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Les Français et l’addiction aux jeux d’argent
Les Français et l'addiction aux jeux d'argent
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22 septembre 2011 | 1 commentaires
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Henri de Miebenthal, 476 articles (Kinésithérapeute)

Henri de Miebenthal

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Les Français et l’addiction aux jeux d’argent

Les Français et l'addiction aux jeux d'argent

600 000 Français ont des problèmes d’addiction aux jeux d’argent et de hasard. C’est ce qui ressort d’une étude sans précédent menée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Cette évaluation récente, qui s’ajoute au baromètre de la santé, montre que cette addiction s’accompagne souvent d’une dépendance au tabac ou à l’alcool.

1 Français sur 76 est confronté au problème d’addiction aux jeux. Pour arriver à ce constat, l’enquête a retenu un échantillon de 25 034 personnes dont l’âge varie de 18 à 75 ans, puis retenu l’indice canadien du jeu excessif (ICJE). Dans ce groupe figurent des joueurs aux multiples passions, allant du poker et des machines à sous aux paris sportifs, PMU, Rapido et innombrables jeux de tirage ou grattage de la Française des jeux… et également les jeux sur internet, derniers en date à rejoindre le circuit des jeux légaux dans l’hexagone. Verdict : 200 000 Français (0,4% de la population) sont des joueurs « excessifs », et 400 000 Français (0,9% de la population) présenteraient un risque modéré d’addiction.

Le portrait type du joueur excessif serait un homme d’âge moyen, faiblement diplômé et dont les revenus sont inférieurs à 1100 euros par mois, mais qui débourse 1500 euros par an pour les jeux. Ce joueur, en plus de miser, aurait la malchance de cumuler des addictions supplémentaires. Selon l’OFDT et l’Inpes, en effet, les joueurs excessifs seraient pour 64,2% d’entre eux dépendants au tabac et pour 26,3% alcooliques. Ils seraient également 6,1% à avoir admis fumé du cannabis au cours du dernier mois (un chiffre qui doit sans doute être "corrigé" à la hausse en raison de la discrétion observée au regard des lois).

Interviewé par le quotidien France Soir, le docteur Abdou Belkacem, addictologue au centre hospitalier de Sèvres, fait état d’une hausse de patients concédant un problème de jeu. Selon cet expert, deux profils de joueurs sont à distinguer : le joueur problématique, «  légèrement touché par cette addiction, mais qui peut encore se contrôler », et le joueur pathologique, « souvent dépressif, et pour qui les soins sont plus lourds et plus longs ». Il n’en demeure pas moins que l’hexagone, sur la scène internationale des jeux, fait figure de joueur sage. Ce sont les Etats-Unis et l’Australie qui tiennent le peloton de tête des joueurs excessifs, où ils représentent 5% de la population.
 

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Mots-clés :
Addiction Jeux
Commentaires
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par homo ludens (IP:xxx.xx4.126.62) le 27 septembre 2011 a 17H04
homo ludens (Visiteur)

Gambling France : questions réponses Alors que l’Observatoire des drogues (OFDT) vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème sur de nombreux aspects ( scientifique, épistémologique, méthodologique…) et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui ne manqueront d’aborder la question du jeu responsable ; questions réponses sur le jeu excessif

LE JEU N’EST PAS UNE MALADIE : jeu pathologique, compulsif, addictif…attention aux idées reçues


Jean-Pierre Martignon-Hutin ,sociologue

1. Au niveau de la pathologie du jeu les sites de paris en ligne sont-ils dangereux ?
 
Pas plus que les autres jeux d’argent. Après la roulette, les machines à sous… les jeux en ligne sont présentés comme les nouveaux démons de l’enfer du jeu, par la doxa du jeu pathologie maladie. En réalité le jeu et son support sont neutres. Sans joueur, pas de jeu. C’est le joueur qui donne sens au jeu comme l’a démontré le philosophe Jacques Henriot. Les pratiques ludiques excessives ne viennent donc pas du jeu lui-même ou de son support mais de la biographie, de l’histoire du joueur et de nombreux autres éléments ( socialisation ludique primaire, rapport à l’argent , croyances, culture ludique familiale, groupale…). Par contre le jeu peut mettre en lumière, voire exacerber des problèmes personnels, financiers ou conjugaux par exemple. 
Le jeu donne à voir sur notre société mais il serait illusoire et réducteur d’avoir la prétention de traiter les problèmes sociaux en médicalisant le jeu et les pratiques ludiques de nos contemporains. Par ailleurs en assimilant le jeu à une pathologie on déresponsabilise les joueurs. ( c’est pas ma faute , je suis malade du jeu) tout en dédouanant pour partie les opérateurs, responsables mais pas coupables.


