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Les AVC rendent fous !
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4 décembre 2015
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Université de Montréal

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Les AVC rendent fous !

Les AVC rendent fous!

Lorsqu’ils ne provoquent pas la mort, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont la deuxième cause de démence dans le monde occidental. Au pays, ils frappent chaque année 50 000 Canadiens âgés de 60 ans et plus, selon Statistique Canada. Cela représente un AVC toutes les 10 minutes ! Un chiffre d’autant plus préoccupant qu’ils surviennent même chez les moins de 55 ans...

 

« Nous vivons dans une société qui meurt de ses artères. La première cause d'AVC est l'hypertension artérielle, qui favorise l'obstruction de petits vaisseaux du cerveau et le rend de moins en moins performant », affirme Christian Stapf, neurologue à l'Hôpital Notre-Dame du CHUM. En fait, l'accumulation de ces lésions entraîne un vieillissement prématuré du cerveau et augmente les risques de troubles cognitifs et de démence. « Ça rend bête dans la tête », résume le neurologue.

Après 12 ans à l'Hôpital Lariboisière à Paris, où il a dirigé l'Unité vasculaire aigüe, ce médecin de renommée internationale a récemment été recruté par l'Université de Montréal à titre de professeur au Département de neurosciences et de chercheur au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM). « J'adore Montréal et j'ai hâte à l'hiver ! Je suis venu en janvier ; il faisait -17° et tout était blanc. C'était tellement beau ! » lance cet adepte de plein air.

Le Dr Stapf apporte au Québec une expertise en neurologie vasculaire et en épidémiologie des malformations vasculaires et des hémorragies cérébrales qui permettra de mettre sur pied un réseau de recherche unique au Canada. « On veut réunir l'expertise de tous les spécialistes du domaine des neurosciences autour des maladies pouvant provoquer des AVC et voir les interventions les plus appropriées pour les patients, explique-t-il. Montréal compte des neurologues, neuroradiologues et neurochirurgiens extraordinaires. Il faut juste les rassembler. Puisque nous nous posons souvent les mêmes questions, cela ne devrait pas être trop difficile », estime le médecin d'origine allemande, qui s'exprime dans un français impeccable.

Ne pas traiter est parfois plus sûr

Malgré son côté très jovial, Christian Stapf est un médecin et chercheur très sérieux. Lauréat de plusieurs prix, dont le Robert G. Siekert New Investigator Award in Stroke de l'American Heart Association en 2001, il a effectué des travaux qui ont influencé la prise en charge de patients dans le monde entier.

Côté recherche, lui et ses collègues ont fait parler d'eux en 2013, quand les résultats d'une étude internationale menée dans 21 pays auprès de quelque 3000 patients ayant subi une hémorragie intracérébrale sont parus dans leNew England Journal of Medicine. « On a démontré que, lorsqu'on baisse rapidement la pression artérielle, les patients s'en sortent avec des hématomes plus petits et moins de séquelles », mentionne le Dr Stapf, qui a été le coordonnateur européen et le co-investigateur principal de l'étude nommée « Interact 2 ».

L'année suivante, un autre essai clinique d'envergure, ARUBA, a fait couler beaucoup d'encre lorsque ses résultats ont été publiés dans The Lancet. « Les résultats ont provoqué un tremblement de terre », raconte Christian Stapf. L'étude avait pour but de comparer le risque de mort et d'AVC symptomatique chez deux groupes de patients atteints d'une malformation artérioveineuse cérébrale non rupturée. Les sujets du premier groupe avaient reçu des soins médicaux accompagnés d'une correction de la malformation. Pour les autres, les spécialistes ont préféré attendre quelques années avant de considérer une intervention chirurgicale. « Après 224 patients, l'étude a été arrêtée par le comité de surveillance. Imaginez, il y avait cinq fois plus d'AVC dans le groupe où l'on avait tenté de corriger la malformation ! On a conclu dans ce cas précis qu'il était plus sûr de vivre avec sa malformation cérébrale que d'essayer d'y remédier. »

Six heures maximum !

« Les AVC surviennent toujours brutalement et le facteur temps est crucial », souligne le médecin dont le travail l'amène souvent au service des urgences. Pour les artères bouchées, le délai d'intervention est de six heures. Pour chaque heure écoulée sans traitement, le cerveau perd autant de neurones qu'en 3,6 ans de vieillissement normal, rapporte une étude américaine récente. « C'est dans les premières heures qu'on peut changer le destin des patients », signale le Dr Stapf, dont la tâche est d'évaluer au plus vite l'étendue des dégâts sur le cerveau après un AVC et de choisir le meilleur type de traitement.

À la lueur des résultats de l'imagerie cérébrale, le médecin peut avoir à pratiquer une thrombolyse. « Cette intervention consiste à injecter un médicament par voie intraveineuse pour détruire le caillot, décrit-il. Parfois, un collègue neuroradiologue doit intervenir et procéder à une thrombectomie, soit l'ablation d'un caillot trop gros directement dans le cerveau à l'aide d'une sonde. » Très efficaces, ces techniques ne sont pas sans risque. À tel point que la décision d'intervenir ou non s'apparente parfois à un casse-tête.

Pour relaxer, le Dr Stapf s'assoit à son piano ou joue de la contrebasse, des instruments qu'il a appris dans sa tendre enfance. « Je raffine ma technique et mes interprétations. Cela me détend. Mon répertoire ? Ça va du classique à la musique contemporaine en passant par le jazz. » La veille de notre entretien, à la mi-novembre, le médecin avait donné un concert avec l'Orchestre de chambre Sérénade à la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours de Montréal devant un auditoire de 300 personnes. Le jour précédent, l'orchestre s'était produit à l'église de Saint-Lambert. « C'est un collègue chercheur du CRCHUM qui est aussi violoniste, Andrés Finzi, qui m'a recruté. J'en suis fort content. Je me sens tellement bien accueilli ici. C'est merveilleux.

 

 

Les victimes d'AVC sont de plus en plus jeunes

Un AVC survient quand un vaisseau sanguin du cerveau est bouché par un caillot ou bien se rompt sous une pression artérielle excessive, explique le neurologue Christian Stapf. « Environ 80 % des AVC sont ischémiques, c'est-à-dire qu'ils sont produits par un bouchon ; les 20 % restants sont hémorragiques : ils sont causés par un saignement incontrôlé à l'intérieur du cerveau », précise-t-il. La zone cérébrale irriguée par ce vaisseau se retrouve alors privée d'oxygène ou menacée par l'hémorragie, ce qui laisse des séquelles (paralysie, perte de la parole), parfois permanentes, ou entraîne la mort.

Les victimes sont généralement des personnes âgées de 60 ans et plus. Mais des études récentes ont montré que l'âge du premier AVC diminue. Pour expliquer le phénomène, les spécialistes penchent du côté des modes de vie de nos sociétés modernes. « La cigarette, l'hypertension artérielle et la sédentarité sont les principaux facteurs de risque des AVC, confirme le Dr Stapf. Pour vivre vieux et en santé, il faut prendre soin de ses artères ! »

 

 


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