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La situation peu enviable de ceux qui n’ont pas le moindre cancer
La situation peu enviable de ceux qui n'ont pas le moindre cancer
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17 février 2011
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Le Médecin Patraque, 6 articles (Rédacteur)

Le Médecin Patraque

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La situation peu enviable de ceux qui n’ont pas le moindre cancer

La situation peu enviable de ceux qui n'ont pas le moindre cancer

Un médecin raconte son cancer...

Très difficile, pour un cancéreux, de mettre à l’aise son entourage (en dehors du cas particulier, déjà évoqué, de ma femme) ; il doit chercher à l’ aider, pour mettre fin à des situations fausses difficilement supportables pour tout le monde, mais les solutions ne sont pas évidentes.

Pour les enfants, j’ai carrément (et lâchement ?) délégué à ma femme ; je sais qu’ils l’appellent tous les jours, et qu’elle leur fait des rapports détaillés ; si bien qu’avec moi, ça se limite à « comment ça va ? pas trop dur, la chimio ? » , puisqu’ils savent déjà tout, que je sais qu’ils le savent, qu’ils savent que je le sais, etc. ; mais je ne me sens ni l’énergie, ni la volonté, ni la capacité de faire un rapport quotidien détaillé sur mon évolution physique et psychologique à chacun des quatre, je préfère discuter avec eux d’autres sujets...Les cancéreux sont des gens pleins de bonne volonté, mais il ne faut pas en abuser.

Situation très différente, je crois, des petits-enfants : pour eux, les grands-parents sont des gens qui ont toujours été « des vieux » (même à cinquante ans), qui seraient nés vieux, et je suppose que leur mort possible doit leur sembler plus « normale » : ils savent que les vieux ont la manie de mourir, et ont plein de copains dont les grands-parents sont morts ; j’ignore comment ils vivent ça, mais je les sens beaucoup plus à l’aise avec moi ; j’ai beaucoup apprécié un dialogue avec ma petite fille de 13 ans, qui m’a demandé si ce n’était pas trop dur, ma chimio ; je lui ai dit que, de toutes façons, ce serait bientôt fini, et lui ai expliqué que le vrai traitement, c’était l’intervention chirurgicale, et que la chimio, ce n’était pas « pour guérir », c’était juste pour essayer que ça ne recommence pas (ce qui est exact) ; réaction très agréable pour moi : « Ah, bon, alors ça va ! » ; j’aurais bien aimé qu’elle rajoute « Mais alors, pourquoi tout le monde en fait un tel cinéma ? », ce qu’elle n’a pas fait, mais j’aimerais qu’elle l’ait pensé.

Et puis, il y a les amis.

Je ne parle pas de ceux qui ont aussi un cancer (quand je l’ai annoncé à l’un d’entre eux, il m’a lancé « Bienvenu au club ! »), mais des autres...tout de même les plus nombreux.

Le lendemain de la découverte de mon cancer, dîner chez des amis, on était six ; tout le monde avait été mis au courant par ma femme, personne n’en a soufflé un mot ; ambiance insupportable, grande tension que chacun essayait de masquer, fausse jovialité, chacun surveillait ses propos ( je suppose qu’ils devaient penser :« pourvu que je ne lâche pas devant lui « hé ben, mon colon ! ») .

J’ai estimé que ça ne pouvait plus durer, et j’ai invité le lendemain ma meilleure copine à prendre un pot ; elle m’a dit qu’elle aussi, avait été très mal à l’aise ; et c’est là que nous avons décidé que j’en parlerais à tout le monde, qu’il ne fallait plus que ça soit un sujet tabou, et que ça ne poserait pas de problèmes parce que, comme il n’y aurait pas mille événements nouveaux à raconter chaque jour, le sujet serait épuisé en dix minutes au maximum, et qu’on pourrait ensuite passer naturellement à autre chose. Et, depuis, tout va bien, il y a même des fois où on n’en parle pas du tout : mais savoir qu’on pourrait en parler si ça venait dans la conversation, ça change tout.

Et puis, comme me l’a dit un ami très philosophe : « À notre âge, c’est le seul genre de nouvelles que nous pourrons avoir les uns des autres ; tu me croirais, si je te disais que, ça y est, je suis définitivement guéri de mes rhumatismes ? ».

Le médecin patraque

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