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Les maladies virtuelles du voyageur
Les maladies virtuelles du voyageur
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22 septembre 2011
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Santé-Voyages, 37 articles (Info voyage)

Santé-Voyages

Info voyage
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Les maladies virtuelles du voyageur

Les maladies virtuelles du voyageur

Souvent des voyageurs exotiques sont préoccupés, voire terrorisés par certaines maladies graves vis-à-vis desquelles ils ne courent aucun risque. Ils se détournent ainsi sans doute des priorités préventives de certaines autres maladies qui les menacent réellement.

Grippe aviaire

Le virus A(H5N1) a été identifié chez des oiseaux en 2003. Des évaluations, qui font état de possibles millions à centaines de millions de morts en quelques années, ont été fortement médiatisées. Le grand public appréhende rarement qu’il s’agit seulement d’un risque potentiel futur qui ne deviendra réel que lorsque le virus aura muté sous une forme adaptée à la transmission inter-humaine.
A ce jour, et depuis 2003, le virus aviaire ne s’est transmis à l’homme de manière symptomatique que dans moins de 500 cas et a causé moins de 300 décès dans le monde entier (OMS). Parmi ceux-ci, aucun voyageur.
La grippe aviaire est donc une « non-maladie » du voyageur.

Fièvre hémorragique à virus Ebola

Peu de maladies ont fait l’objet d’autant de romans, films et docu-fictions « catastrophe ». Quand même, 50 à 90% de létalité, il y a de quoi s’inquiéter.
Dans un sondage IFOP-Pasteur (2007), Ebola occupait la 4ème place des maladies les plus anxiogènes pour le voyageur français ! Et ce –encore pire- quelle que soit la destination, la terreur du mot « Ebola » ayant effacé jusqu’à la répartition géographique du virus dangereux pour l’homme : forêts ombrophiles d’Afrique centrale, bien peu fréquentées par les touristes. De plus, pour se contaminer, l’éventuel touriste devrait « être en contact direct avec le sang, les sécrétions, les organes ou les liquides biologiques de sujets infectés » ou à défaut « manipuler des gorilles ou chimpanzés vivants ou morts » (OMS).
Depuis 1976, la maladie a atteint 1848 personnes, 1287 en étant décédées. Parmi elles, à notre connaissance, aucun touriste.
Si l’on prend la précaution de séparer la problématique réelle de santé publique (risque d’expansion épidémique) de celle de la santé individuelle, on peut conclure à ce jour que l’infection par virus Ebola est une « non-maladie » du voyageur ; contrairement à ce qu’en pensent 46% des Français…

Choléra

Des millions de voyageurs se rendent chaque année dans des zones où sévit le choléra : le choléra est endémique dans quasiment toute l’Afrique sub-saharienne. Au Sénégal, très touristique et fortement atteint depuis plusieurs années, un seul touriste européen y a contracté la maladie, qui a été guérie en quelques jours à son retour en Italie.
Environ 3 millions de voyageurs français se rendent chaque année en zone tropicale, y compris donc des zones fortement épidémique ; on recense annuellement entre 0 et 2 cas importés (InVS), et avec une mortalité nulle depuis quelques décennies de surveillance épidémiologique fiable !
Pour l’OMS, le risque encouru par le voyageur est « très faible, même dans les pays en proie à une épidémie » ; si bien que l’Organisation ne recommande même pas la vaccination, pourtant anodine.

Peste

Cette maladie, qui marche si bien avec le choléra dans l’imaginaire collectif, est présente dans de nombreuses régions du monde : Afrique (y compris Madagascar), ex-URSS, Amérique (y compris Etats-Unis) et Asie. L’OMS recense annuellement entre 2000 et 3000 cas mondiaux ; ceux-ci surviennent généralement pour plus de 90% dans des zones reculées d’Afrique (Congo RD en particulier).
Pour contracter la maladie, il faut :

  • soit être piqué par les puces du rat en zone de transmission
  • soit être en contact étroit avec un patient atteint de peste pulmonaire.

A notre connaissance, aucun touriste occidental n’a été contaminé au cours (au moins) des trente dernières années.

Brucellose (Fièvre de Malte)

Jadis fléau rural lié au contact étroit avec les troupeaux (de caprins en particulier) ou à la consommation de leurs laits et dérivés non pasteurisés, la brucellose ne se transmet plus dans les pays qui ont organisé son élimination. Mais les touristes se rendant dans les autres pays pourraient être menacés ! L’OMS estime à 500.000 le nombre de nouveaux cas annuels dans le monde.
L’InVs a mené une étude sur les cas diagnostiqués en France entre 2002 et 2004 (pas d’autre étude depuis) : la quasi-totalité des cas ont été importés (Portugal, Algérie, Turquie essentiellement), mais seulement par des migrants d’origine rurale. Aucun touriste.
Dans la brochure annuelle International Travel and Health (OMS, 2009), pourtant très exhaustive, le mot « brucellose »… n’apparaît pas.

Dracunculose (Filaire de Médine)

C’est LA filaire, l’horrible, le grand « ver » qui sort par la cheville qu’il faut faire extirper quotidiennement cm par cm enroulé sur une allumette. La plupart de ceux qui en parlent n’en ont jamais vu et n’en verront sans doute jamais. Lorsque la maladie sévissait, essentiellement en Afrique subsaharienne, elle ne concernait que les populations les plus reculées qui buvaient régulièrement l’eau des marigots ; bien rares étaient les voyageurs qui en faisaient autant…
La dracunculose n’a jamais été une maladie des voyageurs ; de plus, malgré quelques derniers balbutiements, elle est quasi éradiquée.

Bien évidemment il ne faut pas baisser la garde ; il est impératif de continuer à promouvoir des attitudes préventives : mais qui resteront générales, sans les focaliser sur des maladies virtuelles. Mélanger pour le grand public le réel et le virtuel est dangereux, pouvant aboutir à une décrédibilisation de nos messages et à leur rejet en bloc.

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