2. Vous refusez de parler de joueur pathologique... ? Epistémologiquement le terme jeu problématique est plus neutre et évite d’associer ipso facto le jeu à une maladie sans pour autant nier le « problème ». Lors de l’expertise Inserm j’ai beaucoup bataillé contre la doxa du jeu pathologie maladie qui refuse de réinterroger son dogme scientiste, jeu = drogue = addiction. Je conteste la doxa du jeu pathologie maladie en conflit d’intérêts dans cette affaire. Les études sur le jeu excessif souvent contradictoires - ce qu’oublie de préciser la doxa - prétendent qu’il y « aurait » entre 1 et 3% de joueurs addicts. Comme par hasard – on ne trouve que ce que l’on cherche - l’Observatoire des drogues tombe dans cette fourchette, mais à nouveau comme par hasard dans le bas de cette fourchette (1,3%) pour ne pas trop gêner le principal opérateur national la FDJ. Drôle de fourchette en réalité qui varie du simple au triple et permet toutes les manipulations. Sommes-nous ici dans la rigueur scientifique ou dans le lobbying ? Plus globalement dans notre société du care ( soin mutuel), certains médicalisent – dans ce domaine comme dans d’autres - les pratiques sociales et culturelles de nos contemporains pour donner bonne conscience aux autorités politiques mais aussi pour faire de l’argent. C’est le business du jeu compulsif, publique et privé. Cette collusion d’intérêts est scandaleuse. C’est l’ensemble des causes et conséquences ( positives et négatives) du gambling qu’il faut étudier sans a-priori et c’est à l’Observatoire des jeux de faire ce travail non à l’Observatoire des drogues qui de par la nature de sa mission va avoir tendance à voir de l’addiction partout. L ‘OFDT est un organisme indispensable vu le fléau que représente la drogue. Il devrait même accroitre sa mission qui est de lutter contre la toxicomanie et non de proposer des salles de shoot comme l’a fa fait Jean Michel Costes ( l’ex directeur de l’OFDT) avant d’être remercié. Mais l’observatoire des drogues n’a pas vocation me semble t il à traiter de l’ensemble des passions et pratique culturelles des français, même quand elle sont jugées excessives. Confier l’étude du jeu à un observatoire des drogues, faut quand même avoir l’esprit tordu. Bonjour la symbolique pour le secteur concerné et pour l’Etat. Après l’Etat Croupier l’Etat dealer ? Par ailleurs rappelons car c’est pas anodin que plusieurs millions d’euros ont été soudainement versés au centre de Nantes par la Française des jeux en pleine expertise Inserm, qu’une légion d’honneur a été accrochée par Eric Woerth ( alors en charge du projet de loi sur les jeux en ligne) à Marmottan au bon moment. L’étude de l’Observatoire des drogues qui vient de sortir après des mois d’attente a elle aussi été décidée dans des circonstances et temporalités curieuses et s’inscrit dans un lobbying opportuniste parisien qui pose question. Elle pose en outre de sérieux problèmes épistémologiques et méthodologiques sur lesquels nous reviendrons prochainement dans une autre contribution. Même JF Lamour dans son dernier rapport a reconnu les lacunes et limites de cette étude de 8 pages, avant même sa publication . Tout cela n’est pas très net. La politique des jeux de la France, le secteur économique concerné, l’intérêt général, les joueurs et la recherche sur le jeu, méritent de notre point de vue un autre traitement.


3. L’approche médicale pour parler du jeu et de son environnement ne convient donc pas ?

 Non, il faut une approche socio-anthropologique, économique, historique...du gambling. Une approche pluridisciplinaire du jeu : passion humaine ancestrale, fait social et culturel. Il y a danger à aborder ces jeux à travers la problématique de l’addiction. Car une fois acceptée comme entité morbide individualisée, les jeux de hasard sont analysés comme des formes plus ou moins graves de pathologie. Par ailleurs historiquement il faut savoir que le jeu pathologique est un construit social qui vient, pour la période contemporaine, du lobby des psychiatres américains et de certaines associations anti jeu



4. Vous ne pouvez pas contester qu’il y a des personnes chez qui le jeu pose problème ? 

On enfonce des portes ouvertes toute pratique excessive « peut » être dangereuse….. dans le jeu comme ailleurs et effectivement des sujets joueurs jouent beaucoup. Encore faudrait il définir cette excessivité. Il ne suffit pas de demander naïvement à un joueur ( à fortiori par téléphone comme vient de le faire l’observatoire des drogues ) combien il joue, - comme vient de le faire l’Observatoire des drogues à travers le baromètre santé de la DGS - pour le savoir. Par ailleurs sur le fond :
-  rien ne prouve que le jeu lui-même soit la cause originelle de cette excessivité
-  rien n’indique que l’excessivité soit forcément synonyme de pathologie. Par ailleurs nous contestons avec d’autres chercheurs internationaux, la vision d’un joueur désocialisé, forcément seul devant sa machine à sous ou son ordinateur, pour flamber en ligne dans une posture onanistique. Dans les casinos socialités et sociabilités sont nombreuses, on peut facilement engager la conversation, faire des rencontres. Idem pour les jeux d’argent sur Internet ou de nombreux sites existent autour du poker.



