Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Médecin pervers, médecin manipulateur
Médecin pervers, médecin manipulateur
note des lecteurs
date et réactions
19 juillet 2011 | 1 commentaires
Auteur de l'article
Martin Winckler, 23 articles (Médecin, Ecrivain)

Martin Winckler

Médecin, Ecrivain
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
23
nombre de commentaires
0
nombre de votes
0

Médecin pervers, médecin manipulateur

Médecin pervers, médecin manipulateur

Résumé des épisodes précédents :

Un médecin est une personne comme une autre mais certains médecins ont systématiquement une attitude maltraitante (volontairement ou non)

En dehors des situations de stress, le fait qu’un médecin se comporte de manière désagréable, brutale, autoritaire, intrusive ou insultante n’est pas acceptable. Les gestes et attitudes maltraitants pratiqués systématiquement ne doivent pas être tolérés. Un même médecin peut cumuler plusieurs types d’attitude maltraitante. Si vous connaissez d’autres archétypes de médecins maltraitants, vos témoignages sont les bienvenus.

Après les médecins étouffants et méprisants, voici deux autres catégories pas piquées des vers : les pervers et les manipulateurs.

Lire les épisodes précédents :

- 1. La maltraitance est un abus de pouvoir
- 2. Médecin phobique, médecin en burn-out
- 3. Médecin distant, médecin égocentrique
- 4. Médecin terroriste
- 5. Médecin maltraitant, médecin étouffant

Les facultés de médecine ne les dépistant ni à l’entrée, ni au cours de leurs études, certains médecins peuvent parfaitement être des manipulateurs ou des pervers. J’entends par « manipulateur » une personne (homme ou femme) dont le profil de personnalité consiste à utiliser les sentiments et/ou valeurs des patient(e)s à son profit et par « pervers » un médecin qui effectue sur les patients des actes intrusifs pour sa propre satisfaction.

Nombre de personnes en position d’autorité (médecins, avocats, enseignants, éducateurs, psychothérapeutes, élus, membres des forces de l’ordre, etc.) sont des manipulateurs et/ou des pervers. Il n’est pas question de dire que ces professions « fabriquent » des manipulateurs ou des pervers, car ce sont des traits de personnalité probablement en grande partie innés, mais les professions d’autorité attirent ces personnalités, car leur mode relationnel consiste à vouloir contrôler, exercer un pouvoir sur les personnes qu’elles sont censées assister, soigner, éduquer ou protéger.

Comme tout médecin maltraitant, le médecin manipulateur ou pervers exerce donc un abus de pouvoir. Mais dans son cas, ce n’est pas par ignorance, par fatigue ou par phobie : c’est parce qu’il ou elle aime ça.

Comment reconnaître un médecin pervers ?

Aucune personne ne trouverait « normal » qu’un médecin fasse une piqûre sans explication, baisse autoritairement le caleçon d’un petit garçon pour lui palper le pénis ou les testicules, ou insère un index dans l’anus d’une personne qui souffre d’un panaris au bout de l’index. Tous les gestes du médecin doivent être médicalement motivés et explicités et, qui plus est, doivent recueillir le consentement du patient avant d’être pratiqués.

On peut donc admettre que tout médecin qui pratique, par exemple, un examen gynécologique sans en avoir expliqué le but et sans avoir expressément demandé l’autorisation de la patiente commet un geste intrusif.

Un médecin pervers est un médecin qui abuse de ses patient(e)s et commet des gestes intrusifs sans nécessité, pour son propre plaisir. L’abus peut-être psychologique (« Dans quelles positions préférez-vous avoir des relations sexuelles ? » « Est-ce que vous avez déjà eu des orgasmes avec d’autres personnes que votre mari ? ») sans être ouvertement sexuel. Régulièrement, des patient(e)s portent plainte contre des médecins (sexologues, mais pas toujours) qui leur ont fait subir des « traitements » assimilables à un viol, et quand elles témoignent, elles racontent que les attouchements ou rapports imposés ont été précédés par de longs interrogatoires très explicites.

Le plus souvent, les abus des médecins pervers sont d’ordre sexuel.

Il semble évident à tout le monde qu’un médecin qui impose un rapport sexuel sous prétexte de thérapie commet un abus de pouvoir. Pourtant, il n’est pas rare que certain(e)s patient(e)s le subissent sans se rebeller - ou, du moins, en mettant un certain temps à le faire. Cela s’explique par l’ascendant presque « naturel » que les soignants ont sur les personnes souffrantes. Quand on souffre, on est spontanément tenté de s’en remettre entièrement à la personne que l’on consulte. Après tout, son rôle - pensons-nous - consiste à nous soigner, et non à profiter de notre position de vulnérabilité. C’est de cette confiance spontanée que profite le médecin pervers.

