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Le temps de l’urgence n’est pas celui de l’euthanasie.
Le temps de l'urgence n'est pas celui de l'euthanasie.
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22 août 2011
Auteur de l'article
Dr Gérald Kierzek, 17 articles (Médecin urgentiste)

Dr Gérald Kierzek

Médecin urgentiste
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Le temps de l’urgence n’est pas celui de l’euthanasie.

Le temps de l'urgence n'est pas celui de l'euthanasie.

Il faut tout d’abord être extrêmement prudent dans les commentaires sur l’affaire ayant conduit à la mise en examen d’un urgentiste de l’hôpital de Bayonne. Tant que les circonstances précises ne sont pas connues, cette prudence s’impose tant dans le respect du confrère urgentiste que des familles des patients décédés.
Néanmoins, le débat médiatique qui a été très rapidement relancé sur l’euthanasie mérite de rappeler certains points (définitions et cadre législatif) pour ne pas tout confondre !

Définitions


L’euthanasie active est l’acte par lequel le médecin ou un proche du patient peuvent provoquer le décès du patient si la situation est justifiée (action de la part d'un tiers, l'injection d'une substance mortelle par exemple). Les pays européens[1] ayant autorisé cette forme d’euthanasie l’ont strictement encadrée avec par exemple aux Pays-Bas les « critères de minutie » demandés par la loi[2]. Au nombre de six, ils sont considérés comme remplis lorsque le médecin : « a) a acquis la conviction que le patient a formulé sa demande librement, de façon mûrement réfléchie et constante ; » b) a acquis la conviction que les souffrances du patient étaient sans perspectives d'amélioration et insupportables ; c) a informé le patient de sa situation et de ses perspectives ; d) est parvenu, en concertation avec le patient et compte tenu de la situation de ce dernier, à la conviction qu'aucune autre solution n'était envisageable ; e) a consulté au moins un autre médecin indépendant qui a examiné le patient et s'est fait une opinion quant aux critères de minutie visés aux alinéas a) à d) ; f) a pratiqué l'interruption de la vie avec toute la rigueur médicalement requise. »
 
L’euthanasie passive concerne le patient qui refuse l'acharnement thérapeutique ; Indirectement, le médecin administre des médicaments (sédatifs, anti-douleurs,…) dont la conséquence non recherchée est la mort.

Le "suicide assisté" (comme autorisé en Suisse) est la situation dans laquelle le médecin montre ou propose au patient conscient et en pleines capacités une méthode lui permettant de mettre fin à ses jours le plus sereinement possible.
 
 

Cadre actuel

Le cadre actuel de la loi (Loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie[3]) est clair et donne d’ores et déjà les possibilités aux praticiens de soulager les patients et lutter contre l’acharnement thérapeutique. Il se rapproche de l’euthanasie passive.
 
1/ Le texte indique en effet que les traitements ne doivent pas être poursuivis par une "obstination déraisonnable" et fait obligation de dispenser des soins palliatifs. Des traitements anti-douleurs efficaces peuvent être administrés en fin de vie, même s’il en résulte une mort plus rapide. Cette loi dite Leonetti, votée en 2005, a donc instauré un droit au "laisser mourir".
En aucun cas, le recours à des médicaments mortels –injection létale- (injection de curare par exemple) n’est prévu.
 
2/ Toute personne en phase terminale peut décider de limiter ou d’arrêter les traitements. Si le malade est inconscient, l’arrêt ou la limitation du traitement ne peuvent être décidés que dans le cadre d’une procédure collégiale et après consultation d’un proche ou d’une "personne de confiance" préalablement désignée par le malade.
 
En aucun cas, la seule décision du praticien n’est prévue ; la concertation, l’avis du patient et/ou de la famille et/ou les directives anticipées participent à la décision.
 

 

Bayonne : il ne s’agit pas d’euthanasie

 
L’affaire des morts de Bayonne ne rentrerait donc ni dans le cadre ni législatif actuel ni dans la définition de l’euthanasie active. Le mode de révélation de l’affaire d’ailleurs en est le témoin : des membres de l’équipe, probablement choqués, ont fait remonter à la hiérarchie les pratiques médicales opérées dans le service et devant la gravité des faits une plainte a été déposée. Toutes les décisions relatives à la fin de vie doivent être partagées en équipe avec une traçabilité, et la loi requiert des discussions collégiales (donc pas individuelles...).
 
Dans nos pratiques, la loi est claire et la science médicale suffisante pour soulager les patients, ne pas s’acharner et accompagner la fin de vie. Elle est en revanche méconnue et la forte mobilisation citoyenne montre qu’un débat public doit avoir lieu, et au minimum une explication des textes existants et de leurs possibilités en matière de fin de vie ; cette même phase d’explication –et donc d’enseignement- est également largement souhaitable pour les professionnels de santé.
 
Dans tous les cas, le temps de l’urgence ne peut pas être celui de l’euthanasie : ces décisions lourdes demandent du temps et la temporalité de l'urgence ne les autorise pas. Les cas d’euthanasie largement médiatisés ces dernières années concernaient des patients atteints de maladies incurables au long cours ; leur état de conscience permettait une demande claire de leur part ou du moins des proches ; ces demandes étaient réitérées dans le temps.
 
Indépendamment du débat « Faut-il autoriser l’euthanasie active en France ? », autoriser des injections létales par un médecin sur des critères de conscience me semble plus relever du « permis de tuer » que du « droit des patients », ouvrant la porte à toutes les dérives, la suspicion et la perte de confiance –voire la peur- des patients et des familles à chaque fois qu’ils franchissent la porte d’un service d’urgences.
 

Docteur Gérald KIERZEK Médecin des Hôpitaux- Praticien Hospitalier Urgences médico-chirurgicales, médico-judiciaires, SMUR Hôtel-Dieu Cochin http://www.sante-urgences.com/

SOURCES

  • [1] http://www.touteleurope.eu/fr/actions/social/sante-publique/presentation/comparatif-l-euthanasie-en-europe.html
    [2] http://www.senat.fr/lc/lc109/lc1092.html#toc7
    [3]http://legifrance.gouv.fr/html/actualite/actualite_legislative/decrets_application/2005-370.htm
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Mots-clés :
Euthanasie Urgences