5. Justement avant il fallait se déplacer dans des casinos ou au café pour jouer à des jeux d’argent. Avec Internet, les tentations vont être à portée de main, directement au domicile des joueurs... 

Arrêtons à nouveau d’enfoncer des portes ouvertes, permanence et proximité sont les principes même d’Internet. C’est pour ça que ça marche. La légalisation des jeux en ligne va faciliter la vie des joueurs qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se déplacer. Bien entendu il faut faire de l’information prévention, notamment en direction des mineurs, des jeunes adultes et des personnes vulnérables. Pour les adultes responsables avant de mettre en œuvre des mesures en place par trop liberticides, il faut prendre le temps de faire des études sociologiques sur les nouvelles pratiques ludiques des internautes vs jeux d’argent et la socialisation ludique contemporaine. C’est au Comite Consultatif des jeux (CCJ) et à l’Observatoire des jeux de faire cela de manière sereine sans a priori et non à l’Observatoire des drogues, qui a d’autres chats à fouetter en matière de toxicomanie et qui en outre n’a aucune compétence en matière de gambling. Pas besoin de construire une usine à gaz, comme actuellement, ou la doxa du jeu pathologie maladie et la Française des jeux verrouillent en réalité le dossier pour contrôler entièrement l’information médiatique et scientifique sur le jeu. 


6. Les casinos et opérateurs en ligne font-ils assez de prévention ?

 Il y a déjà pas mal de prévention, notamment dans les casinos en dur, sur les sites et grâce à l’Arjel. Mais est-ce vraiment aux opérateurs de faire de la prévention et surtout de mesurer l’impact de leur activité comme le fait actuellement la Française des jeux en finançant les études du centre de Nantes. Le conflit d’intérêts est grossier. Plus globalement cela vaut aussi pour l’Etat Croupier qui ne pourra pas éternellement exploiter le gambling et établir les règles en matière de responsabilité, de protection et par exemple en ce qui concerne le taux de redistribution

(TRJ). Par manque d’études , en l’absence d’observatoire, le TRJ a été dès le départ instrumentalisé par Eric Woerth vis à vis de la problématique de l’addiction et maintenant comme les jeux en ligne marchent moins que prévu, à cause de la crise, les responsables du dossier retournent leur veste et veulent augmenter le TRJ, pour « rendre les jeux en ligne plus attractifs ». Ce n’est pas une politique des jeux cohérente, c’est une politique girouette courtermiste qui favorise instrumentalisation, conflit d’intérets, lobbying. Il faut développer la recherche sur le jeu en France et ce n’est pas à L’observatoire des drogues de le faire et encore moins à la FDJ via le centre du jeu excessif de Nantes avec la caution scientifique de Marmottan. Ce n’est pas à ceux qui soignent les joueurs, forment des thérapeutes spécialisés, de mesurer le jeu problématique. Ils sont forcément en conflit d’interets. Ils n’ont pas du tout intérêt en réalité à ce que le jeu excessif disparaisse, bien au contraire. C’est le principe même de l’usine à gaz

7. Que préconisez-vous alors pour limiter les risques ?

 Il faut mesurer avant de limiter. Je préconise la création d’une autorité de régulation unique et indépendante ( qui intégrerait l’Arjel, le CCJ, l’observatoire, différentes commissions) , à l’image de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Il faut éviter les doublons , travailler conjointement sur les jeux en ligne et les jeux en dur. Pour l’aspect recherche/expertise il faut faire fonctionner l’observatoire des jeux au service de cette autorité. Actuellement cela ressemble davantage à une commission, dominée en outre par la doxa du jeu pathologie maladie et certaines associations familiales. C’est pas sérieux. La doxa du jeu pathologie maladie et la FDJ font tout en réalité pour qu’un véritable Observatoire des jeux d’argent scientifique ne soit pas installé, cela bousculerait leurs petits arrangements entre amis et leur business respectif. Souhaitons que la clause de revoyure soit l’occasion de faire évoluer cette situation exécrable et afin de défendre l’intérêt général.

© 
JP Martignoni-Hutin , Lyon (France), 182, septembre 2011