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Mon expérience en psychiatrie
Mon expérience en psychiatrie
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10 mars 2010 | 2 commentaires
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Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Tichote

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Mon expérience en psychiatrie

Mon expérience en psychiatrie

Les Français ont beaucoup de mal à se tourner vers les psychiatres même en cas de dépression profonde. Le malade demeure stigmatisé. Je me souviens de ma 1ére hospitalisation en clinique psychiatrique, où les patients eux même m’avaient accueilli par un : « Bienvenue chez les fous ».

Je me souviens avoir demandé à mon conjoint avant transmission à mon employeur du certificat d’entrée en clinique, de mettre du blanc sur le mot « psychiatrique » et de n’adresser qu’une photocopie. Qu’allait-on penser de moi ? Psychiatrie=Fou dans bon nombre d’esprits.

Le fou était, et malheureusement demeure, celui qui transgresse l'ordre social car il ne respecte pas les codes des relations humaines.
Pourtant mon hospitalisation était librement consentie.

Poussée par mon fils et mon conjoint, je n’avais d’autre issue que celle de chercher de l’aide. Après le décès de mon enfant, je n’existais plus que dans l’expression de la douleur, de l’incompréhension, de la révolte…Je savais que sans cette prise en charge je prendrais le chemin choisi par ma fille pour quitter ce monde d’indifférence et de souffrance.

Désormais dans le blog que j’anime pour mon enfant, j’ai senti le besoin d’engager les personnes en souffrance à trouver de l’aide. Cette aide, je l’ai trouvée non seulement auprès du personnel soignant mais également auprès des patients eux-mêmes. Pendant cette immersion, j’ai fréquenté un monde différent où l’indifférence n’est pas de mise, une union entre des êtres ayant un point commun, une profonde souffrance et une attitude commune, la pudeur face à son propre vécu et la capacité d’écoute de l’autre.

Pour faire comprendre cette relation particulière, j’aime à conter cette anecdote que j’ai intitulée « une main qui se tend ».

Quand je suis arrivée à la maison de repos, je restais dans mon coin…je vous l’ai dit : je cherchais toujours l’isolement. Alors je sortais seule dans le parc ; mais on rencontre des gens dans le parc, des gens à qui l’on adresse un sourire. Malgré tout, le masque reprend sa place sur votre visage. On n’a pas le droit de faire vivre à ceux qui portent le poids de leurs malheurs, notre propre souffrance.

Alors par la fenêtre, je jetais un coup d’œil vers la salle du bas, la salle « fumeurs » (il y en avait encore une à l’époque). Chouette, elle était vide…Alors je m’y suis rendue, mon livre et mes clopes sous le bras. Je me suis installée dans un coin, recroquevillée dans un fauteuil, et je me suis plongée dans la lecture de mon livre. Des larmes perlaient de temps en temps que je m’empressais d’essuyer…

Mais là bas, la solitude ne dure pas très longtemps…Ben est entré :

« T’es nouvelle toi » « oui, je suis arrivée hier »

« Bein moi, y’a déjà une semaine… » Silence !

Ben à nouveau : « qu’est-ce que tu lis ? »

« HAMLET »

« Ah, Madame est une intellectuelle » dit-il avec un grand sourire.

 Alors, d’un seul coup, sans avoir pu retenir mes larmes, je lui avoue :

« Je n’avais jamais lu cette pièce. Je n’avais jamais lu Shakespeare. Ma fille n’avait rien laissé pour moi que ce poème "Être ou ne pas être" qu’elle aimait déclamer… »

Et alors, je lui ai parlé de mon enfant, de ma souffrance.

Il est parti quelques instants, puis à son retour dans la salle, il m’a tendu une revue.

Il m’a pris mon bouquin des mains et d’un grand sourire m’a dit :

« Je te le prête et je t’en prêterai tous les jours…Viens, tu ne seras plus seule dans ton coin… »

Et ce soir là, je me suis retrouvée embrigadée dans un groupe de personne…et ce soir là, j’ai même su rire de leurs blagues.

Merci à toi, Ben ! Je ne te reverrai jamais plus, ainsi va la vie…

 

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Commentaires
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(IP:xxx.xx3.24.243) le 10 mars 2010 a 18H23
 (Visiteur)

Si je puis me permettre : Psychiatrie et Psy = Danger !

Plus d’explications avec ces liens, trop court à expliquer dans un commentaire.

http://ccdh.asso.fr/index.php

http://www.mensongepsy.com/fr/

http://maltraitances.blogspot.com/2...

http://maltraitances.blogspot.com/2...

http://maltraitances.blogspot.com/2...

0 vote
par Tichote (IP:xxx.xx4.90.220) le 16 mars 2010 a 23H53
Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Bien sûr vous pouvez vous permettre

Lorsque je suis arrivée en psychiatrie après le suicide de mon enfant, j’étais en révolte. J’avais cherché de l’aide auprès de psychiatre pour Céline : l’un en libéral à Douai, l’autre en clinique.

Non seulement je n’avais pas trouvé d’aide, mais l’état de mon enfant s’était aggravé

Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir

J’espère être en mesure un jour de décrire l’horreur des derniers jours de mon enfant Mon expérience est un lien important entre ma vie passée et ma vie actuelle et surtout mon expérience me permet de comprendre le mal dont souffrait mon enfant

Elle était borderline, je ne le savais pas ; Souffrir l’horreur du suicide de son enfant, c’est être condamnée à une culpabilité cauchemardesque jusqu’à la fin de mes jours

J’ai trouvé auprès de mon psy une écoute particulière parce qu’il a été capable d’entendre ma révolte, mon agressivité, mon incompréhension...

Il m’aide par son écoute et je crois en lui : ai-je tort ou raison ? Je ne sais pas...Mais je suis encore en vie pour mon fils et ceux qui m’aiment. Et je vous jure que ce n’était pas facile d’obtenir ce résultat