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Ma fille J., mon cancer et son angoisse de la mort
Ma fille J., mon cancer et son angoisse de la mort
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4 octobre 2011
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IsabelleDeLyon, 15 articles (Rédacteur)

IsabelleDeLyon

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Ma fille J., mon cancer et son angoisse de la mort

Ma fille J., mon cancer et son angoisse de la mort

J’ai déjà abordé ici, et encore là le problème de ma fille aînée qui dure depuis plus d’un an. J, 10 ans (enfin presque), a peur que son père ou moi mourrions pendant son sommeil et qu’elle nous perde pendant la nuit. Cette angoisse l’empêchait de s’endormir le soir.
J’avais trouvé une parade, la faire dormir dans la même pièce que sa petite soeur, elle se sentait rassurée et arrivait ainsi à s’endormir. En parallèle, je l’ai emmenée voir la psy du CLB, le centre anti-cancer de Lyon. Elle est allée la voir régulièrement pendant le printemps 2010 puis toute l’année scolaire 2011. Cette angoisse a fini par s’atténuer. Elle est toujours présente mais elle ne l’empêche plus de dormir. J’ai pu à nouveau séparer mes filles pour la nuit et chacune a retrouvé sa chambre. Comme elles n’ont pas le même besoin de sommeil, c’est bien mieux pour toutes les deux.

La psy a préféré continuer à voir J. malgré cette amélioration. Elle a décelé chez J. un autre point à travailler. Elle la trouve trop catégorique. Ma fille voit la vie en noir ou blanc, pas en gris. Elle tente de lui apprendre que la vie est un grand nuancier et qu'il faut en tenir compte et ne pas vivre comme si tout était en noir ou blanc.

J. ne voulait plus aller chez la psy à la fin de l'année scolaire. Fin avril 2011, elle y est allée, en grognant, en traînant des pieds. La psy avait bien compris que la motivation n'était plus au rendez-vous mais elle a souhaité la revoir une dernière fois avant les grandes vacances, fin juin et voulait aussi la revoir, une fois cette rentrée scolaire passée.
En juin, J. est allée à son rdv, au lieu de durer une heure, en une demi-heure, c'était terminé.
Je ne me pressais pas en cette rentrée pour prendre le rdv prévu avec la psy. Elle est assez disponible excepté les jours du groupe de paroles qu'elle anime pour les enfants dont un proche a le cancer, au CLB, un mercredi après-midi par mois, j'en avais parlé ici.

C'est J. qui est venue me voir et m'a demandé si j'avais pris rdv avec la psy. Je lui ai répondu que je n'avais pas oublié, que j'allais le faire. Inutile de vous faire la liste de tous les rdv que je dois prendre début septembre sans oublier mes rdv médicaux. Quelques jours après, la voilà qui revient à la charge et me pose la même question, à savoir si j'ai pris ce rdv. Comme je ne l'ai toujours pas fait, elle me rappelle qu'il ne faut pas que j'oublie de le faire. Je lui demande si elle éprouve l'envie de retourner voir la psy, sa réponse ne laisse aucun doute, elle veut la voir. Je sens même qu'elle en ressent le besoin. Je prends ce rdv en laissant passer la rentrée comme la psy me l'a demandée. Je lui fais confiance pour suivre ses recommandations, elle sait parfaitement ce qu'elle fait. Le rdv est pris pour le premier mercredi d'octobre, soit après-demain.
Je n'ai même pas le temps de l'annoncer à ma fille qu'elle me pose déjà la question pour savoir si je m'en suis occupée. La voilà enfin soulagée de savoir qu'elle va bientôt la revoir.
Depuis 2 semaines, elle me demande en début de semaine, si c'est ce mercredi qu'elle a rdv avec sa psy. La semaine dernière, elle a pris mon agenda et est allée regarder si c'était la bonne semaine. Je sais qu'elle attend ce rdv.

Je n'ai pas eu besoin de remettre mes deux filles ensemble pour l'aider à s'endormir mais elle prend presque chaque soir "Euphytose" pour l'aider à s'endormir. Je pense que ça a un effet placebo sur elle. Elle a besoin de penser qu'elle ne peut pas lutter contre le sommeil, que de toute façon avec ce cachet, elle va s'endormir et ça fonctionne. Il lui permet juste de ne pas se laisser trop envahir par ses angoisses.

