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Le généraliste, le stressé et le toxico
Le généraliste, le stressé et le toxico
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6 février 2012
Auteur de l'article
Jean-Marie Habar, 19 articles (Médecin retraité)

Jean-Marie Habar

Médecin retraité
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Le généraliste, le stressé et le toxico

Le généraliste, le stressé et le toxico

Le généraliste est ce fantassin qui se trouve sur tous les fronts de la santé et qui, pour quelques euros doit pouvoir répondre à toutes les situations, en se conformant aux recommandations de « bonne pratique » édictées par des « experts ».

Le médecin généraliste, qu’il soit des villes ou des champs, se trouve ainsi face à des situations qu’il doit affronter, avec des moyens techniques limités et dans un temps qui l’est encore bien davantage. 

Pour identifier une pathologie, il doit avant tout compter sur la clinique, à commencer par l’interrogatoire du patient.

Comme nous l’avons vu, des travaux récents suggèrent que la toxicomanie est une pathologie à part entière, avec un substratum neurobiologique maintenant identifié.

Pour mieux participer, à la prise en charge du patient toxicomane, il importe qu’il dispose d’informations lui permettant d’affiner sa pratique, en lui donnant les moyens pour mieux identifier cette pathologie et les facteurs de risque qui lui sont associés.

Dans cette perspective, nous allons encore une fois nous appuyer sur des publications qui semblent renforcer notre approche de la pathologie du toxicomane.

L’institut national de prévention et d’éducation à la santé (INPES) vient de publier pour l’année 2010 des données sur la consommation, de substances psycho actives en milieu professionnel.

Les métiers les plus touchés sont ceux de la construction, de l'hôtellerie restauration, de l'agriculture et de la pêche, du transport, des arts et spectacles.

L’alcool est la substance la plus consommée en milieu professionnel. Il touche plus particulièrement les agriculteurs, les pêcheurs ainsi que les professionnels du bâtiment. Le secteur des arts et spectacles arrive en tête pour l’usage de cannabis.

Il ressort aussi de cette étude que 36,2% des fumeurs réguliers, 9,3% des consommateurs d’alcool et 13,2% des usagers du cannabis admettent avoir augmenté leurs consommations, au cours des 12 derniers mois, en raison de problèmes liés au travail.

Les chômeurs semblent plus exposés aux conduites addictives que la population active. Ainsi l’exercice professionnel, pour peu qu’il bénéficie de conditions psychologiques satisfaisantes, a un effet plutôt protecteur, vis-à-vis des conduites addictives pour un produit potentiellement toxicomanogène.

L’enquête montre aussi que l’entrée dans le monde du travail entraîne souvent l’abandon de la prise d’alcool ou de drogues par la majorité des consommateurs réguliers durant leur jeunesse.

Malheureusement, dans le même temps...

Selon un rapport de l’OCDE, un travailleur sur cinq souffre de troubles mentaux, de type dépression ou anxiété, et nombre d’entre eux peinent à s’en sortir.

Sur quatre travailleurs présentant un trouble mental, trois font état d’une baisse de productivité au travail, contre un sur quatre des travailleurs en bonne santé. Les absences sont bien plus fréquentes chez les sujets atteints d’une maladie mentale. Entre 30% et 50% des nouvelles demandes de pension d’invalidité dans les pays de l’OCDE sont motivées par une mauvaise santé mentale.

Le rapport bat en brèche plusieurs idées fausses sur la santé mentale. La plupart des personnes souffrant d’un trouble psychologique travaillent : leurs taux d’emploi oscillent entre 55% et 70%, soit 10 à 15 points de moins que pour les personnes en bonne santé. Pourtant, un individu présentant de telles manifestations est deux à trois fois plus à risque de se trouver au chômage.

Selon l’OCDE, la précarisation croissante des emplois et l’augmentation actuelle des pressions au travail pourraient entraîner à l’avenir une aggravation des problèmes de santé mentale.

La proportion de travailleurs exposés au stress ou à des tensions sur leur lieu de travail a augmenté dans l’ensemble des pays de l’OCDE au cours de la dernière décennie. Les conditions économiques actuelles inquiètent de plus en plus de personnes pour la sécurité de leur emploi.

La moitié des troubles mentaux apparaît à l’adolescence, ce qui rend indispensable de réagir et d’intervenir à un stade précoce.

L’OCDE préconise des mesures qui ressemblent à s’y méprendre à des vœux pieux.

