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Le D-bat fait encore rage
Le D-bat fait encore rage
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7 mars 2013
Auteur de l'article
Jean-Yves Dionne, 44 articles (Expert-conseil)

Jean-Yves Dionne

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Le D-bat fait encore rage

Le D-bat fait encore rage

Le United States Preventive Services Task Force (groupe de travail sur les soins préventifs des États-Unis) a publié ses recommandations suite à une analyse de la documentation concernant l’usage de vitamine D avec calcium en prévention des fractures ostéoporotiques. Le groupe recommande de NE PAS supplémenter avec 400UI ou moins de vitamine D et/ou 1000mg ou moins de calcium.(1,2)

Cette position est typique de ce genre d’organisation. On ne regarde que les études publiées, sans se poser de question au-delà de la qualité des études. Mais une étude peut être « de qualité » même si elle ne pose pas les bonnes questions ou n’utilise pas les bons dosages. Ainsi, dans la documentation évaluée, on ne se demande jamais si les doses sont adéquates ou si, dans le cas d’un nutriment, les taux sanguins des groupes traitement et contrôle sont comparables ou même mesurés.

Pourtant, en 2010, le même groupe a publié ses recommandations pour prévenir les chutes chez les personnes âgées, et la prise de vitamine D en faisait partie.(3) Ont-ils oublié depuis que le risque de chute est un élément important du risque de fracture ?

Les limites de cette analyse

Primo, la dose de 400UI par jour est trop faible pour causer un effet mesurable, peu importe l’indication, et n’est pas suffisante pour faire monter le taux sanguin de façon significative.

Secundo, pour être en mesure de constater un effet sur l’ossature, il faut d’abord prendre en considération le taux sanguin de la personne. Plus ce taux est faible, plus la dose de vitamine D doit être forte. Si l’on n’en tient pas compte, on ne sait pas ce que l’on fait, ni en clinique, ni lors d’une étude (Les études cliniques sont-elles les meilleurs outils pour évaluer les effets des nutriments ?).

D’ailleurs, Marion Nestle (4) publie un éditorial sur les recommandations du United States Preventive Services Task Force dans le même journal (Annal of Internal Medicine). Elle met en doute leur façon de faire, particulièrement en ce qui concerne les doses. Elle cite entre autres la Société d’endocrinologie (Endocrine Society) qui, en 2011, a choisi comme seuil de référence sanguin le taux de 75nmol/L (30ng/ml), ce qui correspond aux recommandations de la majorité des experts reconnus du monde de la vitamine D. À l’opposé, l’Institut de Médecine (Une vieille vitamine fait la manchette) et Santé Canada (Les Canadiens n’ont pas les taux sanguins de vitamine D nécessaires pour être en santé) continuent d’utiliser un seuil de référence trop bas (50nmol/L ou 20ng/ml). En se basant sur le seuil de référence plus élevé et plus proche du taux optimal selon la science publiée (75nmol/L ou 30ng/ml), la plupart d’entre nous avons une carence en vitamine D (voir Vitamine D : une étude canadienne). Ainsi, la Société d’endocrinologie recommande À TOUS la prise quotidienne de 1500 à 2000UI de vitamine D. De plus, s’il y a carence avérée, la société recommande 50000UI par semaine (ou 6000UI par jour) durant 8 semaines, suivie de 1500 à 2000UI par jour en dose d’entretien.(4)

Il faut aussi savoir qu’une dose élevée, même dépassant la dose plafond de Santé Canada de 4000UI par jour, n’est absolument pas dangereuse.

Concernant le calcium, la dose de suppléments citée par le groupe de travail (1000mg par jour) n’est pas recommandable. Même les lignes directrices canadiennes sur l’ostéoporose ont changé à ce sujet. On considère maintenant que le calcul de la dose de calcium doit inclure l’apport alimentaire et ne pas dépasser le 1200mg par jour. Étant donné qu’une personne ayant une alimentation faible en calcium en consomme au moins 700mg par jour, la dose des suppléments ne devrait pas dépasser 500mg.(5)

Conclusion

Cette publication nous démontre encore une fois l’inadéquation des méthodes de recherche sur lesquelles on se base pour établir des recommandations. Ces méthodes (revues systématiques et méta-analyse) ont été développées pour les médicaments et les appareils de tests. Quand on parle d’un médicament et des lignes directrices que doivent adopter les agences à son sujet, il est facile de se référer à des études cliniques classiques et de restreindre le champ de recherche. Par exemple, l’aspirine prévient-elle ou non les infarctus ? Est-elle recommandée aux personnes qui n’ont pas de risque connu ? Etc.

Par contre, quand ces méthodes sont appliquées à des nutriments ou à des produits de santé naturels, elles sont inappropriées. Si les chercheurs n’ont pas la connaissance nécessaire pour comprendre la pharmacologie ou le métabolisme de telles substances, ou si leur champ d’étude est trop restreint, on obtient des recommandations contradictoires comme celles sur la vitamine D. Il faut absolument que de telles prises de positions soient faites par des gens compétents dans tous ces aspects, et non par de simples évaluateurs selon des méthodes prescrites d’avance. Sinon, les conclusions obtenues, qui se traduisent souvent par des directives « absolues », nuisent à la santé de la population.

Santé !

Jean-Yves Dionne, Pharmacien, expert conseil en produits de santé naturels www.jydionne.com Franchement Santé

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SOURCES

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