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Médecin distant, médecin égocentrique
Médecin distant, médecin égocentrique
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11 juillet 2011
Auteur de l'article
Martin Winckler, 23 articles (Médecin, Ecrivain)

Martin Winckler

Médecin, Ecrivain
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Médecin distant, médecin égocentrique

Médecin distant, médecin égocentrique

Résumé des épisodes précédents... Un médecin est une personne comme une autre mais certains médecins ont systématiquement une attitude maltraitante (volontairement ou non)

En dehors des situations de stress, le fait qu’un médecin se comporte de manière désagréable, brutale, autoritaire, intrusive ou insultante n’est pas acceptable. Les gestes et attitudes maltraitants pratiqués systématiquement ne doivent pas être tolérés. Un même médecin peut cumuler plusieurs types d’attitude maltraitante. Si vous connaissez d’autres archétypes de médecins maltraitants, vos témoignages sont les bienvenus.

Après les médecins en burn-out et les médecins phobiques, qui sont les victimes de leur environnement et/ou de leur formation, parlons un peu de médecins dont l’attitude est l’expression de leur personnalité : le médecin silencieux et le médecin égocentrique.

Lire les épisodes précédents :

- 1. La maltraitance est un abus de pouvoir
- 2. Médecin phobique, médecin en burn-out

 

Le médecin silencieux et/ou distant/indifférent

 

Etre médecin, c’est partager l’information pour aider les patients à souffrir moins, ou à comprendre pourquoi ils souffrent et comment souffrir moins. Quand on se plaint d’un médecin en disant qu’il est silencieux c’est en général parce qu’il ne répond pas aux questions qu’on lui pose. C’est d’autant plus pénible qu’on va le voir en pensant qu’il a des réponses !

Or, un médecin constamment silencieux et qui refuse de répondre, d’expliquer ou de justifier ses prescriptions se disqualifie en tant que professionnel de santé : il ne remplit pas sa mission.

Un médecin qui ne répond pas adopte en général un comportement fuyant : il ne vous regarde pas non plus. Il n’examine votre plainte ou votre corps que du bout des doigts. Il marmonne parfois dans sa barbe (même s’il n’en a pas). Il ne donne pas son avis. Il se précipite sur son bloc d’ordonnance et vous tend une prescription.

Les médecins silencieux sont rarement agressifs. Le silence est plutôt un symptôme : une posture de défense, de protection. Il signifie : je ne sais pas quoi ou je ne veux pas répondre à votre demande. Le silence peut donc être l’expression préférentielle d’un médecin phobique (voir article précédent), surtout quand il est constant. Quand le silence est sélectif - je veux dire quand certaines questions rencontrent le silence alors que d’autres reçoivent une réponse - il exprime peut-être autre chose : le sentiment d’être harcelé, du mépris, de l’indifférence... ou parfois de l’inquiétude.

Un médecin n’a pas les réponses à toutes les questions, mais la moindre des choses, quand il hésite entre plusieurs diagnostics, consiste d’une part à le dire clairement, d’autre part à expliquer pourquoi - ce qui permet ensuite de justifier, pour le patient (qui est tout de même le premier intéressé), les décisions prises (examens complémentaires, traitement ou abstention de traitement, demande d’un autre avis, etc.)

Le médecin distant, indifférent ou « pas concerné » peut être soucieux (comme tout le monde) si ça arrive une fois de temps à autre. Si c’est systématique (chaque fois que vous le voyez), c’est peut être un médecin qui s’emmerde (il n’est pas fait pour ce métier), dont le couple ou la famille ou les finances vont mal (il a d’autres chats à fouetter) et/ou qui frôle le burn-out...

Que faire ?

