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MÉDICAMENTS À L’OFFICINE
MÉDICAMENTS À L'OFFICINE
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1er décembre 2014
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Bien-être et santé, 172 articles (Magazine Santé)

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MÉDICAMENTS À L’OFFICINE

MÉDICAMENTS À L'OFFICINE

«  Nous ne mettrons pas de médicaments (...) en grande surface (...) parce qu’aujourd’hui nous ne manquons pas de pharmacies, les prix ne sont pas excessifs (...) ; ensuite parce qu’il y a une sensibilité forte que j’ai pu mesurer dans mes contacts sur la sécurité sanitaire  », a déclaré Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, le 16 octobre dernier. Pourquoi le gouvernement a-t-il fait marche arrière  ?
Nos experts analysent pour BIEN-ÊTRE & santé au moins «  5 bonnes raisons  » de garder tout le médicament en pharmacie d’officine.

Les médicaments sans ordonnance étaient à deux doigts de se retrouver en supermarché cet automne. Le ministère de l’Économie a finalement reculé. Pourquoi « tout le médicament » a-t-il sa place à l'officine, et uniquement à l'officine ?


Garantir la sécurité du médicament

« Tous les médicaments sont des produits chimiques potentiellement dangereux. Si quelqu’un prenait seul dans un rayonnage une boîte de médicaments comme il prendrait son lait de toilette ou sa boîte de conserve, pour moi, médecin, cela poserait un problème  ! explique le Dr Jean-Marc Brasseur, généraliste et membre du Conseil national de l’Ordre des médecins. Ainsi, quelqu’un qui prend différents médicaments sans savoir qu’ils contiennent tous du paracétamol (par exemple 3 g de Dafalgan, plus 4 comprimés d’Efferalgan effervescent, plus 2 comprimés d’Ixprim) n’est pas loin des 10 g de paracétamol, donc en danger de mort  ! Un certain nombre de conseils et de rappels qui sont du domaine du pharmacien d’officine ne doivent donc pas être méconnus.  »
Les fabricants de médicaments vendus sans ordonnance soulignent ce rôle de garde-fou. «  L’équipe officinale est très bien formée, contrôlée, équipée du Dossier pharmaceutique informatisé et de logiciels qui jouent un rôle d’alerte, relève Daphnée Lecomte-Somaggio, déléguée générale de l’Afipa, association qui représente ces industriels. Sans compter la connaissance des patients par le pharmacien  !  » A contrario, la vente en grande surface (GMS) induirait un «  réflexe de consommateur  » selon le sociologue Étienne Nouguez  ; avec un risque accru d’effets indésirables, estime le Dr Brasseur. «  Il n’est donc pas question de le laisser en GMS. Ce serait un très mauvais signal que de laisser entendre qu’un médicament s’achète comme un coton-tige  », pour Claude Rambaud, présidente du CISS (Collectif inter-associatif pour la santé) qui fédère 40 des principales associations de patients.
 
Des prix plus bas en pharmacie

« Ce qui a étonné tout le monde, c’est que le sujet soit arrivé par le biais des prix  ; car nos études montrent que les prix des médicaments non remboursés sont très inférieurs en France à ce qu’ils sont ailleurs en Europe, y compris en grande surface  », relève Daphnée Lecomte-Somaggio de l’Afipa (Association des fabricants de médicaments).

Contrairement aux idées reçues, il est douteux que les grandes surfaces puissent en faire autant, comme le montrent les exemples étrangers.

D’abord, parce qu’elles se focalisent sur quelques produits  : antidouleurs, antihistaminiques et sprays nasaux  : ce que détaille une étude commandée par le ministère des Affaires sociales suédois en février dernier.
Ensuite, le médicament sert surtout de «  produit d'appel  » avec des baisses spectaculaires sur quelques références pour se construire une «  image prix  ». Vu la faiblesse des marges sur le médicament, le seul moyen de le rentabiliser serait de fabriquer ses propres produits de marque, comme l’a fait l’enseigne italienne Coop, avec son «  Aspirine Coop  » par exemple. Mais aucune grande surface française présente en Italie (Leclerc, Carrefour, Auchan) n’a osé se lancer dans cette démarche compliquée et contraignante.

Développer les nouvelles missions du pharmacien

« Se focaliser sur le prix du médicament, c’est perdre de vue les services rendus par les pharmaciens, et ceux qu’ils pourraient rendre  », analyse encore le sociologue Étienne Nouguez. Depuis 2013, le pharmacien peut réaliser des tests de glycémie, des diagnostics rapides d’angine, de la grippe… Depuis 2012, la loi leur autorise même de nouveaux modes de rémunération, différents de la marge commerciale sur les boîtes de médicaments. Des «  entretiens pharmaceutiques  » ont vu le jour cette année sur les anticoagulants et les médicaments contre l’asthme. La vaccination est même envisagée. «  Les pharmaciens sont prêts à intégrer un nouvel exercice professionnel  ; ce n’est pas le moment de leur tordre le cou pour les empêcher de jouer ce rôle dont nous avons besoin en prévention  », estime Claude Rambaud (CISS).
Et Étienne Nouguez de conclure  : «  C’est vrai, des associations de consommateurs comme l’UFC-Que choisir montrent des lacunes dans le conseil. C’est une critique qu’il faut entendre, mais elle ne va pas dans le sens d’une ouverture du médicament à la concurrence  ! Elle va au contraire dans le sens d’une focalisation du pharmacien sur son rôle de professionnel de santé au lieu de son activité commerciale.  »
 
