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La réduction de l’épuisement des infirmières fait réduire le nombre d’infections nosocomiales
La réduction de l'épuisement des infirmières fait réduire le nombre d'infections nosocomiales
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30 août 2012 | 3 commentaires
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Jean-Philippe Tabut, 9 articles (Biohygiéniste)

Jean-Philippe Tabut

Biohygiéniste
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La réduction de l’épuisement des infirmières fait réduire le nombre d’infections nosocomiales

La réduction de l'épuisement des infirmières fait réduire le nombre d'infections nosocomiales

Jusqu’ici de nombreuses études ont mis en évidence des liens entre les infections nosocomiales et la surcharge de travail ou encore la dotation en personnel. C’est une étude américaine qui lance la première information scientifique liant fatigue professionnelle et infections nosocomiales.

L’étude met, en parallèle, en évidence de façon statistique, que pour chaque patient supplémentaire attribué à un infirmier on augmente d’un point la présence d’une infection urinaire et d’une infection du site opératoire dans l’établissement de santé.

Pour affirmer le lien entre épuisement et infections, les chercheurs ont analysé les données d’une enquête de 2006 concernant le travail de 7076 infirmières (95% de femmes) dans 161 hôpitaux (227 lits en moyenne par établissement) de Pennsylvanie puis ont fussioné ces données à celles du rapport sur les infections nosocomiales Health Care Cost Containment Conseil (PHC4) et celles de l’enquête annuelle de l’American Hospital Association (AHA).

L’échantillon d’hôpitaux inclu tous les hôpitaux qui ont participé à l’enquête de 2006 et l’échantillon d’infirmières inclu toutes les infirmières employées dans ces mêmes hôpitaux et qui ont répondu au questionnaire.

Les chercheurs ont choisi d’examiner 2 types d’infection, les infections des voies urinaires (7 cas pou 1000 patients) et les infections du site opératoire (5 cas pour 1000 patients). Ce sont les 2 infections les plus répandues rapportées par le PHC4.

Les caractéristiques des hôpitaux utilisés comme témoins ont été déterminés par le biais de l’Enquête annuelle de l’AHA en prenant en compte la taille (nombre de lits) , le status de l’enseignement, et les technologies employées par l’établissement. Le statut de l’enseignement a été défini par le nombre de médecins résidents et les boursiers en constraste des hôpitaux qui en sont dépourvus. Les hôpitaux ont été classés comme équipés de haute technologie s’ils avaient des installations pour chirurgie à cœur ouvert, de transplantations d’organes majeurs, ou des deux.

Le niveau de gravité des patients a été mesuré grâce aux données de l’enquête PHC4.

Les données sur la démographie des infirmières et l’épuisement professionnel ont été obtenus à partir de l’enquête infirmière de 2006. Le niveau d’épuisement (22 points de score) a été déterminé par un standard national Maslach Burnout Inventory-Human [Maslach and Jackson, The Maslach Burnout Inventory, 1981, 1986] MBI-HSS en permettant d’évaluer les 3 sous échelles ​​d’épuisement : épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et accomplissement personnel. Plus d’un tiers des infirmières avaient un niveau d’épuisement élevé (27 points de score).

3 modèles de régression linéaire pour les deux types d’infections nosocomiales ont été réalisés afin d’évaluer l’effet individuel de dotation en personnel infirmier sur les taux d’infection et la mesure dans laquelle leur épuisement professionnel pourrait expliquer cet effet. Dans le premier modèle, le taux d’infections nosocomiales et la dotation en personnel infirmier ont été régressés. En excluant l’épuisement professionnel, le coefficient de dotation en personnel dans ce modèle simple peut être interprété comme la somme de l’effet direct de la dotation en personnel sur le taux d’infection et de l’effet indirect de la dotation en personnel sur le taux d’infection en raison de son effet sur leur épuisement professionnel. Dans le deuxième modèle, les chercheurs ont estimé l’effet de l’épuisement professionnel infirmier sur les taux des 2 types d’infections en terme de fréquence, en excluant le niveau de dotation. Le troisième modèle inclus dotation en personnel infirmier et épuisement professionnel comme covariables. Les chercheurs ont ainsi utilisé ce modèle pour examiner si l’épuisement professionnel pourrait mettre en évidence un effet sur les taux d’infection mais aussi pour vérifier les influences de l’âge du personnel, des années d’expérience, du statut de l’enseignement, du niveau technologique, du nombre de lits et de la gravité des patients.

