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La thérapie génique : modifier les gènes pour guérir les maladies incurables
La thérapie génique : modifier les gènes pour guérir les maladies incurables
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15 février 2011 | 2 commentaires
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R. Bartet, 52 articles (Journaliste )

R. Bartet

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La thérapie génique : modifier les gènes pour guérir les maladies incurables

La thérapie génique : modifier les gènes pour guérir les maladies incurables

Serge Braun est directeur scientifique de l’Association française contre les myopathies (AFM). Titulaire d’un doctorat en pharmacie et d’un doctorat en Sciences, il a d’abord travaillé 10 ans au sein de l’université avant de partir pour le secteur privé et le domaine de la thérapie génique avec la société Transgene à Strasbourg. Il a rejoint l’AFM, il y a maintenant 6 ans.


1. Comment définir la thérapie génique et sur quels concepts repose t’elle ?

Le principe de la thérapie génique consiste à administrer des gènes dans la cellule avec un but thérapeutique. La réalité est plus complexe. Son fonctionnement est de faire face principalement aux maladies génétiques, mais aussi à de nouvelles maladies, ainsi qu’aux maladies cardiovasculaires. Son champ d’application est vaste.

Le gène peut être défini comme un morceau d’ADN. Son rôle est de représenter une information qui fabrique une protéine. Cette protéine joue le rôle d’agent thérapeutique. Pour administrer des gènes dans les cellules, il faut des transporteurs. Ces transporteurs appelés vecteurs, sont souvent dérivés de virus rendus inoffensifs après leur avoir retirés les gènes qui leur permettent de se multiplier. A la place de ces gènes, on implante le gène thérapeutique, transformant ainsi ces virus en médicaments.



2. Comment la thérapie génique est-elle née et quelles maladies ont bénéficié de cette approche pour la première fois ?

La thérapie génique est une discipline très récente. Les premiers essais cliniques remontent aux années 1989-1990 dans le cadre d’une immuno-déficience rare touchant des nourrissons qu’on a aussi appelés les « bébés bulle ». Ce type de maladies, dues à un défaut génétique des cellules de la moelle osseuse, et plus particulièrement des globules blancs, confèrent aux nourrissons une très courte espérance de vie (quelques mois). Les essais de thérapie génique conduits sur ces bébés ont consisté à leur prélever de la moelle osseuse, corriger en laboratoire les cellules malades par thérapie génique puis à réinjecter aux malades ces cellules rendues saines. A ce jour, plusieurs dizaines de jeunes malades vivent une vie normale grâce à cette thérapie génique.

La thérapie génique s’est intéressée aux maladies génétiques, mais pas seulement ! Elle a développé des applications dans certaines formes de cancers en arrivant à tuer les cellules cancéreuses. Des essais prometteurs ont également été menés dans des cas de maladies cardiovasculaires avec des gènes capables de fabriquer de nouveaux vaisseaux sanguins. De nouvelles formes de vaccins ont également pu être mises au point en administrant des gènes qui fabriquent des protéines de virus ou de tumeurs.
Il n’existe toutefois pas à l’heure actuelle de médicaments de thérapie génique autorisés sur le marché par les instances de santé (sauf pour un cancer particulier en Chine). Mais nous en sommes à la troisième et dernière phase des essais cliniques en la matière et il faut savoir que ce parcours des essais prend en moyenne 10 à 15 ans.

Des avancées notoires ont été observées quant à l’application de la thérapie génique sur les maladies rares, notamment dans des leucodystrophies, les immuno-déficiences, la bêta-thalassémie (une maladie des globules rouges) ; les vaccins anti-cancers et les maladies cardiovasculaires. Et cette approche thérapeutique n’en est qu’à ses débuts !



3. Après les succès rencontrés pour les bébés bulle, des effets secondaires ont suscité une phase de méfiance envers la thérapie génique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Comme pour tout traitement, il y a des risques. C’est le cas pour des médicaments pourtant classiques comme l’aspirine, qui, au demeurant, est interdite chez les enfants en Grande-Bretagne. Aucun médicament n’est dénué d’effets secondaires.

La thérapie génique n’échappe pas à cette règle. Il est vrai que les essais menés par le professeur Alain Fischer sur les bébés souffrant d’immuno-déficience (les bébés bulle) ont entraîné un décès. Quatre des 10 enfants suivis ont développé une leucémie (dont ils ont été guéris par la suite) et le traitement par voie de thérapie génique y a directement été imputé. Mais dans le cas de l’immuno-déficience, la greffe de moelle osseuse est le seul traitement autorisé. Ce traitement lui-même n’exclut pas de lourds effets secondaires et échoue dans 30 % des cas. La thérapie génique est venue en dernier recours à la rescousse de la maladie et, sur les 40 enfants qui ont été traités à ce jour par cette voie partout dans le monde, le taux de réussite est de plus de 95%. On constate donc un taux d’échec très faible, bien plus faible que celui qu’on aurait pu obtenir avec une greffe de la moelle osseuse.
En 1999, un autre décès a eu lieu suite à l’injection d’une dose extrêmement élevée lors d’un essai dans une maladie rare du foie. A l’origine c’est une erreur humaine qui a causé le décès. Ce sont les deux seuls cas de décès directement imputables à la thérapie génique sur plus de 15 000 patients enrôlés à l’heure actuelle dans des essais de thérapie génique. Et je le répète, nous n’en sommes qu’aux débuts ! Les résultats s’accumulent, la thérapie génique progresse. Les vecteurs évoluent et deviennent de plus en plus performants et sûrs. Au final, le bilan est positif et il ne fait pas de doute que la thérapie génique trouvera sa place dans l’arsenal thérapeutique.

