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Télémédecine : bientôt une consultation virtuelle avec son médecin ?
Télémédecine : bientôt une consultation virtuelle avec son médecin ?
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25 février 2011 | 2 commentaires
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R. Bartet, 52 articles (Journaliste )

R. Bartet

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Télémédecine : bientôt une consultation virtuelle avec son médecin ?

Télémédecine : bientôt une consultation virtuelle avec son médecin ?

Comment les nouvelles technologies vont-elles révolutionner le milieu de la santé ? Télémédecine, santé 2.0, site collaboratifs entre patients et/ou entre médecins, etc. de nombreuses applications existent déjà,...
Comment améliorent-elle la prise en charge des malades ? Quels écueils à éviter ? Denise Silber, consultante en santé 2.0, nous livrent quelques réponses...

Denise Silber est diplômée en sciences-politiques et titulaire d’un MBA à Harvard. Pionnière de l’e-santé et de la santé 2.0, domaines dans lesquels elle s’est spécialisée, elle dirige une société de conseil en santé et Internet : Basil Stratégies qui organise un événement international inédit à Paris, les 22-23 Juin 2011, Doctors 2.0 & Vous.

1.Qu’est-ce que la santé 2.0 ?

La santé 2.0 est un concept qui fait à la fois référence à des technologies et à un état d’esprit. Il s’agit de l’ensemble des outils et services collaboratifs déployés au service des individus. On peut les regrouper en trois catégories : les communautés en ligne ou les outils qui relient les patients entre eux ; les outils destinés aux professionnels de santé et qui leur permettent d’échanger entre eux ; et, en dernier lieu, les outils qui vont relier les professionnels de santé avec les différents acteurs.

Le maître mot de la santé 2.0 est le terme de « collaboratif ». Tout cela a été rendu possible grâce à la seconde génération d’Internet, 10 ans après son émergence vers 1994. Cette diffusion plus large a engendré une baisse des coûts et a rendu la santé accessible à un plus grand nombre. L’exemple le plus marquant qui symbolise la santé 2.0 s’incarne, à mon sens, au travers du site Patients Like Me (www.patientslikeme.com). Cet outil multi facettes permet d’identifier les patients grâce à un système de paramétrage qui se fait en fonction de la maladie. Il est à la fois utile aux patients qui peuvent trouver d’autres personnes souffrant de la même pathologie qu’eux et discuter entre eux, mais aussi aux professionnels de santé qui les soignent. Une variante française est en cours de lancement.

2. Qu’a apporté Internet à la santé ?

Beaucoup de choses ! En premier lieu, il a permis d’accélérer la circulation de l’innovation. Autrefois, une innovation médicale était principalement relayée par les différents médias et champs existant : presse, télévision, radio, etc. Avec les nouveaux moyens d’information qui ont émergé, dont Internet, beaucoup de personnes peuvent être au fait des progrès et évolutions, notamment médicales. La diffusion est grandement facilitée.

En second lieu, Internet a contribué à la réduction de l’asymétrie entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. L’information n’est plus réservée à l’expert. Cela renforce l’idée qu’il est possible de progresser. Ainsi, il y a de plus en plus de cerveaux qui réfléchissent. Internet permet d’équilibrer une relation qui ne l’était pas auparavant. Un patient peu informé sur son état de santé ne peut pas mettre en pratique les recommandations qui lui ont été prodiguées par son médecin. Dans une situation où diverses options s’offrent à lui, il y a toujours un choix à faire et cela est rendu davantage possible par Internet. Internet est un reflet de la société et correspond à une besoin profond de communication.

3. Comment se déroulera une consultation médicale dans un futur proche ? L’usage de la télémédecine progressera t’il ?

On peut répondre à cette question en se projetant dans 10 ans. L’usage de la télémédecine est symbolisé par une rencontre, à travers un écran, d’une personne et d’un soignant. Sous cette forme, elle est actuellement pratiquée à petite échelle, mais cela va aller en s’accroissant.

En revanche, la télémédecine « asynchrone » qui consiste en la capture d’images pour lecture et avis à distance est beaucoup plus répandue. On s’achemine vers encore des progrès. On pourra notamment obtenir, grâce à la télésurveillance de nos paramètres médicaux et biologiques, une meilleure gestion de notre santé et par conséquence, une augmentation de notre espérance de vie.

Je vous donne un exemple concret : celui de la pression artérielle. On ne la connaît qu’à un instant t : lorsqu’on sort de chez son médecin par exemple. Or, en possession d’une information accessible et relativement continue dans le temps, on pourra éviter que notre pression artérielle monte sans le savoir. Ceci existe pour d’autres pathologies chroniques.

L'iPhone ECG, qui permet de transformer son iPhone en électrocardiographe et ainsi mesurer l'activité électrique du cœur.