Une autre forme d’intrusion perverse est plus fréquente et encore moins dénoncée : des patient(e)s et ou des médecins m’ont raconté plusieurs cas de praticiens imposant - par leur autorité et/ou par la menace de « graves conséquences » - à des adolescentes ou à des jeunes femmes des examens gynécologiques fréquents et répétés et/ou des examens des seins inutiles.

Il faut dire que « l’examen gynécologique annuel » cher à beaucoup de médecins phobiques (Voir cet article) contribue déjà beaucoup à donner aux femmes le sentiment que si elles ne se laissent pas examiner une fois par an, elles courent un risque mortel.

Or, redisons-le ici très fermement : il n’est ni nécessaire ni médicalement justifié, quand on est en bonne santé et en l’absence de symptôme motivant une consultation, de se faire examiner annuellement « par précaution ».

Ainsi, l’examen gynécologique « juste pour se rassurer » à l’occasion, mettons, d’une prescription de pilule, n’a pas d’intérêt médical : il ne peut détecter aucune anomalie autrement que par hasard et donc, en des occasions rarissimes ce qui le disqualifie en tant que geste de prévention. De même, l’examen "systématique" des seins avant l’âge de 40 ans est source d’angoisses et d’examens inutiles. Et enfin, la fréquence actuellement considérée comme optimale pour le frottis de dépistage des lésions pré-cancéreuses du col est : 1° Un premier frottis à l’âge de 25 ans (ou 8 ans après les premiers rapports sexuels) ; 2 ° En l’absence d’anomalie, un frottis tous les 3 ans jusqu’à l’âge de 65 ans. Point barre.

On peut en déduire qu’un médecin qui pratique « mécaniquement » un examen gynécologique ou un examen des seins annuels est ignorant et/ou phobique. Et que par conséquent, un médecin qui impose des examens gynécologiques répétés plus d’une fois par an est très probablement pervers(e).

On pourrait d’ailleurs dire la même chose d’un médecin qui examine systématiquement les testicules et le pénis des hommes et je ne suis pas loin de penser que les médecins (femmes ou hommes) qui imposent aux jeunes mamans de décalotter le gland de leur nouveau-né ou de leur petit garçon (geste qui non seulement n’a aucune utilité mais est douloureux et intrusif) sont eux/elles aussi des pervers(es). (Voir cet article )

Que faire face à un médecin pervers ?

D’abord, refusez les gestes qui vous mettent mal à l’aise, a fortiori surtout si on vous les présente comme « obligatoires » ou « indispensables », et s’ils se répètent sans nécessité apparente ni explication précise. (Par exemple, certains échographistes insistent pour faire des échographies par voie vaginale, ce qui n’a rien de médicalement justifié. Vous avez donc parfaitement le droit de refuser.)

Ensuite, si le médecin insiste et/ou vous menace, il est indispensable de le signaler aux autorités. Gardez en effet à l’esprit que le médecin qui abuse d’un(e) patient(e) abuse probablement d’autres patient(e)s. Un médecin pervers n’est pas plus excusable qu’un instituteur qui torture des élèves ou un prêtre qui tripote les enfants de chœur. Ce qui protège le médecin (en plus de sa position d’autorité), c’est l’acceptation tacite de l’idée selon laquelle un médecin a « le droit de toucher ». Or, ce droit, ce ne sont pas son titre ou son statut, qui le lui accordent, c’est TOUJOURS le ou la patient(e). Et cet accord peut être à tout moment retiré par le/la premièr(e) intéressé(e).

Face à un médecin pervers, il n’y a pas à discuter. Son comportement relève des tribunaux. La meilleure chose à faire est de consulter un avocat et de porter plainte. Comme l’ont montré certaines affaires récentes, le fait qu’une personne en position d’autorité soit dénoncée libère la parole d’autres victimes. Si vous avez été victime d’un médecin pervers, il est probable qu’en portant plainte, vous vous rendrez compte que vous n’êtes pas seul(e).

Comment reconnaître un médecin manipulateur ?

Je ne vais pas vous faire un cours sur la manipulation et le harcèlement, il y a de très bons livres pour ça (voir cette page du site).

