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Le cancer du sein dans l’histoire
Le cancer du sein dans l'histoire
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2 février 2011
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Catherine Cerisey , 45 articles (Rédacteur)

Catherine Cerisey

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Le cancer du sein dans l’histoire

Le cancer du sein dans l'histoire

Un colloque très intéressant intitulé « Histoire du cancer de 1750 à 1950″ s’est tenu à Toulouse la semaine dernière réunissant d’éminents experts. Cette conférence m’a donné l’idée de chercher un peu plus loin dans l’histoire de cette maladie souvent qualifiée de maladie du siècle, et plus particulièrement en ce qui concerne le cancer du sein.


L’antiquité

On trouve mention du cancer dès l’Antiquité dans les écrits à notre disposition. C’est à cette époque que l’illustre Hippocrate (460-370 avant JC) lui donnera ce nom de « karkinos » (écrevisse) qui est devenu, cancer ou carcinome et par extension crabe.

Les archéologues se sont bien sûr penchés sur la question et s’il n’est pas possible de trouver des traces de cancer des tissus mous (et pour cause) certains squelettes retrouvés portent manifestement des traces de cancer osseux. Le plus étonnant est la découverte d’un squelette de femme de 40/45 ans provenant d’Egypte (période chrétienne) qui portait les stigmates de lésions osseuses évoquant des métastases de cancer mammaire (publié par E.Strouha égyptologue tchèque). Les traitements étaient bien sûr radicaux et consistaient essentiellement à l’ablation du mal dans son intégralité par l’excision pure et simple du sein.

Quant aux représentations de l’époque, rien de probant ne nous est parvenu puisque les quelques torses féminins au sein unique faisaient plus probablement référence aux amazones de la mythologie grecque.

Moyen Age et Renaissance

Au Moyen Age et à la Renaissance, les traitements sont les mêmes et tout aussi barbares. Les femmes n’en réchappent pas ou très peu.

Les historiens d’Art et les médecins cherchent aussi dans les suclptures et peintures de l’époque des traces de cancer du sein. Le Docteur Dominique Gros, dans son livre « Entre raison et sentiments », évoque la « Nuit » de Michel Ange (1475-1564). D’après lui, aucun doute n’est possible. Ce sein gauche qui arbore « une fossette cutanée, une déviation du mamelon, un épaississement de l’aréole et une zone de gonflement » est touché par le cancer. (pour lire le chapitre du livre du Docteur Gros concernant la nuit c’est ici)

De même le portrait de la maîtresse de Raphaël (1483-1520), la Fornarina a été source de beaucoup de querelles d’experts. Cette tache légèrement bleutée sur son sein gauche qu’elle cache pudiquement est-elle le signe d’une tumeur maligne ?

XVII et XVIIIème siècles

Un peu plus tard, au siècle des lumières, la maladie est bien connue des médecins même si son développement n’est pas compris : pour eux, c’est « un dysfonctionnement des liquides (sang, lymphe…) » qui, à l’instar « des racines d’un arbre, d’un crabe ou d’une araignée » étendent leurs pattes pour atteindre la peau et durcir, ont précisé les médecins présents au colloque de Toulouse. Ils ajoutent que « les principaux traitements consistaient alors en l’utilisation d’un scalpel ou d’un cautère, une tige métallique chauffée pour brûler la tache, ou encore d’un produit chimique pour la ronger ».

Le personnage le plus célèbre ayant succombé de source sûre à la maladie, est la femme de Louis XIII et mère de Louis XIV, Anne d’Autriche (1601-1666).

Quelques représentations d’opérations sanglantes apparaissent dans la peinture (cf Ex-voto, opération du sein, conservée à la Chapelle St Jean de Garguier, Géménos, France visible page 89 du livre de Dominique Gros) mais finalement assez confidentielles.