Il propose « l’adoption d’une nouvelle approche, notamment sur le lieu de travail, pour venir en aide aux personnes qui souffrent de troubles mentaux. Il importe notamment de garantir de bonnes conditions de travail, permettant de réduire le stress et de mieux le gérer, d’assurer un suivi systématique des individus face à leurs comportements en matière de congés maladie, et d’aider les employeurs à limiter les conflits au travail et à éviter les licenciements motivés par des problèmes de santé mentale. »

Dans la plupart des pays, les systèmes de santé sont axés presque exclusivement sur le traitement des patients atteints de troubles graves, comme la schizophrénie, qui ne représentent, qu’un quart des patients.

Une meilleure prise en charge des troubles courants permettrait aux patients concernés de conserver leur emploi ou d’en retrouver un. Aujourd’hui, près de 50% des sujets atteints d’un trouble mental grave et plus de 70 % de ceux qui présentent un trouble modéré ne reçoivent aucun traitement de leur pathologie.

Une autre publication récente a retenu notre attention : il s’agit des données publiées dans le BEH du 13 décembre 2011, concernant le taux de tentatives de suicide (TS), en France.

Le taux de tentatives de suicide (TS) déclarées, au cours de la vie semblait stable depuis 2000, soit un taux d’environ 6%

Cependant on constate son augmentation, au cours des 12 derniers mois. Si une hausse réelle de la mortalité par suicide n’est pas encore prouvée en France, elle a été déjà observée dans d’autres pays européens, en relation probable avec la crise économique.

Parmi les facteurs corrélés aux TS , nous retiendrons :

Chez les hommes de 15-64 ans, le fait d’avoir subi des violences (hors violences sexuelles) et de vivre seul. Chez les femmes, en dehors du fait d’avoir moins de 20 ans (15-19 ans), les facteurs associés sont les violences subies (sexuelles et non sexuelles) et la consommation quotidienne de tabac !

Il faut enfin se souvenir qu’en France métropolitaine, en 2006, on a enregistré un total de : 10423 décès par suicide. 
Il faut aussi souligner qu’en prison de 1945 à 2010, le niveau de suicide a beaucoup augmenté, passant de 4 à 19 pour 10 000.

La question que nous nous posons, après avoir abordé plusieurs aspects de la toxicomanie, est : comment utiliser toutes ces données et informations pour concevoir un « outil » pratique utilisable par le médecin généraliste dans sa vie professionnelle quotidienne ?

Tout d’abord nous tenons à rappeler que, pour nous, la toxicomanie est une pathologie à part entière avec un substrat neurobiologique. Nous pensons aussi que cette pathologie n’est qu’un exemple de conduites addictives qui peuvent porter, mais non exclusivement, sur des produits potentiellement toxicomanogènes. Compte tenu des recherches récentes, il nous semble indispensable de repérer les facteurs psychologiques favorisant la consommation de drogues, en particulier le stress, avant que la perte de la plasticité synaptique ne rende plus difficile la prise en charge thérapeutique.

De plus il nous semble important de fournir au praticien, des repères permettant d’intégrer cette problématique, d’une façon assez systématique, dans sa pratique quotidienne.

Notre expérience personnelle, sur le terrain, pendant de nombreuses années, nous ont clairement montré que, pour s’intégrer facilement dans une démarche diagnostique, il faut que « l’outil » proposé soit suffisamment « rustique » et d’utilisation aisée. Nous proposons ainsi le fruit de nos réflexions, sous la forme d’un schéma facile à intégrer, dans la démarche diagnostique, du fait de sa simplicité mnémotechnique.

Nous utiliserons l’image d’un sablier dont l’un des pôles correspondra à l’acrostiche TALCS pour Tabac, Alcool, Calmants, stupéfiants et l’autre à SAD pour Stress, Anxiété, Dépression.

La présence, chez un patient d’un de ces éléments, doit faire rechercher les autres sur le même pôle et une liaison avec ceux présents sur l’autre pôle.

Ainsi, par exemple, la consommation de tabac, doit faire rechercher une autre concomitante d’alcool, de benzodiazépines et de stupéfiants. La consommation d’un ou plusieurs de ces produits doit amener à se poser systématiquement l’existence pour le patient, d’une corrélation avec un stress, des phénomènes anxieux ou d’une dépression.

De la même manière, chez une personne souffrant de stress, d’anxiété ou de dépression, il convient de procéder à des recherches associées sur l’autre versant, la consommation d’un ou plusieurs produits addictogènes.

JMH
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