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L’hypocondrie peut rendre malade…
L'hypocondrie peut rendre malade…
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30 avril 2014
Auteur de l'article
Pr. Antoine Pelissolo, 41 articles (Psychiatre)

Pr. Antoine Pelissolo

Psychiatre
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L’hypocondrie peut rendre malade…

L'hypocondrie peut rendre malade…

L’hypocondrie est dans l’air du temps, et pas seulement à cause de la sortie d’un film à succès. Nous nous savons tous mortels, et l’époque technologique dans laquelle nous baignons nous le rappelle tous les jours : il faut dépister les maladies le plus tôt possible, faire de la prévention, les nouveaux virus sont médiatisés avant mêmes qu’ils n’arrivent sur notre continent, et des industriels nous vantent des appareils connectés de plus en plus sophistiqués pour surveiller en continu tension artérielle, cholestérol, insomnie, etc. Il existe même un site web permettant de calculer la date de sa mort et de déclencher un décompte morbide des heures restant à vivre…


Loin de moi, et pour cause, de nier l’intérêt d’une bonne éducation à la santé et d’une politique de prévention en santé publique. En étant bien informé, chacun peut être responsabilisé et faire les choix et les efforts nécessaires pour se préserver autant que possible des maladies. Mais, sur un sujet aussi essentiel que celui du corps et de la vie, les fragilités de beaucoup d’entre nous peuvent rapidement transformer une préoccupation légitime et utile en une véritable obsession, envahissante et délétère. Selon les profils psychologiques, cette obsession peut prendre la forme d’une « nosophobie » (crainte et évitement de tout ce qui peut rendre malade), d’une hypocondrie typique (conviction que la maladie est déjà présente), ou de comportements excessifs et parfois contradictoires : consultations et examens répétés sans justification, recours à des solutions thérapeutiques plus ou moins adaptées, voire même refus de consulter par peur de découvrir le pire.


Les représentations sociales de la santé et de la maladie sont devenues très floues. D’un côté des progrès médicaux impressionnants, comme les greffes cardiaques ou le traitement de nombreux cancers, mais de l’autre des échecs encore flagrants (maladies incurables, symptômes non mortels mais invalidants au quotidien, etc.) et beaucoup de remises en cause et de débats. Les excès d’une médecine hyper-technique et souvent déshumanisée conduisent beaucoup d’entre nous à aller chercher ailleurs des solutions thérapeutiques plus « douces » et individualisées, souvent ancrées dans des croyances culturelles et personnelles. Des affaires parfois glauques entourant quelques médecins ou quelques laboratoires peu consciencieux ont aggravé l’addition. D’où un manque de confiance chez beaucoup des patients que nous rencontrons, et surtout chez ceux qui ne viennent pas nous voir ! Et, finalement, des retards aux soins ou des défauts de traitement avec, en retour, un état de santé moins bon…


Les solutions sont donc du côté des médecins d’une part (plus d’explications, de proximité, d’humanité tout simplement) mais aussi des « patients » d’autre part : faire confiance aux vrais professionnels et scientifiques plus qu’aux sites internet incertains et aux illusions populaires infondées. Et accepter de vivre avec le risque de ne pas mourir en bonne santé…

Pr Antoine PELISSOLO, psychiatre
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