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Le vaccin contre le cancer du col de l’utérus
Le vaccin contre le cancer du col de l'utérus
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26 octobre 2011
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Le vaccin contre le cancer du col de l’utérus

Le vaccin contre le cancer du col de l'utérus

Point sur le sujet avec le Pr Frédéric Morinet du Centre des Innovations Thérapeutiques en Onco-Hématologie (CITOH) au groupe hospitalier Saint-Louis, Lariboisière, Fernand Widal (Assistance publique-hôpitaux de Paris), professeur de virologie à l’université Paris Diderot.

Le cancer du col de l’utérus provoque chaque année près de 1000 décès en France. Il est possible d’agir très précocement face à ce cancer et tout au long de son évolution. Son origine en partie virale suscite des espoirs quant à son éradication par une vaccination et quant à sa prévention par l’amélioration de son dépistage.

Le cancer du col de l’utérus est une maladie d’origine infectieuse sexuellement transmise

Dans 15 à 20% des cas, il existe une cause infectieuse à la survenue de cancers qu’il s’agisse de bactéries, de parasites ou de virus. Le cancer du col de l’utérus est lié à une infection génitale par des virus oncogènes (un virus oncogène est un virus qui provoque la formation de tumeurs), certains types de papillomavirus. Leur présence est nécessaire, comme l’indique la détection de ces virus dans 99% des cas de cancer du col, mais pas suffisante. Il existe des cofacteurs pour faire évoluer une lésion génitale du col, dépistée par un frottis, vers un cancer, le tabac par exemple. A partir d’une lésion génitale créée lors de rapport sexuel, l’évolution vers un cancer du col s’effectue en 10-15 ans. Pendant ce laps de temps, il est possible d’intervenir de manière efficace et surtout le système immunitaire du patient est capable de faire disparaître les lésions dans la grande majorité des cas. Ainsi sur 6 millions de frottis anormaux détectés par an en France, dans uniquement 1700 cas, environ, il existe une suspicion de cancer. Comme toute maladie sexuellement transmise, le rôle du préservatif a été étudié pour la prévention de ce cancer ; les données préliminaires sont contradictoires.

Les vaccins anti-viraux ont pris une place importante dans la lutte contre les maladies infectieuses

C’est une histoire qui remonte à la fin du 18ème siècle avec l’émergence du vaccin contre la variole. L’année 1885 est l’année du vaccin contre la rage. Dans les années 1930, c’est la mise au point des vaccins contre la fièvre jaune et la grippe, et dans les années 1960 celle des vaccins poliomyélite, rougeole, oreillons, rubéole. Les techniques de génie génétique permettent de fabriquer le vaccin recombinant contre l’hépatite B en 1986. Il existe également aujourd’hui des vaccins disponibles contre, entre autres, l’hépatite A, les rotavirus (agents des gastroenterites hivernales) et le virus varicelle-zona. En 2006 et en 2009, c’est la mise sur le marché de deux types de vaccins produits par génie génétique dirigés contre les papillomavirus responsables du cancer du col utérin. Il s’agit de vaccin préventif, c’est-à-dire administré avant d’être infecté. Depuis 2005, il existe une littérature abondante, notamment australienne, sur ces vaccins et il en ressort que ces vaccins sont a priori sûrs, n’entraînant pas de pathologies auto-immunes. Ce genre de complications post vaccinales est extrêmement rare et dépend plus du terrain génétique du sujet que du type de vaccin administré. Ces deux types de vaccin sont maintenant inclus dans le calendrier vaccinal. Ils doivent être administrés avant le début de la sexualité (14ans) ce qui a créé au Canada un obstacle psychologique au niveau des parents. En effet, après un engouement pour la vaccination de leurs filles en 2007, l’enthousiasme est retombé ; les parents assimilent la vaccination contre les papillomavirus à la prise de la pilule contraceptive qui se fait au début de la sexualité et sont réticents à faire vacciner de toutes jeunes filles. Le taux de couverture vaccinale à réaliser pour empêcher un sujet naïf d’être contaminé reste à établir. A titre indicatif, pour le virus de l’hépatite B, également responsable de cancer (cancer du foie) et sexuellement transmis, la couverture vaccinale en France n’est que de 50%. Reste en suspens la vaccination contre les papillomavirus oncogènes des garçons. Enfin, les vaccins contre les papillomavirus actuellement mis sur le marché, ne sont efficaces que contre certains types de papillomavirus oncogènes.

Le dépistage contre le cancer du col de l’utérus reste un outil majeur pour la lutte contre ce cancer

Face aux données préliminaires concernant ces vaccins anti-papillomavirus de première génération, la place du dépistage du cancer du col de l’utérus reste prépondérante. Celui-ci doit être amélioré car, en France, seulement une femme sur deux se fait dépister. Ce dépistage est d’autant plus important qu’à chaque étape de l’évolution des lésions, il existe une thérapeutique en regard. De plus, certains chercheurs s’intéressent à stimuler l’immunité locale pour faire disparaître les lésions du col utérin ; on parle alors de vaccins thérapeutiques qui sont un outil précieux pour contrôler les infections virales chroniques, tableau réalisé pendant 10-15 ans par les lésions génitales à papillomavirus oncogènes. Les espoirs actuels se portent sur ce type de stratégie thérapeutique.

Professeur Frédéric Morinet

 

POST-SCRIPTUM

  • 1) Brisson M & al : Incremental Impact of Adding Boys to Current Human Papillomavirus Vaccination Programs : Role of Herd Immunity. Journal of Infectious Disease ;204:2011:372-76 (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/...) 2) Dervaux B & al:Modélisation medico-économique de l’impact de l’organisation du dépistage du cancer du col utérin et de l’introduction de la vaccination contre les HPV dans le calendrier vaccinal. Institut de Veille Sanitaire. Mars 2007 :1-26 3) Frazer IH & al : Prevention and treatment of Papillomavirus-Related Cancers Through Immunization.Annu.rev.Immunol ;Vol29:2011:111-138 (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed&...) 4) Plotkin SA & Plotkin SL : The development of vaccines : how the past led to the future. NatureReviewMicrobiology ;online3octobre2011:1-5 (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/...) 5) Saraiya M & Hariri S : HPV vaccine effect : is the glass half full or half empty ?.The Lancet ; Vol377:2011:2057-2058 (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/...) 6) Trim K & al : Parental Knowledge, Attitudes, and Behaviours towards Human Papillomavirus Vaccination for Their Children : A Systematic Review from 2001 to 2011.ObstetricsandGynecologyInternational ;Vol2012:1-12 (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/...

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