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Jean-Claude Romand, le "docteur" qui soigne ses codétenus
Jean-Claude Romand, le "docteur" qui soigne ses codétenus
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14 janvier 2013 | 1 commentaires
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Henri de Miebenthal, 476 articles (Kinésithérapeute)

Henri de Miebenthal

Kinésithérapeute
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Jean-Claude Romand, le "docteur" qui soigne ses codétenus

Jean-Claude Romand, le "docteur" qui soigne ses codétenus

Il y a 20 ans, dans la commune de Prévessin, un bourg à proximité de la frontière suisse, un homme qui se faisait passer auprès de tous pour un grand chercheur international, médecin à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et bon père de famille, massacrait sa femme, ses enfants et ses parents. L’entourage est sous le choc : Le « docteur Romand » n’était en fait qu’un mythomane sans emploi et pris au piège de ses propres mensonges. Il a caché sa vie réelle à ses proches pendant 18 ans. Le parcours de Jean-Claude Romand, qui a aujourd’hui 58 ans, est d’autant plus étonnant que, bien qu’il n’ait jamais dépassé le stade de la deuxième année d’études de médecine, ses connaissances auraient pu faire de lui un vrai médecin. Purgeant une peine de 22 ans de sûreté en prison, il s’est forgé une réputation de « docteur » derrière les barreaux, venant au chevet de ses codétenus pour soigner leurs moindres maux, avec modestie. Et selon les occupants de sa prison « il ne se trompe jamais dans le diagnostic ».

« Vous savez, Jean-Claude, c’est un très brave homme, humble, doux et toujours d’humeur égale. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi bon. Alors quand les gars le consultent pour un problème médical, il pose un diagnostic et donne des conseils, qui sont toujours judicieux  ». Ce témoignage, provenant d’un détenu qui a passé plusieurs années avec le « docteur Romand » à la prison de Saint-Maur, dans l’Indre, illustre toute la complexité du personnage. Car ce "prisonnier docteur", "toubib" respecté de la prison avec des airs de médecin à l’ancienne et qui s’avance dans la cour de promenade en se penchant sur les détenus avec des verdicts prudents, mais qui s’avèrent bons à tous les coups (« Je pense que vous avez cette maladie, que vous souffrez de ceci, mais je n’en suis pas sûr ») est en fait un monstrueux docteur Jekyll et Mister Hyde. Il a été condamné à la perpétuité en 1996 après avoir tué sa femme, ses deux enfants et ses parents.
 
Pris au piège d’un énorme mensonge, les psychiatres ont même été incapables de dire s’il était fou. Tout juste un « pervers narcissique ». Un expert psychiatre n’a pu dépasser l’apparente évidence dans sa sentence : « On ne saura pas la totale vérité. En tout cas, elle ne sortira pas de la bouche de l’intéressé ». Que s’est-il donc passé pour que cet homme brillant en médecine en arrive à ce quintuple meurtre ? Natif du Jura, Jean-Claude Romand vit une enfance heureuse mais solitaire. Élève brillant, c’est un échec en première année de médecine à Lyon, du à une absence (son réveil n’a pas sonné), qui l’engage dans la spirale de la mythomanie. Il ne veut pas décevoir son entourage. Nous sommes en 1975. Commence alors une succession de triches et de fuites en avant. Il s’invente une vie. Il y arrive dans un premier temps grâce aux largesses financières de ses parents.
 
Pour tous, il a réussi ses études en médecine, déclarant avoir décroché le diplôme en 1983. Il dira plus tard à sa femme, une pharmacienne de formation du nom de Florence qu’il a épousé en 1980 et à d’autres convives, des experts médicaux avec qui il s’entend à merveille, lors d’une assemblée : « Je n'ai jamais voulu vous le dire, cela aurait paru prétentieux. Mais j'ai été reçu cinquième à l'internat de Paris ». En 1984 les Romand s’installent dans une villa de Prévessin, un bourg aux étendues vertes à un vol d’oiseau de la frontière suisse, où habitent en majorité de riches fonctionnaires travaillant à Genève. C’est une vie à l’américaine, modestement mise en avant mais affichée tout de même, pour le couple et leurs deux enfants qui vont naître, Caroline, en 1985 et Antoine, en 1987.
 