J'ai eu ma visite chez le cardiologue à cause de la toxicité d'herceptine. Elle était soulagée et heureuse d'apprendre que mon cœur va bien et qu'il ne devrait pas s'arrêter de battre pendant la nuit. J'essaye de la rassurer en lui disant que mon cœur est tellement mieux surveillé que la moyenne, que je ne devrais pas être sujette aux crises cardiaques.

Ce n'est pas facile en tant que cancéreuse, porteuse d'une maladie mortelle de rassurer ma fille sur ma longévité. C'est justement cette crainte qui m'habite, mourir prématurément et devoir laisser mes filles sans moi.
Pas facile de faire la part des choses entre ma responsabilité et la leçon de vie que lui apporte ma maladie.
En effet, est-ce qu'inconsciemment, elle ne ressent pas mon angoisse et se l'approprie en partie ?
Est-ce que si j'étais sereine sur mon avenir, elle le serait aussi ?
De me savoir sous traitement à vie, tout le temps entre deux bilans, elle ne peut que constater que mon avenir est sans cesse en jeu, qu'un cancer est une maladie grave et que son angoisse est en partie fondée. Des proches autour de nous sont morts à cause d'un cancer.

Et puis il y a un autre fait nouveau, en plus de son impatience à rencontrer la psy et son besoin de parler avec elle, elle clame partout que j'ai eu un cancer, que je suis IsabelleDeLyon ! L'année dernière, elle ne voulait surtout pas que j'en parle à qui que ce soit.
Cet été, en vacances à l'Ile Maurice, lorsqu'elle se présentait à des amies de la famille, en plus de son âge, de ses activités, elle annonçait que sa maman avait un cancer, qu'elle tenait un blog sous l'identité IsabelleDeLyon. Cette maman cancéreuse faisait partie de ce qui la caractérisait. Il ne faut pas exagérer non plus, elle ne le faisait que lorsqu'elle se sentait en confiance avec les personnes à qui elle faisait ses confidences.

Cet été, j'ai appris qu'un de mes articles était paru dans "Psychologies magazine" pour rendre hommage à David Servan Schreiber. Nous étions en vacances, je m'étais arrêtée pour acheter ce magazine et lire cet hommage. Forcément, j'ai montré mon article à mon mari, il faisait une pleine page. J. voulait le voir. Elle a même voulu le lire et semblait très heureuse de me retrouver dans un magazine même si c'était sous l'identité IsabelleDeLyon. Habituellement je ne la laisse pas lire mon blog, elle sait qu'il existe, elle sait qu'il est important pour moi.

Ma fille J. vient aussi de m'apprendre qu'en classe, pendant un cours de sciences sur les cellules, la prof a abordé très brièvement le dérèglement des cellules qui était responsable des cancers. J. a aussitôt annoncé que sa maman avait eu un cancer. Un garçon de sa classe a aussitôt posé plusieurs questions, très intéressé par mon expérience, peut-être que lui n'a pas le droit d'en parler chez lui. J'ai trouvé qu'elle avait fait fort d'oser le dire à toute sa classe, je la connais suffisamment pour savoir que ce n'est pas anodin, elle voulait que les autres le sachent.

Comme toujours je suis partagée, c'est bien qu'elle s'exprime, qu'elle puisse en parler mais j'ai toujours peur qu'on puisse la blesser par des paroles malheureuses. Mon psy m'avait bien dit qu'il fallait laisser un espace aux enfants pour qu'ils puissent exprimer leurs angoisses et ne pas toujours tenter de minimiser leur ressenti en leur disant que ce n'était pas aussi grave, que tout allait bien... Il avait aussi ajouté que de toute façon mes filles se construiraient sur mon cancer, qu'on ne pouvait pas faire autrement mais que ça ne signifiait pas que c'était moins bien, c'était juste notre réalité.

A quand le blog J.DeLyon ?!!

IsabelleDeLyon
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