Le médecin manipulateur (qui peut d’ailleurs aussi être pervers) est avant tout intéressé par la domination de ses patients. Pour ce faire, il ou elle alterne souvent la réassurance et la culpabilisation. Il/elle commence par rassurer le patient (« Vous avez bien fait de venir me voir... » puis s’assure de son obéissance : « ... mais il va falloir suivre mes instructions à la lettre. » Il peut aussi procéder en commençant par faire peur (« Vous auriez vraiment dû consulter plus tôt... vous vous êtes mis vraiment dans une situation très très grave... » puis s’assure la reconnaissance de sa victime : « Il est très difficile d’arranger ça, mais si vous faites tout ce que je vous dis... »

En France, le médecin manipulateur use souvent d’un jargon « pseudo-freudien » pour dénigrer ou invalider les affirmation de ses patient(e)s : « Vous êtes dans le déni. » « Vous croyez que vous savez, mais vous vous voilez la face, moi je sais. » « Votre douleur/maladie/symptôme est d’origine psychologique et tant que vous ne m’aurez pas confié des éléments sur votre vie privée, je ne pourrai pas vous aider. » Autrement dit : il utilise ce que dit le patient pour le retourner contre lui. C’est à cela qu’on sait que quelque chose ne va pas : ce qu’on confie au médecin, il n’a jamais le droit de l’utiliser contre nous.

Et comme dans toutes les relations perverses, lorsque les patient(e)s refusent d’obtempérer à ses injonctions, le médecin manipulateur menace. « Si vous ne suivez pas mes instructions, je ne réponds plus de rien. »

D’un point de vue général, tout médecin qui pratique le chantage - « Je vous soignerai seulement si vous suivez mes instructions » - se comporte de manière contraire à l’éthique. Et il arrive bien sûr que des médecins phobiques (voir le 2e épisode) exercent un chantage, ou se mettent en colère, tant ils craignent de se voir reprocher de n’avoir pas « tout fait » pour soigner un patient. Le chantage peut aussi être le fait d’un médecin terroriste (voir le 4e épisode). Mais certains médecins terroristes sont de francs manipulateurs. C’est à l’alternance de bonnes paroles et de menaces implicites qu’on les reconnaît.

Le médecin manipulateur conduit les patients à faire pour lui des choses qu’ils n’auraient pas fait pour quelqu’un d’autre. S’il est pervers, ça peut être de les amener à avoir des relations sexuelles avec lui. S’il est vénal, ça peut être de leur extorquer de l’argent (un exemple très frappant est décrit dans L’adversaire d’Emmanuel Carrère, POL, 2000).

En France, un médecin n’a pas le droit d’hériter de ses patients, mais les médecins manipulateurs se font offrir des objets précieux, tableaux ou meubles, par les patient(e)s âgé(e)s... Les personnes particulièrement vulnérables que sont les personnes âgées isolées de leur entourage (vivant seules ou en institution) sont les cibles préférées des manipulateurs - et en particulier des médecins qui le sont.

Que faire face à un médecin manipulateur ?

Comme dans le cas précédent, il n’est pas possible faire entendre à ce type de médecin que sa manière d’agir est contraire à vos intérêts et à l’éthique professionnelle. Contrairement aux médecins phobiques (qu’on peut parfois rassurer...) vous ne parviendrez pas à lui faire entendre que vous ne désirez pas faire l’objet d’un chantage, mais être soutenu(e).

Il ne faut donc plus le consulter mais le fuir comme la peste.

De plus il est essentiel d’écrire pour dénoncer son comportement au conseil de l’ordre départemental et national ainsi qu’au syndicat professionnel dont il relève, et aux services de santé dont il dépend : (structure hospitalière, assurance maladie). Tout médecin a des obligations envers les usagers. Signaler un comportement anormal et nocif, c’est nécessaire au bon fonctionnement du système de santé.

Bien sûr, si le comportement du médecin manipulateur a été franchement dangereux ou illégal, il est absolument indispensable de s’adresser à un avocat et de porter plainte.

Dr Marc Zaffran (Martin Winckler)
Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
Commentaires
0 vote
par yoplaboum (IP:xxx.xx8.176.13) le 19 juillet 2011 a 22H23
yoplaboum (Visiteur)

Nous avons affaire depuis quelques années à une autre catégorie aussi désagréable : le médecin mal élevé. Il vous reçoit en jeans et chemise à carreaux, chaussures dégueu ( le cabinet idem), ne vous dit ni bonjour ni bonsoir. La seule chose qui à l’évidence l’intéresse, c’est de passer avec vous le minimum de temps pour débiter du client. Rare ? Pas tant que cela... J’ai rencontré ( une seule fois !) un phlébologue. Ni bonjour, ni asseyez vous... silence. Ah si, la faculté va parler : " Pantalon chaussures chaussettes". En intégrale, dans le texte, sans rajout ni omission. Surprenant... après m’avoir consciencieusement beurré de gel pour faire son examen, il m’a littéralement jeté un morceau de nappe en papier ( qui n’essuie rien) pour essuyer les dégats... Pas un mot. Rien... ah si... le montant de la consultation. La première et la dernière. Je l’ai revu à un dîner collectif. Il était vautré sur la table, discutait la fourchette et le couteau en l’air, du malaise de sa profession. Je dois être un vieux con rétrograde...