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L’anémie en dialyse : de quoi s’agit-il ?
L'anémie en dialyse : de quoi s'agit-il ?
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31 janvier 2011
Auteur de l'article
Vincent Bourquin, 33 articles (Néphrologue)

Vincent Bourquin

Néphrologue
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L’anémie en dialyse : de quoi s’agit-il ?

L'anémie en dialyse : de quoi s'agit-il ?

L’anémie (du privatif an- et du grec ancien haimos, « sang ») est une anomalie de la formule sanguine qui se traduit par une diminution de l’hémoglobine, des globules rouges et de l’hématocrite.

Il y a différentes origines à l’anémie, mais dans le cas de l’insuffisance rénale, elle est principalement liée à une baisse du taux d’érythropoïétine. L’érythropoïétine (EPO) est une hormone qui agit comme facteur de croissance pour les précurseurs des globules rouges dans la moelle osseuse. Sa sécrétion entraîne une augmentation des globules rouges dans le sang. Elle est produite essentiellement par le rein (plus de 90% ) et diminue avec la progression de l’insuffisance rénale.

 

Le diagnostic de l’anémie secondare à l’insuffisance rénale est un diagnostic d’exclusion, c'est-à-dire que l’on doit exclure une autre cause à celle-ci. Un bilan minimum comprend une formule sanguine complète (en particulier pour la forme et la couleur des globules rouges), un comptage des réticulocytes (globules rouges jeunes), un bilan martial (réserve en fer), un bilan inflammatoire (protéine C réactive), un bilan vitaminique (vitamine B12 et B9) et un contrôle de la fonction thyroïdienne (TSH). Il faut également exclure un saignement qui peut passer inaperçu (particulièrement au niveau digestif, comme un ulcère gastrique ou au niveau génital pour la femme). Ceci se fait, en cas de doute, par une gastroscopie et/ou une coloscopie et un examen gynécologique chez la femme.

 

La prise en charge de l’anémie a été considérablement modifiée par l’apparition des « agents stimulant l’érythropoïèse » (ASE) qui regroupent les érythropoïétines alfa (Eprex®), bêta (Recormon®), la darbepoetin alfa (Aranesp®) et le CERA (Mircera®). Le gène de la molécule de l’EPO a été identifié et cloné en 1985, permettant sa fabrication industrielle. Son utilisation médicale a été approuvée aux Etats-Unis en 1989. Ce traitement s’accompagne le plus souvent d’un traitement de fer (Venofer® ou Ferinject®) par voie intra-veineuse. La voie parentérale est préférée car le fer est mal absorbé au niveau digestif en raison de l’urémie. Des vitamines sous forme de comprimés (Dialvit®) permettent d’éviter des carences qui pourraient aggraver l’anémie, un certain nombre de ces vitamines étant éliminées par la dialyse. La qualité de la dialyse joue également un rôle important dans l’anémie, meilleure est celle-ci et plus les besoins en EPO sont bas.


En cas de saignement aigu, il faut parfois avoir recours à des transfusions de globules rouges pour corriger l’anémie. Avant le traitement par EPO, les transfusions étaient nécessaires pour maintenir une hémoglobine stable.

 

En pratique, l’hémoglobine est contrôlée toutes les 2 semaines par une prise de sang et la dose d’EPO est adaptée en fonction de la valeur de celle-ci. Le but actuellement étant d’atteindre une hémoglobine entre 110 et 120 g/l. Il existe différents schémas de titration en fonction de l’EPO utilisée (voir http://nephrohug.com/dialyse/anemie/ ) Pour les réserves en fer, le contrôle se fait tous les trimestres avec une ferritine qui est maintenue entre 200 et 500 µg/l.

 

Le traitement de l’anémie par EPO a littéralement transformé la vie des patients dialysés, en leur restituant une sensation de bien-être, avec diminution de la sensation de fatigue et retour de l’appétit et de la libido. De plus, la correction de l’anémie contribue à réduire l’hypertrophie ventriculaire gauche (gonflement du coeur), et la suppression des transfusions réduit le risque de transmission virale par voie sanguine (virus hépatite B et C, HIV), même si celui-ci est actuellement très faible.

 

 


 

 

Dr Vincent Bourquin

POST-SCRIPTUM

  • Popeye trouve sa force dans le fer contenu dans les épinards. En fait, il n’y a pas tant de fer que cela dans les épinards ! La raison de cette croyance vient d’une erreur typographique sur une décimale, attribuant à l’épinard dix fois sa teneur réelle en fer ! Mais à bien des égards, ce mythe de l’épinard comme le légume riche en fer par excellence est encore vivace aujourd’hui


    Il faut savoir que l’usage de l’EPO a été détourné pour en faire un agent dopant. En effet, certains sportifs cherchent à augmenter leur endurance et leurs performances en s’administrant ce type d’hormone. L’injection d’EPO chez un individu sans anémie entraîne une augmentation des globules rouges, un meilleur transport de l’oxygène par ceux-ci et une amélioration des résultats. Ce type de pratique dopante peut avoir cependant des conséquences graves, parfois mortelles. En effet, en augmentant le nombre de globules rouges, on augmente également la viscosité du sang (celui-ci devient comme une pâte visqueuse et épaisse) susceptible d’entraîner la formation de caillots, en particulier au niveau du cerveau et du cœur (attaque cérébral et infarctus du myocarde).

SOURCES

  • http://nephrohug.com
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Mots-clés :
Dialyse Sang