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La désensibilisation ou "l’immunothérapie allergénique" : comment ça marche ?
La désensibilisation ou "l'immunothérapie allergénique" : comment ça marche ?
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19 mai 2011
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La désensibilisation ou "l’immunothérapie allergénique" : comment ça marche ?

La désensibilisation ou "l'immunothérapie allergénique" : comment ça marche ?

L’action de la désensibilisation ou "immunothérapie spécifique" consiste à réduire la sensibilité de l’organisme face à un allergène, en modulant progressivement la réponse immunitaire vis-à-vis de cet allergène, la désensibilisation prévient la survenue de la réaction allergique.

C’est actuellement le seul traitement étiologique de l’allergie en dehors de l’éviction.

C’est également le seul traitement capable de dévier la réponse immune vis-à-vis d’antigènes non pathogènes. Il constitue un traitement global pour l’allergie aux pollens, acariens, dans la rhinite et l’asthme, chez l’adulte et l’enfant, avec un effet rémanent sur le long terme.

Comment s'opère la réaction allergique ?

La réaction allergique est la conséquence d'une réponse immunitaire inappropriée de l'organisme suite à la rencontre avec une substance étrangère : l'allergène. Celui-ci ne génère aucune réaction particulière chez la plupart des individus, tandis qu'il déclenche une réaction allergique chez d'autres. Chez les personnes allergiques, l'organisme considère la substance - l'allergène - comme étant "dangereuse", d'où la réaction, assimilable à une réaction de défense.

Le mécanisme de l'allergie se déroule en deux phases :

- tout d'abord une phase de sensibilisation au cours de laquelle le système immunitaire identifie la substance - l'allergène - et la classe comme étant "dangereuse"

- puis, lorsque l'organisme entre de nouveau en contact avec l'allergène, la phase de défense, c'est-à-dire la réaction "allergique" se déclenche

Mode d'action de l'immunothérapie ?

Le système immunitaire assume l'une des grandes fonctions physiologiques des vertébrés : l'aptitude à la reconnaissance d'un très grand nombre de structures moléculaires distinctes : les antigènes. Le terme antigène désigne toute espèce moléculaire d'origine biologique ou synthétique qui, au contact de cellules appropriées du système immunitaire est reconnue par ces cellules et provoque un processus impliquant leur activation, connue sous le nom de réaction immunitaire. Un antigène est classiquement réputé "étranger" à l'organisme chez lequel il provoque une réponse immunitaire.

Selon la définition, l'immunothérapie est un traitement consistant à administrer des substances qui vont stimuler les défenses immunitaires de l'organisme, afin de lutter contre différentes maladies. Par extension, l'immunothérapie désigne toute thérapie utilisant des protéines produites par les cellules du système immunitaire, en particulier les immunoglobulines. La vaccination est le procédé d'immunostimulation spécifique le plus connu. Cette méthode consiste à stimuler la fabrication des lymphocytes mémoires autorisant une réponse efficace au moment de l'agression par une bactérie pathogène ou un autre microbe. La stimulation de l'immunité peut se faire globalement ou spécifiquement.

L'immunothérapie spécifique est dirigée contre un seul ou plusieurs antigènes, c'est-à-dire une ou plusieurs substances étrangères à l'organisme. En cancérologie, l'immunothérapie stimule les défenses normales de l'organisme afin que celui-ci lutte contre la tumeur maligne et la détruise.

L'immunothérapie allergénique - également appelée "désensibilisation" - consiste en l'injection à un sujet allergique de doses progressivement croissantes d'un extrait allergénique (*), dans le but d'améliorer la tolérance à cet allergène lors d'une exposition ultérieure.

C'est actuellement la seule méthode permettant de prévenir et de traiter la maladie allergique, les autres traitements agissant seulement sur les symptômes. En effet, ces traitements sont efficaces sur les manifestations allergiques, mais n'agissent pas sur la cause de l'allergie. Ils n'influent donc pas sur l'évolution naturelle de la maladie, et par conséquent ne la "guérissent" pas. Ces médicaments symptomatiques diminuent l'intensité des symptômes et combattent l'inflammation causée par l'allergie.

De plus, l'immunothérapie spécifique permet d'éviter l'apparition de nouvelles sensibilisations (polysensibilisation) ou son aggravation en asthme.

Les deux principaux modes de désensibilisation

La voie sous-cutanée (peau) => depuis 1911

C'est la désensibilisation classique, qui consiste en des injections sous la peau, au niveau du bras. Ces injections sont indolores, mais nécessitent une surveillance médicale de 30 minutes au cabinet du médecin (risque de survenue d'une réaction générale grave). Les injections doivent être pratiquées à un rythme régulier (1 fois par mois ou toutes les 6 semaines) et sur une durée de 3 ans en moyenne.

La voie sublinguale (muqueuse orale) a vu les premiers essais "efficaces" en 1990 et a été reconnue par l'OMS en 1998.

  • en solution (liquide) elle consiste en des gouttes à déposer sous la langue. Le traitement ne nécessite pas des consultations fréquentes chez le médecin (réévaluation au bout d'un an), car il est pris chez soi quotidiennement. Cela représente un très grand progrès pour les patients, mais est lié à certaines contraintes, notamment du fait de devoir prendre le traitement chaque jour, sans oubli, et nécessite une autodiscipline certaine. La voie sublinguale tend à être équivalente en termes d'efficacité par rapport à la voie sous-cutanée. Elle est beaucoup plus sûre, car les effets secondaires sont moins fréquents. .
  • en comprimés : depuis 2009 la désensibilisation par voie sublinguale en comprimés - réservée actuellement à l'allergie aux pollens de graminées - permet aux patients une moindre contrainte pour une efficacité comparable.

