques, ce que laisse pourtant supposer une médecine uniquement basée sur « les données acquises de la science ».
 
3) Cet ajout apparemment logique et légitime représente en fait un tour de passe-passe. Il reflète l´instinct de survie du système institutionnel et sa volonté de combattre les évolutions menées par les médecines complémentaires et alternatives.
 
 

La fin de l’humanisme dans le domaine de la santé

 
Ces médecines non conventionnelles, effectivement, ne sont pas « validées scientifiquement » pour la plupart. Elles peuvent n’en être pas moins très efficaces. Ce qui explique notamment l’engouement des citoyens à leur égard. Mais comme elles échappent au système, il fallait trouver un moyen simple pour les empêcher de progresser. Plutôt que de les étudier honnêtement, on préfère les combattre. Bien pratique pour la Miviludeset le ministère de la santé ! Toute pratique ne respectant pas « les données acquises de la science » (devenues LA Vérité) est de fait condamnable. Pas besoin de prouver sa dangerosité. Il suffit de dire qu’elle est du charlatanisme, qu’elle est à risque sectaire, etc. Sa cause est entendue.
 
Cette mentalité prétentieuse et totalitaire signe la fin de l’humanisme en ce sens qu’elle consacre l’homme comme un assemblage de mécaniques et de rouages, qu’elle divinise la "science" et cléricalise l’institution médicale, qu’elle ignore la vie et ses mystères (qui demeurent encore nombreux, la preuve de ceci étant fournie par l’impuissance de la médecine face à d’innombrables maux et souffrances), qu’elle criminalise toute attitude contestataire ou simplement créative, sensible, intuitive, ouverte, adaptative, pourtant indispensables pour affronter humblement la complexité de l’humain….
JL ML jlml.fr / ouvertures.net

SOURCES

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Mots-clés :
Médecine Déontologie
Commentaires
0 vote
par trape (IP:xxx.xx7.204.10) le 17 mai 2012 a 22H06
trape (Visiteur)

"Dans les limites fixées par la loi et compte tenu des données acquises de la science"

Il y a une contradiction dans ces 2 propositions car la loi peut fixer ce qui est faisable comme démarches,traitements et qui s’appliquent à la France, uniquement ; par contre "données acquises de la science" renvoie à l’international ,par l’universalité de la science, et il peut y avoir des façons d’appréhender la médecine, de façon bien différente et tout autant scientifique. Cela va faire du travail pour les tribunaux.

1 vote
par j-f (IP:xxx.xx2.167.109) le 18 mai 2012 a 17H05
j-f (Visiteur)

Cette nouvelle formulation du code de déontologie peut s’opposer à toute remise en cause des "acquis", donc à toute recherche scientifique même ; c’est une formulation de science figée éternellement, donc de non-science. Impensable dans toute autre discipline. Epistémologues, philosophes, historiens des sciences, à vos plumes !

0 vote
par trape (IP:xxx.xx7.204.10) le 19 mai 2012 a 13H04
trape (Visiteur)

C’est déjà un peu le cas, car tout ce qui est "trop révolutionnaire" conceptuellement est balayé du champs de la recherche institutionnelle ; et l’institution met toujours en avant, pour rejeter des hypothèses, l’absence d’études. Par ailleurs, celui qui veut faire carrière, devra justifier de publications de recherches dans des directions "nobles", pour espérer atteindre des sommets et la reconnaissance. C’est le serpent qui se mord la queue et qui laisse la porte ouverte aux charlatanismes divers, qui vont brandir la carte de "ce le pouvoir cache", la théorie du complot, etc Ce nouveau texte ne changera rien, à ce qui est déjà. Le fil est étroit entre l’ouverture nécessaire de la science pour progresser et le rejet des "idées délirantes", au mieux ou des gourous manipulateurs. Que faudrait-il ? Un peu plus de modestie, un peu plus de doute...mais ce ne sont pas les ingrédients ordinaires des pouvoirs.