4. Le Téléthon et l’AFM, qui l’organise et le soutient, ont-ils contribué à mieux faire connaître la thérapie génique aux yeux du grand public ?

La France est un pays leader en matière de thérapie génique. Le Téléthon a eu un rôle et un impact majeurs, car il a investi dans la durée en matière de thérapie génique. Il est en effet essentiel, pour avoir des résultats en matière de nouveaux traitements, de s’inscrire sur le long terme. De nombreuses avancées ont été permises dans le traitement des maladies rares et des leucodystrophies, ainsi que dans les maladies de la vision, et ce, grâce au Téléthon, apportant son crédit à la thérapie génique. Partout dans le monde, des chercheurs nous interrogent : « Comment faîtes-vous en France pour être aussi bons en thérapie génique ? ». A cette question, il y a une réponse essentielle : c’est grâce aux associations qui ont investi les moyens nécessaires.

5. On reproche parfois à cette thérapeutique d’être lourde en investissements pour finalement ne présenter que peu de résultats concrets. Qu’en pensez-vous ?

Développer des médicaments prend du temps ! Il faut au minimum une quinzaine d’années avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché. Les premiers essais de thérapie génique remontent à 1990. Vingt ans après, une série de produits s’est développée, mais il n’en existe actuellement qu’un seul médicament sur le marché, en Chine. Il est administré dans des cas de tumeurs de la face (tête et cou). Ce traitement repose sur la délivrance de gènes dits « gènes suicide » qui tuent les cellules cancéreuses. De façon comparative, certains médicaments classiques ont mis 25 ans à être présents entre les premiers essais cliniques et leur arrivée sur le marché. La thérapie génique n’échappe pas à cette règle. Il s’agit de regarder les résultats : des malades sont aujourd’hui débarrassés de leur maladie rare, des perspectives évidentes s’ouvrent pour des maladies aussi fréquentes que le cancer, les maladies cardiovasculaires ou la maladie de Parkinson.

La même polémique avait été lancée au moment de la découverte des transfusions sanguines. Au départ, elles ont tué, car on ne connaissait pas encore l’existence des groupes sanguins. Puis, à force de progrès et de recherche, cette thérapeutique a sauvé bon nombre de vies. Même constatation pour la greffe d’organe ou pour les anticorps monoclonaux qui ont mis 25 ans à émerger. Les détracteurs témoignent d’une certaine impatience, mais il faut nous laisser du temps comme pour les autres thérapies innovantes.

6. Sur quelles pathologies la thérapie génique pourrait-elle être prioritairement efficace ?

Des demandes d’autorisation sur le marché (AMM) ont été déposées pour des traitements de maladies rares (hyperlipidémie familiale, immuno-déficiences). Il peut donc encore se passer un an et demi avant l’autorisation réglementaire. Des essais avancés sont en cours pour des thérapeutiques concernant les maladies cardiovasculaires et plus particulièrement des ischémies des membres inférieurs, consécutifs à un diabète ou une insuffisance cardiaque, dans lesquelles les malades risquent l’amputation. Des gènes qui favoriseraient la revascularisation de vaisseaux sanguins peuvent être injectés dans les muscles ou au niveau du cœur.
Des vaccins thérapeutiques ont aussi été mis au point et sont utilisés dans des cas de cancers du poumon, du sein et de mélanomes.

Le handicap c’est que la thérapie génique s’adresse à des malades très avancés et vient souvent comme une alternative de dernier recours alors que tous les autres traitements ont échoué. Elle aurait beaucoup d’intérêt à être utilisée comme une thérapeutique de prévention, mais il faut pour cela encore beaucoup de temps.

7. Diriez-vous que la thérapie génique est une stratégie thérapeutique d’avenir ?

La thérapie génique telle que nous la connaissons est clairement une thérapeutique d’avenir. On ne se pose aujourd’hui même plus la question de savoir si cette approche va trouver sa place dans la médecine traditionnelle.
A l’avenir, ce sont aussi et surtout de nouvelles thérapeutiques encore plus ciblées. On réalise aujourd’hui des essais qui atteignent la phase 3 dans des maladies comme la mucoviscidose. Le principe est d’aller corriger des gènes malades à l’intérieur de la cellule, et ce grâce à de petites molécules conçues pour faire des corrections. Deux approches existent : faire fabriquer des protéines fonctionnelles, ou bloquer la fabrication de certaines protéines. Si ces protéines dont on bloque la fabrication sont des protéines de tumeurs ou de virus, on voit qu’un champ nouveau s’ouvre et une nouvelle famille de médicaments va émerger : de quoi réconcilier la biologie et la pharmacologie classique.


 

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Commentaires
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par LucasJ (IP:xxx.xx3.178.203) le 20 janvier 2013 a 18H11
LucasJ (Visiteur)

Bonjour, j’aimerais avoir l’autorisation de prélever certains passages de cet article. Il me serait bénéfique pour mon TPE qui traite justement de la thérapie génique. Je suis en 1er S et les informations que cet article m’a apporté me serait très utiles pour lié les différentes parties de mon projet. Les sources qui servent à réaliser un TPE doivent impérativement figurer dans un bibliographie (pour avoir plus de points :) ) donc je ne m’approprierait pas votre travail.

J’attend une réponse au plus vite, cordialement

0 vote
(IP:xxx.xx1.179.26) le 19 novembre 2013 a 16H40
 (Visiteur)

Bonjour LucasJ. Je m’appelle John et cette année, en 1er S, je fais aussi la thérapie génique avec mes collègues en TPE. Est-ce que ce serait possible pour toi de nous donner quelques conseils ?

Voici mon mail : jeckil1@orange.fr

J’attends ta réponse.

A bientôt

John