Garantir l’indépendance de l’acte pharmaceutique

« Avoir son diplôme ne suffit pas à exercer la médecine ou bien la pharmacie  !  » rappelle le Dr Brasseur, de l’Ordre national des Médecins  : il faut être inscrit à son Ordre professionnel, qui vérifie la validité du diplôme, la conformité du lieu d’exercice, l’absence de condamnation, le respect de l’obligation de formation continue, etc. L’Ordre peut même vous interdire d’exercer. En 2010, l’avocat général de la Cour de justice européenne notait ainsi dans une affaire à propos d’un pharmacien  : «  Son intérêt privé, lié à la réalisation de bénéfices, se trouve tempéré par sa formation, par son expérience professionnelle et par la responsabilité qui lui incombe, étant donné qu’une éventuelle violation des règles légales ou déontologiques fragiliserait non seulement la valeur de son investissement, mais également sa propre existence professionnelle.  »

A contrario, «  nous sommes très prudents sur le médicament dans la grande distribution, réagit Gérard Raymond, président de la Fédération Française des Diabétiques (FFD). Serait-il distribué entre les nouilles et les conserves  ?  ! Ou dans un «  coin  » avec un pharmacien diplômé  ? On lui demanderait de faire du chiffre, pas du conseil ni de la prévention.  » La Cour de justice européenne a en effet émis des réserves dès 2008 sur les garanties qu’apporterait la présence d’un pharmacien en grande surface. En cause, «  la soumission à son employeur  », expliquait-elle. Ainsi, en Angleterre, un récent rapport de l’Association britannique des (suite p.30) pharmaciens employés révèle que les conflits entre pharmaciens salariés et employeurs se produisent le plus souvent quand les premiers ont «  fait prévaloir la santé des patients sur
les directives de leur employeur non pharmacien ou les intérêts des actionnaires du groupe  ».

Garantir l’accès aux soins

Dans certaines banlieues et zones rurales, «  le pharmacien est parfois le seul de tous les professionnels de santé à rester dans un territoire, relève Claude Rambaud (CISS). La libéralisation contribuerait à cette désertification  ». Avec la disparition de pharmacies fragilisées par la perte de chiffre d’affaires au profit de quelques grandes surfaces, «  on désorganiserait la répartition des pharmacies sur le territoire et donc aussi l’accès au médicament  », ajoute Gérard Raymond (FFD).

Un réseau de 22 000 pharmacies, dont on aura d’autant plus besoin dans la perspective des 50 % d’opérations en «  ambulatoire  » (c’est-à-dire se déroulant en un seul jour d’hôpital), comme le souhaite la ministre de la Santé, Marisol Touraine… La ministre de la Santé semble avoir réussi à faire entendre sa voix auprès de Bercy. Pour l’instant.

François Silvan


Le paracétamol, un exemple banalement mortel

Le paracétamol (molécule active du Doliprane) est systématiquement cité comme l’exemple du «  médicament banal  » qui pourrait sortir du monopole officinal. Car c’est le produit qui cause le plus d’intoxications médicamenteuses dans les pays qui ont libéralisé sa vente. «  Les consommateurs n’ont pas conscience qu’il est présent dans divers produits et qu’il peut causer de très sévères lésions au foie, ni que leur perception peut être influencée par le marketing  », notaient en 2009 les experts de l’Agence américaine du médicament (Food and Drug Administration). En Suède, sa vente a augmenté de 60 % en supermarché depuis la libéralisation de 2009.
À la clé, une explosion du nombre d’appels au Centre d’information sur les poisons  !
Les patients hospitalisés pour empoisonnement au paracétamol sont passés de 529 à 1161 en un an. Le 21 août dernier, l’Agence suédoise du médicament a préconisé le retour au monopole officinal au 1er mars 2015.


Une porte ouverte aux déremboursements

«  Nous assistons au déremboursement progressif du soin des pathologies bénignes. Déréguler le médicament, ce serait ouvrir la boîte de Pandore  », s’alarme Gérard Raymond, président de la Fédération française des Diabétiques. Sociologue spécialisé dans les réformes du système de santé, Frédéric Pierru explique  : «  Nous assistons depuis 14 ans à une privatisation rampante, avec un recentrage opaque mais réel de la Sécurité sociale sur les soins lourds, les maladies graves et chroniques. Le traitement des pathologies légères est peu à peu reporté vers les mutuelles et les malades eux-mêmes.  » Comme les médecins transfèrent leurs prescriptions sur des médicaments remboursés, plus récents et plus chers, ce phénomène conduira un jour les pouvoirs publics à dérembourser des classes thérapeutiques entières, analyse-t-il. «  Faudrait-il changer le circuit de distribution pour autant  ? Au contraire, met en garde Daphnée Lecomte-Somaggio (Afipa). Les fabricants préconisent un développement raisonné, maîtrisé et responsable du médicament familial, donc en officine.  »


Qu’en pensez-vous ?