Florence, qui effectue de temps à autre des remplacements en pharmacie, croit comme tout le monde que son mari est ce chercheur à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qu’il prétend être, disparaissant du matin au soir pour, disait-il, se rendre à son bureau à Genève ou prendre l’avion pour se rendre à des conférences internationales. Plus c’est gros plus ça passe. Jean-Claude Romand s’invente ainsi des amitiés comme celle de Bernard Kouchner. Il s’invente aussi un cancer, celui du lymphome (soigné, s’il vous plait, par le professeur Léon Schwartzenberg en personne). Il s’agit d’un cancer bien pratique pour lui : Peu connu et difficile à dépister, le lymphome est une maladie capricieuse qui pouvait lui permettre d’alterner des périodes de rémission et surtout de rechute sans trop éveiller l’attention. Lorsqu’il était inquiet d’être démasqué, le faux médecin court-circuitait toute question en se plaignant de douleurs épouvantables, suscitant la compassion.
 
Romand, qui s’était abonné à toutes les revues spécialisées, prend part à des débats sur la culture cellulaire. A Prévessin Romand s’entoure de la totalité du milieu médical, où il suscite l’admiration. Il dispense des conseils pour la santé des uns et des autres. Un cancérologue du bourg déclara même de lui : « Avec des gens comme ça, on se sent tout petit ». Il a aussi une maîtresse parisienne, une dentiste du nom de Corinne.
 
Mais que faisait donc réellement ce si bon docteur, et comment pouvait-il assurer ce train de vie pour lui et sa famille ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, Romand ne faisait rien de ses journées. Il était juste inscrit comme étudiant fantôme en médecine à Lyon, là où ses études avaient été interrompues. Incroyablement seul, il se garait sur des aires d’autoroute, à distance raisonnable du bourg, et lisait assidûment des tonnes de revues médicales dans sa voiture, se promenait en forêt, où se rendait même au siège de l’OMS pour rafler toute documentation qui pouvait lui être utile. Pour vivre, Jean-Claude Romand escroquait au fil des ans son cercle de relations (parents, beaux-parents, maîtresse). Il disait pouvoir enrichir tout le monde en faisant fructifier les économies des uns et des autres sur un compte en banque en Suisse « avec 18% d’intérêts ». Et il est allé jusqu’à vendre à prix d’or de faux médicaments contre le cancer, à base de cellule fraîches d'embryons.
 
Pendant longtemps, tout son entourage lui faisait une totale confiance. Mais celle-ci s’est érodée avec le temps. Et dans la famille de Florence, on a fini par lui poser des questions, ne serait ce que pour entrapercevoir les gains. Et Jean-Claude Romand, qui voit son propre compte en banque fondre comme neige au soleil, sait que la fin de la supercherie est proche. Fin 1992 son épouse, qui a commencé à avoir quelques doutes, est sur le point de tout découvrir. Et sa maîtresse, de son côté, lui somme de lui rendre l’argent qu’elle lui a confié (900 000 francs). Romand n’a plus un sou, et la terrible vérité approche. Le 9 janvier 1993, c’est le carnage. Et le faux médecin, qui avale des barbituriques périmés depuis 10 ans, rate de peu son suicide.
 
Photo : Jean-Claude et Florence Romand
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Commentaires
2 votes
par Marchaux (IP:xxx.xx6.237.208) le 12 décembre 2013 a 18H25
Marchaux, 94 articles (Rédacteur)

En Franche-Comté, nous connaissons malheureusement très bien cet histoire. Le comédien Daniel Auteuil a d’ailleurs joué merveilleusement bien le rôle de Romand.