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Les échecs de la vaccination de Jenner au 19ème siècle
Les échecs de la vaccination de Jenner au 19ème siècle
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8 avril 2013
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Bernard Guennebaud, 9 articles (Rédacteur)

Bernard Guennebaud

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Les échecs de la vaccination de Jenner au 19ème siècle

Les échecs de la vaccination de Jenner au 19ème siècle

La variole, son vaccin et sa vaccination sont, sans aucun doute, les 3 piliers fondateurs de la vaccination telle que nous la connaissons aujourd’hui avec ses contraintes, ses dogmes et ses certitudes. Ce nouvel article va prolonger les articles précédents sur la variole en plongeant aux origines de la vaccination jennérienne dont l’efficacité aurait été démontrée dès 1800 par la chute spectaculaire des cas de variole au tout début de son utilisation. Là aussi il existe beaucoup de croyances infondées. La première est de croire que le vaccin de Jenner se serait substitué à la très dangereuse variolisation. Il n’en fut rien car Jenner lui-même l’utilisait pour tester l’efficacité de son procédé.

Sur la variole, sa vaccination et son éradication j'ai enregistré environ 90 minutes en vidéo [6].

La variolisation

D'abord rappelons ce qu'était ce procédé de la variolisation. Pour Wikipédia [1]

«  Cette pratique consistait à inoculer une forme qu'on espérait peu virulente de la variole en mettant en contact la personne à immuniser avec le contenu de la substance suppurant des vésicules d'un malade. »

« La méthode reste largement controversée en raison de ses risques et elle est accusée de provoquer des épidémies, les personnes inoculées étant contagieuses. Le 8 juin 1763, un arrêt du parlement de Paris interdit de pratiquer la variolisation dans les villes et interdit l'accès des villes aux inoculés avant la sixième semaine. La Faculté de médecine, sollicitée par le parlement, est partagée entre pro et anti variolisation »

En 1875 le Docteur Lucien Papillaud, en réalité Henri Almès, révèle que Jenner et ses adeptes pratiquaient en fait 2 vaccinations successives, d'abord avec le vaccin de Jenner puis une variolisation, ce qui a sans doute complètement faussé l'appréciation portée sur l'efficacité de la vaccination de Jenner. Voici des extraits de son étude en ligne dans les archive de la Bibliothèque nationale de France [2] :

« Nouvelle étude sur la variole et la vaccine »

Page 8 :

« Les premiers vaccinés étaient de plus inoculés. En effet, les premiers vaccinateurs se servaient de l'inoculation variolique comme contre-épreuve pour s'assurer des résultats prophylactiques de la vaccination, et les sujets qui avaient passé par leurs mains se trouvaient avoir acquis le double bénéfice des deux inoculations vaccinale et variolique. C'était la pratique de Jenner, de Grégory, de Woodville, de Pearson et même du Comité central de la vaccine de Paris. »

 

« Il est vrai de dire que ces expérimentateurs n'avaient pour but que d'éprouver la résistance de la vaccine et non de la corroborer à l'aide de la vaccine artificielle mais

ce dernier résultat n'en était pas moins acquis à leur insu. »

 

Dans les faits, ce sera donc avec ces 2 immunisations successives que les vaccinés de 1800-1810 pourront affronter les épidémies mais le succès sera mis sur le compte de la seule vaccination jennérienne.

Page 9 :

« Lorsqu'on crut avoir acquis, par l'épreuve des inoculations post-vaccinales presque immédiates, la certitude de l'efficacité prophylaxique du vaccin, on cessa cette pratique et l'on s'en tint à la vaccination pure et simple qui fut considérée comme un préservatif inaltérable et éternel,

invariable comme l'herbe des champs et la feuille de la rose,

selon la poétique expression de Jenner lui-même. »

 

C'est alors qu'apparaissent les premiers échecs de la vaccination jennérienne :

« Presque tous les premiers vaccinés, qui étaient à la fois des vaccinés et des inoculés, résistèrent à l'épidémie variolique de l'an X et il faut venir en 1811 pour avoir à noter les premiers cas de variole après vaccine, reconnus et constatés officiellement par le Comité central. »

Après les échecs individuels, ce sont des épidémies successives :

Page 10 :

« A partir de cette époque, les épidémies se succèdent et la résistance vaccinale décroit de plus en plus. »

« La première épidémie qui ait montré son insuffisance de manière évidente est celle de Montpellier, en 1816 ; mais on croyait si sérieusement alors à une préservation vaccinale absolue, qu'on ne pouvait voir dans cette épidémie, qui s'en prenait aux vaccinés eux-mêmes, la variole ordinaire qu'on croyait à jamais vaincue.