Certains pacemakers et défibrillateurs sont maintenant équipés par exemple, afin de communiquer l’information recueillie à un professionnel de santé. Cela évite des rendez-vous inutiles pour constater uniquement que l’appareil va bien. Cela évite aussi de passer à côté d’un incident technique du dispositif.

Et enfin, en principe, on peut désormais discuter avec un professionnel de santé, grâce à un entretien vidéo sur les Smartphones. Cet usage pourrait devenir plus courant et changerait la donne pour les « déserts médicaux ».

4. N’y a-t-il pas un risque de deshumanisation du lien soignant patient ?

Il faut voir ce que l’on compare. Quels sont les différents scénarios possibles ? Voir et parler à un professionnel de santé par écran ou s’en passer ? Voir quelqu’un qui connaît moins bien le sujet est plus risqué que de consulter à distance un expert. Le téléphone, en son temps a été révolutionnaire…Et aujourd’hui, le patient sent qu’il gêne le médecin lorsqu’il appelle son cabinet pendant les heures de consultation. Avec un rendez-vous vidéo, tout est programmé.

D’autre part, l’électrocardiogramme avec un adaptateur pour Iphone arrivera sur le marché dans l’année à venir. Déjà en Europe du Nord, les infirmières placent les électrodes et un cardiologue analyse les résultats à distance, et notamment dans un autre pays. Nous ne parlons pas d’un monde dans lequel tout le monde passera son temps derrière son écran. Cette objection me fait penser à l’invention du stéthoscope par René Laennec. A l’époque, on lui a reproché la même chose, car un objet s’interposait entre le patient et le soignant.

5. Que penser de la généralisation du dossier personnel médical et du risque face à la propriété de ses données personnelles ?

Le Dossier médical personnel (DMP) représente beaucoup : de grands avantages ainsi que certains inconvénients, comme tout dans la vie ! Je vous invite à aller regarder les films mis en ligne sur le site www.dmp.gouv.fr et notamment celui sur la femme enceinte. Il y illustre bien qu’avec le DMP, le patient n’a pas à répéter son histoire plusieurs fois aux différents professionnels de santé qui le suivent, ni courir le risque de l’oubli ou de la non-coordination. D’autre part, il montre aussi que le DMP contient tous les examens et résultats utiles.

La sécurité des données est préservée grâce à un numéro d’identifiant crée pour l’occasion et qui n’existait pas auparavant, ainsi que par des hébergeurs choisis et agrées par le ministère de la Santé. Bien que l’on puisse dire que tout ce qui est crypté peut un jour être décrypté, je pense qu’un maximum de précautions ont été prises. De plus, le professionnel de santé ne peut pas créer un dossier sans sa Carte de professionnel de santé (CPS) et le patient ne le peut pas sans présenter un minimum de garantie de son identité. Donc, des deux côtés, des garanties importantes ont été prises.

6. Nous disposons de plus en plus d’informations médicales et devenons ainsi acteurs de notre santé. Le patient ne risque t’il pas de ce fait d’aller contre ce que lui dit son médecin ou de vouloir « prendre le pouvoir » ?

Le médecin doit indiquer à son patient quelles sont les options possibles dans sa maladie ou face à son traitement par exemple. Or, d’une part, cela n’est pas toujours fait, et, d’autre part, moins cela est fait et plus cela donne envie au patient d’aller chercher ailleurs d’autres alternatives.

Si un patient est peu convaincu par ce qu’il a à faire, il n’aura pas cœur à l’ouvrage. Les individus ne prennent pas de décision sur un seul facteur. Ils peuvent avoir entendu tel ou tel programme ou information à la télévision, ou quelqu’un leur en aura parlé dans leur famille, ou parmi leurs amis, ou bien encore, ils l’auront lu sur Internet. Cette interaction d’informations fera partie du processus de décision et ne sera pas dangereuse pour les patients. Il faut également savoir que, plus la décision sera importante, plus le nombre de facteurs qui vont entrer en ligne de compte sera important. La cybercondrie existe (nb : terme utilisé selon Wikipedia pour décrire «  l'habitude de certains individus souffrant d’hypocondrie d'utiliser Internet pour rechercher de manière parfois compulsive de l'information sur la santé, les soins de la santé, la médication, ou les traitements, que ce soit pour eux-mêmes ou pour d'autres individus »). Par exemple, un mal de tête peut représenter un accident vasculaire cérébral et un médecin peut parfaitement passer à côté. D’où l’intérêt d’être correctement informé.

En fait, tout ceci illustre le besoin d’instaurer un dialogue entre professionnels et patients. Le problème, c’est que les médecins ne sont pas formés à susciter des questions. Face, par exemple, à un patient qui souffre d’asthme et vient voir son médecin, ce dernier devrait être en mesure de lui poser diverses questions comme : « Où en êtes-vous avec votre traitement ? » ou « Connaissiez-vous les étapes que je vous ai indiquées ? », ou encore « Je vous recommande tel ou tel site d’information sur la maladie ». Mais nous n’y sommes pas encore !