Les autres voies d'immunisation existantes :

  • La voie nasale (muqueuse nasale) consiste en des pulvérisations intra nasales. Des études sur l'allergie aux pollens n'ont pas démontré un intérêt probant. .
  • La voie intrabronchique : quelques rares études portant sur des inhalations d'allergènes ont été réalisées. Les difficultés de mise en oeuvre, des résultats incomplets et incertains n'en font pas a priori une voie privilégiée pour la désensibilisation.
  • La voie intra-lymphatique : c'est une voie à l'étude avec des développements en cours. Elle consiste en l'injection intra-ganglionnaire. Son efficacité est significative avec des effets secondaires moins fréquents. Elle permettrait une véritable vaccination anti-allergique. En effet, dans la pollinose aux pollens de graminées, l'efficacité de 3 injections en intra-ganglionnaire, serait équivalente à celle d'une désensibilisation classique par voie sous-cutanée menée pendant 3 ans. Cependant, d'autres études sont nécessaires pour confirmer ces résultats préliminaires.
  • La voie orale (comprimés à avaler) ne comporte pas d'études ayant démontré une efficacité significative. Un protocole international est en cours dans le cadre de l'allergène de phléole.

A qui s'adresse l'immunothérapie allergénique ?

La désensibilisation traite actuellement l'allergie respiratoire, c'est-à-dire l'allergie aux allergènes présents dans l'air ambiant (pneumallergènes) tels que les pollens, les acariens, les poils d'animaux, certaines moisissures, ainsi que l'allergie aux venins d'hyménoptères (abeille, guêpe). Elle s'adresse à des personnes souffrant d'allergies invalidantes, avec un impact sur la vie quotidienne et un degré de dangerosité potentiel (réaction généralisée, risque de choc anaphylactique).

Actuellement se pose de plus en plus le cas de patients polysensibilisés, c'est-à-dire sensibilisés à plus d'un allergène. Ces patients, exceptionnels il y a 20 ans, constituent la majorité des allergiques actuels. Or l'efficacité de l'immunothérapie diminue en fonction du nombre de sensibilisations et d'autre part, il n'est pas conseillé de mélanger des allergènes de familles différentes dans un même vaccin. Dans la pratique, la désensibilisation se fait contre un, maximum deux allergènes.

Durée du traitement et contraintes

La désensibilisation, qu'elle soit réalisée par voie sous-cutanée ou par voie sublinguale (gouttes ou comprimés) s'effectue en deux phases :

une première phase d'initiation qui consiste à administrer une dose croissante d'allergènes - jusqu'à atteindre la dose maximale la mieux tolérée par le patient - suivie d'une dose d'entretien (la dose maximale tolérée est administrée à intervalles réguliers).

En tout, une désensibilisation allergénique dure en moyenne 3 mois pour la phase d'initiation, puis 3 années consécutives pour la phase d'entretien.

La désensibilisation nécessite d'être "observant', c'est-à-dire d'accepter les contraintes liées à la fréquence et à la régularité des injections ou de la prise des gouttes ou comprimés en sublingual.

Efficacité de l'immunothérapie allergénique

Les critères d'efficacité de l'immunothérapie allergénique sont basés sur l'amélioration des symptômes et sur la diminution du recours aux médicaments symptomatiques. La plupart du temps, l'amélioration survient dans le courant de la première année de traitement

On considère actuellement que la désensibilisation a des effets sur l'histoire naturelle de la maladie avec un effet préventif sur l'apparition de l'asthme et un effet préventif sur l'apparition de nouvelles sensibilisations.

Les contre-indications à la désensibilisation

Il existe des contre-indications à l'immunothérapie allergénique : en cas de maladie auto-immune, d'affection ou de tumeur maligne, d'asthme mal contrôlé, de traitement en cours par bêta-bloquants, en cas de lésions inflammatoires de la bouche ou de non-observance de la part du patient.

Lors de la grossesse, on peut poursuivre une désensibilisation déjà entamée, mais il n'est pas recommandé de débuter une désensibilisation en cours de grossesse. L'allaitement est tout à fait compatible avec un traitement de désensibilisation


En 1997, l'OMS décidait de considérer l'immunothérapie spécifique comme un vaccin, car c'est le seul traitement capable de modifier la réactivité immunitaire de l'individu allergique. Depuis, il a été démontré que son efficacité persistait pendant plusieurs années après son arrêt. On a même découvert qu'elle avait la capacité de prévenir l'apparition de nouvelles sensibilisations. Il a également été démontré que l'immunothérapie spécifique prévient l'apparition de l'asthme chez des patients atteints de rhinite allergique.

La mise au point de l'immunothérapie par voie sublinguale a ouvert de nouveaux horizons en termes d'efficacité et de tolérance.

L'immunothérapie a atteint un fort niveau de preuves et le développement de nouvelles formes orales en comprimés est en cohérence avec les nouvelles recommandations de l'EMA (European Medecines Agency) concernant le développement clinique, la production et la qualité des produits d'immunothérapie. La World Allergy Organization (WAO) a validé le concept de l'immunothérapie allergénique par voie sublinguale pour traiter les patients souffrant de symptômes modérés à sévères.

La rédaction CareVox

POST-SCRIPTUM

  • (*) les extraits allergéniques sont fabriqués à partir des sources d’allergènes auxquels les patients sont allergiques, et sontde nature protéique. Afin d’assurer la sécurité du traitement et la reproductibilité du diagnostic, un système de standardisation a été mis en oeuvre dans les années 80.

SOURCES

  • Extrait du dossier de presse de la conférence sur "les 100 ans de l'immothérapie" organisée par Société Française d'Allergologie, le 16 mai 2011
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