Autre épidémie en 1817 à Milhau. Un rapport officiel constate que 120 vaccinés furent atteints. Une relation non officielle porte ce nombre à 200.

En 1818 troisième épidémie à la Martinique, atteignant les vaccinés dans la proportion d'un huitième. La vaccine datait chez eux d'au moins sept ou huit ans. C'est de cette épidémie que date, selon le docteur Bousquet, le commencement des revaccinations.

Pendant cette même année 1818, sévissait à Edimbourg une épidémie variolique observée par Thomson. On compta 836 varioleux parmi lesquels 434 vaccinés dont un seul succomba. Thomson créa alors le mot varioloïde appliqué à la variole légère et bénigne des vaccinés. Le nom date de cette époque et de cet observateur.

Quatre épidémie de variole à Céret en 1821 ; les relations ne portent que sur des nombres minimes et donnent sept cas de variole après vaccination datant de 18 ans et un cas de récidive de variole. »

Page 11 :

« Une cinquième épidémie sévit à Paris en 1825 qui atteint un grand nombre de vaccinés. Bailly, médecin de l'hôpital de la Pitié, déclarait que pas un vacciné n'avait été atteint. Mais quand Legallois voulut faire sur lui-même l'expérience de l'inoculation, il lui montra dans son service, pour le dissuader de cette idée, deux sujets antérieurement vaccinés et qui n'en étaient pas moins couverts de variole des plus confluentes. Sur 584 malades observées dans les hôpitaux, il se trouvait 66 sujets vaccinés et portant des traces évidentes de leur vaccination, plus 2 sujets variolés subissant une récidive. .. A Paris, parmi les varioles récidivées, 22 auraient été mortelles. »

La catastrophe de 1870-1871

On trouvera d'autres extraits de documents de cette époque ainsi que les liens ou références vers leurs sources dans mon autre articlesur la vaccination antivariolique en France au cours de la période 1870-1871 [4].

Page 12 :

« La variole a toujours été en progrès depuis 1809.

Mais si la variole a incessamment gagné du terrain dans les épidémies qui se sont succédées pendant la première moitié de ce siècle, cet accroissement a été bien autrement considérable encore lors l'épidémie de 1870-1871.

Cette calamité n'est cependant pas venue subitement et à l'improviste, elle s'est faite sentir dès 1867, à Paris et dans plusieurs autres de nos grandes villes et son apparition a été le signal d'un mouvement de vaccination et de revaccinations comme il n'y en avait jamais eu dans notre pays, ce qui n'a point empêché la variole de se propager d'une extrémité de la France à l'autre et de frapper les vaccinés et même les revaccinés dans des proportions dépassant toutes les prévisions et déroutant toutes les notions que l'on possédait sur ce point de prophylaxie.

Dès que l'épidémie apparaissait dans une localité, les vaccinations et surtout les revaccinations s'opéraient sur des masses de sujets... »

Page 13 :

« Après les premiers efforts de revaccinations multipliées, la marche incessamment envahissante de l'épidémie avait jeté un tel désarroi dans les idées des médecins ayant eu jusqu'alors cette foi entière que devait donner les vaccinations et surtout les revaccinations, qu'on rencontrait un grand nombre de ces hommes de conviction et d'expérience se refuser à de nouvelles insertions de vaccin par la crainte de voir cette introduction dans l'organisme d'un virus exanthémateux devenir contraire au but qu'on se proposait.

Nous trouvons ces plaintes sur l'influence négative de ces vaccinations et revaccinations et ces appréciations sur leurs dangers dans les comptes-rendus de la conférence sur la variole et la vaccine tenue à Paris en juin 1870 et nous rappelons que, dans notre propre département, des sujets venus des principales villes, telles que Saintes, Rochefort et La Rochelle, nous disaient que dans ces centres de populations, on les avait dissuadés de se faire revacciner »

« Que restait-il à faire contre une épidémie de variole qui s'étendait sans cesse, lorsque les vaccinations et revaccinations avaient été impuissantes à l'enrayer ? … il fallait se servir de l'inoculation. »

C'est ''la solution'' proposée par Papillaud : ajouter la variolisation à la vaccination. Il ne voit pas que tout indique, dans les descriptions qu'il rapporte, l'action délétère des revaccinations en période d'épidémie, ce que j'appelle ''l'effet Buchwald'', à savoir :

 

''L'effet Buchwald''

La rencontre, à quelques jours près, du virus de la variole et du virus de la vaccine aggrave

la variole ou la provoque chez des personnes précédemment immunisées

par une ancienne vaccination ou une ancienne variole.