XIXème siècle

C’est au XIXème siècle que les médecins commencent à comprendre un peu mieux le cancer. W.S. Halsted (1852-1922) apporta une contribution particulièrement importante au traitement du cancer du sein : pour lui la dissémination atteint d’abord les structures adjacentes au sein puis les ganglions lymphatiques pour enfin métastaser, justifiant la mastectomie radicale, telle qu’il la pratiquait (sein, muscles pectoraux et ganglions). Malheureusement, cette chirurgie extrêmement mutilante n’apportera que peu de résultats quant à la survie des femmes touchées. Depuis l’Antiquité, les médecins se sont interrogés sur l’incidence des hormones dans le cancer du sein. C’est en 1896, avec Beaton que la castration ovarienne apparaîtra dans les traitements chez les femmes non ménopausées avant de donner place, bien plus tard, à des médicaments proprement dits comme le tamoxifène.

XXème siècle

Le XXème siècle va apporter des modifications exceptionnelles dans les traitements des cancers. Pour le sein, c’est Patey qui en 1948 invente la mastectomie encore pratiquée de nos jours qui ne touche plus aux muscles pectoraux. Et les résultats en terme de survie sont identiques à celle de Halsted qui sera rapidement abandonnée. Bien entendu la découverte majeure du radium qui conduisit entre autre à l’utilisation de la radiothérapie constitue une véritable révolution. Elle permettra, pour ce qui nous intéresse, à la réduction progressive de la chirurgie pour aboutir à la tumorectomie. En 1952, les premiers résultats d’une étude débutée en 1929, indique des taux de survie à 10 ans de 49%, pour des tumorectomies suivies de radiothérapie. La chimiothérapie découverte par hasard, suite à l’usage du gaz moutarde pendant les deux guerres mondiales, sera utilisée par les médecins militaires américains dans les traitements des cancers dès 1944. La découverte de l’ADN dans les années 50 a permis de recentrer les recherches sur la cellule et aboutiront aux traitements spécifiques comme l’herceptine aujourd’hui. Enfin la reconstruction mammaire est apparue il y a une petite trentaine d’années complétant ainsi ce tableau.

J’ai beaucoup aimé la conclusion de nos médecins lors du colloque. Dans un premier temps, ils ont en effet ouvert, non pas vers les nouvelles thérapies possibles, mais sur la relation patient médecin qui est, il faut le dire, très à la mode en ce moment. « Pour le directeur général de l’Institut Claudius Regaud, Jean-Pierre Armand, le malade du XXIe siècle prend déjà souvent en main sa maladie, est en pleine responsabilité en s’informant, notamment sur internet », lit-on sur la dépêche AFP. « Le lien malade-médecin est radicalement différent, ce sont les malades qui nous bousculent » ajoute-t-il un peu plus loin. Enfin la dimension sociale du cancer a été évoquée par Christophe Cazaux, du Centre de recherche en cancérologie de Toulouse, en précisant que le grand public devait être intégré à la lutte contre la maladie et que cette intégration passera évidemment par l’information.

La médecine et la recherche ont fait des pas de géants en quelque siècles c’est certain …. Intégrer le patient dans le processus de guérison , informer le grand public en concentrant ses forces vers la prévention, sont des idées qui commencent à faire leur chemin. Des avancées qui pourraient s’avérer essentielles ! A méditer …

Catherine Cerisey



Catherine Cerisey

POST-SCRIPTUM

  •  Pour en savoir plus sur le cancer du sein mon blog,

SOURCES

  • Sources :- Historique des traitements du cancer du sein par JP Lefranc - Service de chirurgie gynécologique, Hôpital de la Salpétrière- Dépêche AFP : Le cancer, une maladie aux divers visages à travers les âges- Le cancer dans l’antiquité, les enseignements du passé par André J. Fabre- Dominique Gros : cancer du sein entre raison et sentiments, édition Springer
    Photographies :- La nuit de Michel Ange Chapelle Médicis – Florence- La Fornarina par Raphaël Palais Barberini – Rome
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Mots-clés :
Cancer du sein