7. Cette masse d’informations disponible sur Internet qui n’est ni hiérarchisée, ni contrôlée, ne représente t’elle pas un problème pour les usagers ?

C’est comme pour tout le reste : le patient ira voir ce qui l’intéresse le plus. Il en discutera éventuellement avec d’autres patients, sur des forums, ou dans sa vie quotidienne et fera la part des choses se forgeant ainsi sa propre opinion. De même, dans la vie réelle pour vous donner un exemple, si un patient est cardiaque mais veut continuer à fumer, il trouvera toujours un médecin qui lui donne son aval. Les sites Internet disent différentes choses et leur contraire. A nous d’aller trouver l’information le plus en lien avec ce l’on recherche.

8. Le système actuel de notation des établissements de santé, des médicaments et peut-être bientôt des médecins est-il le premier pas vers une participative en santé ?

On s’achemine vers un système de notation par hoquets, ou par pulsations ; on est encore loin d’une évolution en ligne droite. Les informations sont données par l’Etat, mais ne sont pas connues du grand public. Il est difficile de les trouver sur les établissements de santé. Les sites, publiés par les agences, ne sont pas très accessibles (à l’exception de celui sur le Dossier médical personnel), ce qui laisse le champ libre aux initiatives privées.

Les sites comparateurs d’hôpitaux sont annonciateurs d’un bon début, mais on pourrait aller encore plus loin. Sur la cotation du médicament, on peut citer www.meamedica.fr (dont on trouve une interview sur mon blog).

Quant à ce qui a trait à l’évaluation des médecins, un site a été ouvert en France et aux Pays-Bas avec un formulaire à remplir et des commentaires. Mais de fortes réticences existent et on peut reprocher à ces sites d’évaluation de faire du copinage, comme c’est par exemple le cas avec Meamedica, puisque l’internaute doit s’identifier pour y accéder. A l’heure actuelle, rien n’est fait pour empêcher ce copinage. Mais ces tentatives sont intéressantes. Ce sont des premières approches qui finiront par marcher. Avec Internet, les choses évoluent.

9. La France est en retard par rapport aux Etats-Unis sur le sujet de la santé 2.0. Comment l’expliquer ?

Il est vrai que le même problème se pose dans les pays industrialisés. D’une façon générale, le petit cabinet médical est très peu informatisé. En France, plusieurs facteurs expliquent ce retard : la notion d’entrepreneuriat n’est pas aussi développée qu’aux Etats-Unis. La Sillicon Valley, dans la région de San-Francisco, encourage et favorise ce développement de l’innovation. Elle n’a pas son équivalent en France. Certes, il existe différents pôles de compétitivité, mais pas à la même échelle.

En second lieu, le système de santé en France reste très règlementé. Les professionnels de santé qui veulent créer leur site Internet se heurtent à des chartes complexes et sont très contraints par l’Ordre des médecins. Même chose pour les pharmaciens. Créer en France son officine en ligne est extrêmement difficile, contrairement aux Etats-Unis. Cet ensemble de contraintes règlementaires se double d’un discours sur le pouvoir entre médecins et patients, qui est plus fort en France qu’aux Etats-Unis.

Il existe enfin un décalage lié au démarrage de l’utilisation d’Internet. En France, il a fallut attendre le développement de l’ADSL à bas prix pour une croissance de l’accès à Internet et un véritable impact se créent. Mais on peut espérer que ce degré de retard aille en s’amenuisant, car il existe les mêmes différences culturelles et sociales aux Etats-Unis. Le DMP remet la France dans la course internationale et doit encourager l’écosystème. Nous n’en sommes qu’au début. La conférence « Health 2.0 » qui s’est tenue en avril 2010 à Paris a significativement aidé à faire progresser la connaissance sur ce sujet. Un véritable travail de fond a été réalisé l’an passé pour faire connaître le terme de santé 2.0. Cette année (en avril 2011), une nouvelle conférence intitulée « Doctors 2.0 » posera la question de savoir quelle est la perspective du médecin concernant ces nombreux nouveaux outils.


 

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Commentaires
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par Dr C moi (IP:xxx.xx4.81.167) le 28 février 2011 a 11H21
Dr C moi (Visiteur)

Un texte qui porte à beaucoup de critique et qui est écrit par quelqu’un qui n’exerce pas la médecine !!!

0 vote
par fred (IP:xxx.xx1.48.9) le 9 août 2012 a 13H56
fred (Visiteur)

Je pense que c’est une solution pour mieux soigner et surtout mieux contrôler certaines pathologies, voir la page : http://www.consultation-telemedecine.fr/