Une étude réalisée par l’Institut CSA pour le journal «  Les Echos  » et l’Institut Montaigne en août
dernier montre que 54% des Français sont opposés à ce que les médicaments délivrés sans ordonnance soient vendus ailleurs qu’en pharmacie.
La plus forte opposition se manifeste chez les jeunes (57 % des moins de 18-24 ans et des 25-34 ans) et les seniors (58 %). Assez étonnamment, les plus favorables à une éventuelle vente en grande surface se retrouvent chez les 35-49 ans (52 %), les salariés du secteur public (60 %) et les catégories socio-professionnelles supérieures (56 %)  : sans doute ont-ils plus confiance dans leur jugement.

Génériques à l’officine : une fiabilité maximale

Depuis quelque temps, le taux de substitution des médicaments génériques plafonne suite aux questionnements des patients. Il est de 75 %, ce qui prouve qu’actuellement un quart des Français sont encore interrogatifs. Ce doute vient de ce qui a été dit ou écrit sur les génériques. Votre pharmacien est là pour vous conseiller et notamment pour répondre à votre besoin d’information sur la traçabilité des médicaments génériques, afin de renforcer votre confiance sur le fait qu’ils sont aussi sûrs et efficaces que les médicaments d’origine. Sachez que toutes les matières premières (principes actifs et excipients) entrant dans la composition des génériques sont soumises à des procédures de contrôle strictement établies et scrupuleusement respectées.


Réponses d’expert
Isabelle Adenot
Présidente du Conseil de l’Ordre des Pharmaciens

Quelles garanties le pharmacien apporte-t-il ?

Le médicament est un produit qui diffuse dans tout le corps, avec des bénéfices s’il est bien utilisé, mais avec des dégâts s’il est mal pris. Sans rendez-vous, le pharmacien vous oriente à partir de vos symptômes  : soit tout va bien, soit il vous soulage avec un médicament sans ordonnance, soit il vous oriente vers votre médecin. Le tout basé sur la compétence et la sécurité du Dossier pharmaceutique accessible via votre carte Vitale. Nos 22000 pharmacies de proximité, dont 1 500 sont ouvertes les dimanches et jours fériés comme de nuit, sont aussi une richesse pour les Français.

En quoi garantissent-elles l’indépendance de l’acte pharmaceutique ?

D’abord parce que le pharmacien d’officine est en relation avec tous les autres professionnels de santé. Ensuite, il n’y a pas d’acteur extérieur, en particulier financier, pour interférer dans ses décisions. En conséquence, les Français lui font confiance à 93 % d’après les enquêtes d’opinion. Enfin, il est responsable de tout ce qui se passe dans son officine, civilement, pénalement et disciplinairement. En grande surface, il serait très difficile de cerner toute la responsabilité d’un docteur en pharmacie en cas de problème.

Certains avancent l’argument du pouvoir d’achat…

Je répondrai que la quasi-totalité des prix sont fixés par l’État, et ce à la baisse depuis trois ans. Cette année les pharmaciens contribuent pour près d’un milliard d’euros au pouvoir d’achat des Français. Quant aux médicaments à prix libre, ils figurent parmi les moins chers d’Europe. Une étude sur 3 000 pharmacies a montré que l’augmentation de ces prix a été de 1,1 % de 2009 à 2013, alors que le coût de la vie croissait de 1,6 %. Le reste est dû à l’augmentation de la TVA. Ceux qui essaient de faire croire que les pharmaciens s’amusent avec les prix parce qu’ils ont un monopole racontent n’importe quoi ! 
 
 
PARLER AVEC SON PHARMACIEN
En parlant avec le pharmacien, vous pouvez éviter des erreurs et mieux comprendre vos traitements. N’hésitez pas à lui signaler la survenue d’un effet indésirable ou inhabituel lié à la prise d’un médicament ou à l’utilisation d’un dispositif médical. Tel est l’objectif de la brochure concoctée par la Haute autorité de santé (HAS). Vous pouvez la consulter en cliquant sur  : www.has-sante.fr/portail/ms/c_1761963/fr/parler-avec-son-pharmacien 
 
 
VOTRE PHARMACIE ET VOUS
Pour mieux connaître toutes les missions de votre pharmacien, mais aussi pour préserver votre capital santé, une vidéo de 6’ intitulée Votre pharmacie et vous vient d’être réalisée avec le concours de l’Ordre des Pharmaciens et de l’Institut national de la consommation. Vous pouvez la visionner entre le 1er et le 26 décembre 2014 en cliquant sur  : http  ://sepremprod.fr/fr/TV-site-web_TV/Emissions_speciales/Votre_pharmacie_et_vous.html 

Cet article est extrait en exclusivité du magazine Bien-être & Santé - Tous droits réservés

SOURCES

  • www.bienetre-et-sante.fr
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