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Médecin terroriste
Médecin terroriste
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12 juillet 2011
Auteur de l'article
Martin Winckler, 23 articles (Médecin, Ecrivain)

Martin Winckler

Médecin, Ecrivain
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Médecin terroriste

Médecin terroriste

Résumé des épisodes précédents :

Un médecin est une personne comme une autre mais certains médecins ont systématiquement une attitude maltraitante (volontairement ou non)

En dehors des situations de stress, le fait qu’un médecin se comporte de manière désagréable, brutale, autoritaire, intrusive ou insultante n’est pas acceptable. Les gestes et attitudes maltraitants pratiqués systématiquement ne doivent pas être tolérés. Un même médecin peut cumuler plusieurs types d’attitude maltraitante. Si vous connaissez d’autres archétypes de médecins maltraitants, vos témoignages sont les bienvenus.

Après le médecin silencieux et le médecin égocentrique voici un autre spécimen de médecin maltraitant : le médecin terroriste.

Lire les épisodes précédents :

- 1. La maltraitance est un abus de pouvoir
- 2. Médecin phobique, médecin en burn-out
- 3. Médecin distant, médecin égocentrique

Le médecin terroriste

D’emblée, il présente tout sous son pire aspect : vos habitudes alimentaires ou de vie sont déplorables et vous mettent en danger. De plus, vos négligences en matière de santé sont irresponsables : un mois de retard de vaccination chez l’un de vos enfants est quasi-criminel. Ne pas avoir eu de check-up (avec colonoscopie et dosage des antigènes prostatiques) à cinquante ans est catastrophique. Quant au fait de demander un DIU (« stérilet ») alors que vous n’avez pas d’enfant, c’est la stérilité assurée. Bref : vous vous suicidez à petit feu. Et il n’y a pas moyen de discuter.

Pourquoi certains médecins sont-ils terroristes ? Le plus souvent, parce qu’ils ont été eux-mêmes terrorisés - ce sont donc aussi des médecins phobiques (voir épisode 2) mais au lieu d’en faire le moins possible, ils sont dans l’excès inverse. Bien sûr, ils avaient déjà un penchant pour la dramatisation. Mais la déformation opérée (c’est le cas de le dire) par leurs études - en particulier dans les services de spécialités - n’a pas arrangé les choses. A l’hôpital, lieu obligé de formation des étudiants en médecine, on voit surtout des maladies rares et graves, on opère des cancers avancés qui n’ont pas été dépistés à temps, on est le témoin des pires catastrophes.

Du coup, on oublie que ces situations catastrophiques et terribles sont minoritaires dans la population. La plupart des médecins exerceront en ville, et ils verront donc peu de maladies très graves et de malades à l’articles de la mort. Un aphorisme médical nord-américain (on l’entend souvent dans la série « Docteur House ») rappelle aux étudiants : « Quand vous entendez un bruit de galop, cherchez un cheval, pas un zèbre. » Autrement dit : les symptômes d’un patient doivent d’abord vous faire penser à quelque chose de commun, non à quelque chose de rare sous nos contrées ; à une affection bénigne, pas à une maladie mortelle à brève échéance.

En France, l’information est moins nuancée. Et la frénésie du « tout-dépistage » et du « tout prévention » (qui n’est pas spécifique à la France, d’ailleurs) conduit les médecins à transmettre à leurs patients les peurs dont on les a nourris. Il faut en effet souligner que les industriels de la santé - ceux qui fabriquent des médicaments mais aussi ceux qui fabriquent du matériel ou des tests - ont tout intérêt à ce que les médecins prescrivent « par prudence » ou par « précaution ». Donc, en excès.

L’argument le plus souvent servi aux médecin angoissés est : « Prescrire notre médicament ou notre test, c’est proposer à vos patients ce qu’il y a de mieux. » C’est ainsi qu’on convainc des praticiens angoissés de mettre « toutes les chances de leur côté ».

Il faut avoir une solide formation scientifique, un sens critique aiguisé et une solide résistance à l’intimidation pour ne pas se laisser entraîner dans ce genre de dérapage.

Le médecin terroriste n’est pas nécessairement phobique, ça peut être aussi un médecin qui vous manipule (je reviendrai sur cette catégorie) par le biais de la peur. Le prototype, c’est Knock, le personnage de Jules Romains, qui déclare que "tout bien portant est un malade qui s’ignore". Dans ce cas, il est plus menaçant que dramatisant. Il laisse entendre que vous êtes en danger, qu’il vaut mieux que vous suiviez ses instruction, que sinon, il ne répond plus de rien... Parfois, ces médecins terroristes sont tellement imbus de leur pouvoir qu’ils en viennent (j’en ai vu) jusqu’à faire appel aux autorités pour faire soigner des patients de force (surtout s’il s’agit de mineurs...)

Ce type de médecin terroriste est, tout simplement, une catégorie de professionnels qui s’intéressent plus au pouvoir qu’ils exercent sur les patients qu’au soin lui-même. Ils se rapprochent des médecins expérimentateurs (que je traiterai dans un prochain article)...

Que faire devant un médecin terroriste ?

D’abord vous rappeler ceci : tout discours culpabilisant ou terrorisant venant d’un médecin est nul et non avenu. Non seulement il ne rend pas compte de la réalité, mais en plus, il est contraire à l’éthique et aux bonnes pratiques professionnelles. Le médecin qui terrorise se disqualifie. Un médecin n’est pas là pour faire pression sur vous, mais pour vous assister dans vos décisions. Il n’a pas à laisser entendre que certaines de vos décisions sont "répréhensibles" ou "dangereuses". Il peut exprimer son inquiétude, mais pas vous traiter comme un enfant ou comme un inconscient. Ce n’est ni un juge, ni un flic, ni votre père ou votre suzerain. C’est juste un professionnel de santé. Ses opinions et ses désirs ne sont pas des ordres.

Ensuite, il faut le fuir comme la peste, et décrire en détail, avec copie à l’ordre des médecins (le dernier article vous expliquera comment écrire aux médecins maltraitants) et au syndicat professionnel, le comportement qui vous a convaincu(e) de ne plus le consulter.

Enfin, il est très important, si vous connaissez d’autres personnes qui consultent ce médecin, ou si c’est un médecin spécialisé, les associations de patients qui sont susceptibles de faire appel à lui, que vous leur expliquiez que ses propos ou ses actes sont délétères et ne reflètent pas la réalité ou les bonnes pratiques médicales. Il ne faut pas laisser faire les médecins terroristes : ils entretiennent la médicalisation de la population et sa dépendance aux médicaments, aux examens divers et variés... et aux médecins.

Dr Marc Zaffran (Martin Winckler)
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