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L’anorexie ou les subtilités de la relation corps-esprit
L'anorexie ou les subtilités de la relation corps-esprit
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9 juin 2010
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Dimitri Jacques, 16 articles (Naturopathe)

Dimitri Jacques

Naturopathe
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L’anorexie ou les subtilités de la relation corps-esprit

L'anorexie ou les subtilités de la relation corps-esprit

Pour aborder une maladie comme l’anorexie, notre vision de la santé doit être dépoussiérée. La science moderne doit renouer avec cette vison globale de l’être humain qui a guidé tant de peuples sur le chemin de la santé. Les anorexiques sont encore trop souvent malmenés par un système de santé qui ne les comprends pas. Les approches thérapeutiques mettant en avant la conscience de soi et la réconciliation avec la matière doivent être encouragées. Et surtout, nous devons être attentifs au message que la maladie adresse à la société entière.

L’agitation incessante de l’esprit

Une des caractéristiques des anorexiques est de n’avoir jamais l’esprit au repos. En voulant tout contrôler, elles s’obligent à penser à tout et vivent sans cesse dans l’anticipation. Elles sont de fait indisponibles à profiter de l’instant présent. Vivre intensément l’instant présent permet pourtant de s’observer tel qu’on est. Et aussi d’apercevoir que d’autres personnes parlent en nous et orientent nos vies.

Notre ego à tendance à vouloir tout s’approprier, y compris les problèmes des autres. Nous nous faisons parfois une joie de répondre à toutes les demandes inconsciences de nos proches. L’incapacité évidente d’y parvenir fait que les anorexiques perdent confiance en elles et se détestent, elles entretiennent des comportements et des situations pour se faire du mal.

Lorsque nous méditons, que notre attention est flottante et que nous sommes disponibles, notre ego n’a pas grand chose à contrôler, il n’a pas de problèmes à se mettre sous la dent. Il lui faut absolument entretenir des problèmes pour justifier son utilité, et les problèmes non résolus du passé sont pour lui du pain béni, parce qu’ils reviennent sans cesse.

L’héritage que nous portons en nous

La relation conflictuelle chez l’anorexique n’est pas seulement avec la nourriture, mais avec la matière. En refusant de s’alimenter, c’est bien son corps qu’elle cherche à modifier, comme si elle voulait en arracher quelque chose qui lui est insupportable. Une question récurrente que je pose à mes patients qui souffrent de troubles de l’alimentation est la suivante : si votre corps était une valise, auriez-vous l’impression de porter des choses lourdes qui ne sont pas à vous ? La réponse s’articule toujours autour de la souffrance d’un parent ou d’un proche dont on a inconsciemment pris le relais.

Lorsque nos parents nous ont conçu, ils avaient leurs projets, leurs espoirs, leurs doutes et leurs souffrances, en somme un état d’esprit particulier vis-à-vis de la vie. Nous héritons de certains traits de caractère de nos parents. Si nous sommes « la chair de leur chair », il est logique que nous héritions aussi dans une certaine mesure de leurs somatisations. Nos fondations sont bien antérieures à l’éducation. L’épigénétique s’intéresse d’ailleurs à ces transmissions héréditaires non matérielles.

Le petit être peut devenir le réceptacle des problèmes de ses parents et plus tard les considérer comme siens, dans la plus totale inconscience. C’est sur ces bases que corps de l’individu va se développer. Et dans la relation psychologique qui lie l’individu à son corps, il va se constituer progressivement ce qu’Eckhart Tolle appelle un corps de souffrance. Pour qui est hypersensible, il n’y a rien de plus terrible et de plus éprouvant que de sentir courir en soi une telle programmation. Demeurer impuissant devant ses effets qui nous échappent et dessinent chaque jour une vie qui n’est pas la nôtre est probablement à la source d’un sentiment d’incapacité qui va jusqu’à la haine de soi.

L’adolescence, période durant laquelle nous expérimentons la séparation d’avec nos parents afin de mener notre vie propre, est aussi l’occasion de se débarrasser des schémas inconscients hérités. Jusqu’à parfois remettre en cause leur réceptacle, notre corps.

Un monde trop matérialiste ?

Aux anorexiques, je serais tenté de dire qu’elles ne sont pas venues sur Terre pour abandonner ou renier la matière, mais pour la transformer. S'en sentir coupable ou la décréter inutile sans comprendre pourquoi n’aurait pas de sens. Ce qui est lourd, indigeste, et leur donne peut-être cette impression d'inutilité, c'est de ne pas percevoir que la Vie en imprègne le moindre atome. Pour transformer une chose en une autre supérieure, il faut l'espoir en quelque chose de supérieur. Si on ôte à nos enfants la possibilité de percevoir la subtilité en toute chose, s'ils ne peuvent la faire jaillir et s'en nourrir, aucun travail de transformation n'est possible.

La peur et le doute intrinsèques à l’homme génèrent une société organisée autour de la compétition, de l’appropriation et du contrôle. Nos relations sociales en deviennent faussées et sont organisées autour du paraître. Selon leur personnalité et l’héritage autour duquel celle-ci s’est construite, certaines personnes vont adopter une quête obsessionnelle de la perfection.

Par ailleurs, une telle société ne permet pas aux individus d’apporter leur contribution et de trouver leur place dans la vie. La femme est davantage concernée, parce qu’elle est traditionnellement chargée de nourrir les siens, et que de nombreux regards pèsent sur elle. Les anorexiques ont énormément de choses sur le cœur. Si leur éducation et leur scolarité n’encourage pas l’expression et la créativité, si la société n’offre pas des activités qui permettent de transformer cette énergie psychique en force de vie, elles risquent de prendre encore davantage sur elles.

L’obsession de se purifier

La volonté de cesser de s’alimenter dans l’espoir de se purifier de ce qui nous encombre correspond au jeûne, une pratique connue dans presque toutes les religions et les médecines traditionnelles. Or, il n’est pas raisonnable de jeûner sans connaître un minimum les lois de l’esprit comme celles, biologiques, qui régissent l’organisme. Une période d’abstinence alimentaire appelle nécessairement un changement sur tous les plans. Il faut savoir ce que nous allons abandonner et ce par quoi nous allons le remplacer. A défaut, la démarche ne sera qu’une souffrance qu’on s’inflige pour exorciser cette incapacité.

Une personne prisonnière de liens familiaux et sociaux n’est pas en mesure de mener à terme un travail de purification sans se mettre en danger. Une psychothérapie est indispensable pour comprendre au préalable ce dont on souhaite se défaire.

Selon moi, l’anorexie serait donc une tentative inconsciente, une sorte de réflexe de survie, de jeûner pour se débarrasser d’informations pathogènes héritées, de quelque chose qui court en nous et que nous n’avons pas identifié. Nos programmations inconscientes priment toujours sur notre volonté de prendre ou perdre du poids. Aucun régime alimentaire n’est efficace tant que notre histoire de vie n’a pas été clarifiée.
 

Dimitri JACQUES, naturopathe, psychopraticien

SOURCES

  • Anorexie, l'insurrection de la conscience, ISBN 9782953662603
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