 

En un mot, le virus de la vaccine exacerbe celui de la variole.

 

Ces vaccinations et revaccinations systématiques et continuelles rappellent ce qui s'est produit 100 ans plus tard en Inde et tout particulièrement au Bihar (voir mon article à ce sujet [3]).

Pour soutenir son point de vue, Papillaud cite en effet le traité du docteur Bousquet :

« La vaccine a mis fin au règne de l'inoculation mais il faudrait y revenir sans hésiter si on se trouvait au prise avec la variole et sans vaccin pour s'en rendre maître. Jenner nous en a donné l'exemple avec son propre fils. »

Papillaud poursuit (page 14) :

« Autant que qui que ce soit, nous conseillons les vaccinations et revaccinations en temps ordinaires et en dehors des influences épidémiques ; mais en temps d'épidémie, nous conseillons l'inoculation et c'est sur une incontestable efficacité que nous fondons notre plus ferme confiance.  »

Page 15 :

« Jenner était un partisan convaincu de l'inoculation.... Jenner ne voit dans l'insertion de la variole, après vaccination, qu'un moyen de prouver la vertu de la vaccine ; il ne s'occupe pas de la part que peut prendre l'adjonction du virus variolique dans la préservation acquise chez ceux qui ont subi successivement la double inoculation de la vaccine et de la variole.  »

Page 20 :

« Le docteur Bousquet cite un cas de variole survenu après une revaccination suivie de succès. .. Lors de la conférence de Paris, en 1870, le docteur Candelé fit connaître un cas de variole mortelle bien que précédé de revaccination pratiquée de génisse à bras, et le docteur Revilloud mentionna vingt cas de variole dont trois suivis de morts, sur des sujets revaccinés avec succès. »

Page 24 :

« Le docteur Besnier a vu mourir de variole, dans son service d'hôpital, un jeune homme que l'insuccès persistant de plusieurs vaccinations répétées préoccupait assez pour qu'il les renouvelât de sa propre main. Une inoculation variolique aurait donné, à ce sujet, une variole sporadique et bénigne et l'aurait sauvé de la variole hémorrhagique* et mortelle que lui a donné la contagion. »

* Ainsi orthographié.

« Pendant les vingt cinq premières années de ce siècle, on croyait si fermement à une vertu absolue de la vaccine que les sujets vaccinés qu'on voyait atteints de variole passaient pour avoir une maladie autre que la variole ordinaire. Et quand on ne pouvait s'empêcher de reconnaître la variole véritable, on trouvait une explication en déclarant que la vaccine avait été fausse. »

Le célèbre Stutton « appelé auprès d'un jeune homme atteint d'une éruption reconnue pour être la variole par trois médecins, confirma le diagnostic de ses confrères, mais quand on lui dit que ce malade avait été antérieurement inoculé et que cette inoculation avait été faite par lui, alors il déclara que ce ne devait pas être la variole, et que le sujet ayant été inoculé, il ne pouvait avoir que la varicelle. »

Que Papillaud se rassure, ces procédés n'ont pas changé aujourd'hui ! La nature humaine reste la nature humaine …

Page 29 :

« Que devions-nous faire, en présence de cette formidable épidémie que des vaccinations antérieures et des revaccinations récentes, multipliées et répétées, n'avaient pu empêcher, ni prévenir, ni diminuer ? Dès les premières atteintes du fléau, il était évident que les vaccinations et revaccinations n'étaient contre lui que des barrières insuffisantes puisque le premier de nos malades et l'introducteur définitif de la contagion dans notre pays était un sujet vacciné et revacciné et qui n'en était pas moins couvert d'une variole des plus confluentes. Trois jours après, son frère et ses deux sœurs, tous trois régulièrement vaccinés, étaient atteints à leur tour et l'une des deux jeunes filles succombait vers le cinquième jour à une variole hémorrhagique*. »

* Ainsi orthographié.

On peut regretter que les délais entre les revaccinations et l'apparition de la variole ne soient jamais mentionnés. Cette absence de données sur ce point ne permet pas d'affirmer que ce serait bien ''l'effet Buchwald'' qui serait à l'origine de ces déboires de la vaccination. Mais il paraît évident que rien ne s'y oppose.

D'autres informations sur cette époque ont été collectées par J. Emery-Coderre – Étude sur les effets de la vaccination – Montréal - 1875 [5]

Bernard Guennebaud
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Vaccination Variole