L’age moyen des infirmières était de 44 ans avec un expérience professionnelle de 17 ans en moyenne et en charge de 5,7 patients / infirmière.

L’étude met en évidence une association statistiquement significative entre la dotation d’infirmières/ le nombre de patients ou le le niveau d’épuisement élevé avec les deux types d’infections nosocomiales.

Les chercheurs affirment que si les hôpitaux parvenaient à diminuer la proportion d’infirmières souffrant d’épuisement professionnel (de 30% actuellement à 10%), un total de 4.160 infections pourraient être évitées et 41 millions de dollars par an pourraient être économisés.

J.P TABUT Biohygiéniste
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Commentaires
2 votes
par Camille (IP:xxx.xx4.218.51) le 30 août 2012 a 12H34
Camille, 453 articles (Rédacteur)

En France, le nombre d’infection nosocomiale diminue mais la proportion d’infirmières souffrant d’épuisement professionnel augmente. Tout ne s’explique pas via cette fenêtre...

3 votes
par collin (IP:xxx.xx3.69.136) le 30 août 2012 a 14H19
collin (Visiteur)

@ Camille

Votre affirmation sur le nombre d’infections nosocomiales qui diminuent me parait pour le moins sujet à cautions.

Peut être disposez vous de certaines statistiques,mais gardez en mémoire le fait que l’on fait dire ce que l’on veut aux statistiques.

Car ce n’est pas ce que l’on observe en pratique infirmière,malgré les très remarquables efforts réalisés par les soignants et les établissements de santé en matière de prévention,avec l’usage systématique de solutions Hydro-alcooliques et autres améliorations de procédures de soins ( jusqu’aux années 1980/1990,un chirurgien qui effectuait sa "visite"auprès de vingt ou trente patients devait se laver les mains une ou deux fois,et encore,quand il se les lavait...après avoir copieusement "palpé" les plaies de ses patients......)

De plus,on observe de nos jours,l’apparition de germes multiresistants aux traitements antibiotiques.

Mais surtout,il faut prendre en compte le fait que les établissements de soins cherchent à tout prix à se débarrasser des patients atteints de germes nosocomiaux en les transférant ou en infectiologie,ou en SSR,ou ailleurs,pour ne pas dégrader leur classement national...

Infirmier moi-même,j’ai exercé en Suisse.

La réputation de la Suisse et de ses établissements de soins n’est pas usurpée.

Mais surtout,le ratio soignant/patient est environ du double du ratio des établissements Français...

Ce qui est intéressant dans cette enquête,c’est la mise en parallèle du coût de ces infections avec les indicateurs de dotations insuffisantes ou de burn-out.

Mais cela sera il suffisant pour faire dévier nos "responsables" de santé publique de leur trajectoire de gestion ultra-libérale ?

J’en doute,car je crois leur formatage mental irrécupérable.

Abundans cautela non nocet...

2 votes
par Camille (IP:xxx.xx4.218.51) le 31 août 2012 a 11H02
Camille, 453 articles (Rédacteur)

Effectivement on peut interpréter les statistiques de milles façons… L’ensemble des enquêtes européennes s’accordent sur certains chiffres concernant le nombre de victimes liés aux infections nosocomiales : pour la France 4 200 décès pour une population de 65 500 000 personnes et pour la Suisse 2 000 décès pour une population de 8 000 000 personnes. Alors arrêtons de critiquer le système de soin français en reprenant des arguments sans fondement. Quand les mesures d’hygiènes de base sont respectées et que des antibiotiques sont donnés en préventions dans certains cas, les risques sont très fortement diminués. L’attention devrait plutôt se porter sur l’engorgement des hôpitaux et tout particulièrement aux urgences où les patients auraient intérêt à être attentifs au comportement du personnel et ne pas hésiter à faire des remarques en cas de manquement évident à l’hygiène.