La première chose à faire, et la plus simple, consiste à rester assis bien calmement sur sa chaise et à REposer les questions, REdemander les explications. En attendant patiemment que les réponses viennent. Ça peut augmenter l’irritation du médecin, mais ça peut aussi lui faire comprendre qu’il ne va pas s’en tirer comme ça. Certains vont rester silencieux et opposants - et alors, vous serez en droit de partir et de ne jamais revenir. D’autres vont finir par vous dire qu’ils sont inquiets et vont cracher le morceau. D’autres vont être agacés et exploser, alors mieux vaut se lever calmement et s’en aller. Rappelez-vous qu’un médecin ne mord pas, que vous n’êtes pas prisonnier de son bureau et que vous n’avez pas à payer un praticien qui n’a pas rempli sa fonction. Mais ne partez pas sans avoir insisté pour qu’il parle. Ne vous laissez pas noyer par le silence. Et si votre insistance à obtenir une réponse ne donne rien de constructif, une fois rentré(e) chez vous, écrivez-lui que vous ne retournerez plus le/la voir, et pourquoi.

(Le dernier article de la série donne des conseils pour rédiger des lettres et indique à qui les envoyer ou auprès de qui faire une démarche plus vigoureuse).

 

Le médecin égocentrique

 

C’est presque une caricature, mais il m’a été décrit tant de fois par des personnes différentes qu’il ne doit pas être si rare que ça.

Au cours de chaque entretien, alors que vous avez mentionné tel ou tel souci personnel, familial, professionnel qui n’était pas directement lié à votre motif de consultation, le médecin s’en empare pour vous parler de lui.

Par exemple : « J’ai des soucis avec mon fils » entraîne pour réponse : « Ah, si vous saviez ceux que j’ai (ou que j’ai eus) avec le mien » suivi par une longue tirade autobiographique. Ou encore : « Je ne m’entends plus avec mon mari » déclenche un « Et moi avec ma femme... Mais dites-moi, vous qui êtes une femme, vous allez peut-être pouvoir m’expliquer... »

Dans ce genre de situation, le patient a le net sentiment que les rôles s’inversent et que le médecin lui demande de l’écouter.

Du même tonneau est le médecin (souvent spécialiste hospitalier, mais pas toujours) que l’on va voir parce qu’il est réputé dans sa branche, et qui passe son temps à vous raconter ses hauts faits, à vous parler des patients qu’il a sauvés, à vous faire son propre éloge en décrivant les personnalités qu’il a rencontrées et les voyages qu’il a faits pour parler dans des congrès internationaux...

Or, non seulement ce déluge d’autosatisfaction l’empêche d’entendre ce que vous avez à dire, mais en plus, il est indélicat et contraire à l’éthique : un médecin n’a pas à vous décrire en détails ses autres patients (ça ne vous regarde pas, et vous ne voudriez pas qu’il parle de vous au patient suivant) ; il n’a pas à faire son auto-promotion pour vous convaincre de ses qualités (c’est en prenant votre situation à coeur qu’il vous convaincra) ; il n’a pas à s’écouter parler (c’est une perte de temps).

Un médecin qui n’écoute que lui-même se disqualifie en tant que professionnel de santé.

Que faire ?

Le médecin égocentrique peut l’être naturellement et en permanence (c’est un trait de personnalité) ; il peut l’être aussi de manière occasionnelle, parce qu’il va mal psychologiquement (ça peut arriver à tout le monde). Dans le premier cas, il faut le fuir, vous ne le changerez pas. Dans le second, vous êtes en droit de dire sur-le-champ, si vous sentez que c’est possible quelque chose qui pourrait être, en substance : « Docteur, pardonnez-moi, je vous ai parlé de mes soucis parce que ça me fait du bien de vous les confier, mais je ne suis pas du tout qualifié(e) pour vous écouter parler des vôtres. Est-ce qu’on pourrait revenir au motif initial de ma présence ici ? »

Si vous ne vous sentez pas en mesure de lui parler, alors écrivez-lui. Si c’est seulement une personnalité égocentrique, il ne vous répondra pas, ou de manière hautaine. Vous serez fixé. Si c’est un médecin qui va mal, ça lui fera du bien en le « recadrant » dans son rôle de médecin. Il vous présentera peut-être ses excuses. Et votre intervention n’aura que de bonnes conséquences sur les consultations ultérieures.

(Le dernier article de la série donne des conseils pour rédiger des lettres et indique à qui les envoyer ou auprès de qui faire une démarche plus vigoureuse).

Dr Marc Zaffran (Martin Winckler)
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