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Anorexie : l’enfer a commencé à 6 ans
Anorexie : l'enfer a commencé à 6 ans
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31 janvier 2012 | 3 commentaires
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Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Lottie

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Anorexie : l’enfer a commencé à 6 ans

Anorexie : l'enfer a commencé à 6 ans

Quand je remonte 11 ans en arrière, une date que l’on ne peut oublier puisque c’était en septembre 2001, on était en vacances à Center Parcs, je venais d’avoir mon bac, j’allais rentrer début octobre à la fac en Sociologie/psychologie en double cursus. J’avais…23 ans !!! J’appréhendais, je me trouvais vieille pour aller à la fac. Je sortais de 4 années d’études professionnelles BEP et BAC pro où je m’étais royalement ennuyée. Sans bosser je finissais ces 4 années avec 16 de moyenne générale.

J’ai redoublé le CP, car ce fut l’année de mon opération des hanches, j’ai manqué 7 mois de l’année scolaire sur les 9, la question de refaire mon année s’imposait comme une évidence. Le restant des mes années en primaire se sont bien passées à l’école.

J’étais une des plus petites, assez chétive de santé fragile, les profs était plutôt attentifs, j’avais une super bande d’amis, chez qui je passais régulièrement des week end inoubliables, sans compter les moments à la récréation, qui restent des moments de jeux inoubliables dans ma tête. 

MAIS c'est à cette période que, chez ma nourrisse, j’ai subi 6 années de violences physiques et psychologiques. Enfin bref, c’est le traumatisme de 6 années d’enfances gâchées et traumatisées malgré des moments magiques. Et quoi qu’il en soit, ce qui ressort de mes années primaires c’est le cauchemar que je vivais tous les jours là bas qui prend le pas sur tout ça.

Mon entrée au collège à été un véritable choc, fini le cocon de l’école primaire, bienvenue dans la jungle sans fois ni lois. Je n’ai pas compris cet élan de violence qui m’est tombée dessus, alors que je venais juste d’en sortir….Tout recommençait, les injures, sur ma taille, mon allure maigrichonne, sur la grande tache que j’ai dans le cou. On m’a frappé, mais vraiment frappé, seulement les coups je les encaissais je n’avais pas encore 6 ans, en silence….j’ai juste continué et fini par me persuader que c’était normal, que je le méritais. Je n'avais pas la force de me battre, je voulais juste qu’on m’oublie… mais on ne m'a pas oublié, et cela à continué… 28 élèves contre une…Combat perdu d’avance. Ceux qui ne participaient pas ne prenaient pas ma défense, ils attendaient que tout se soit calmé pour me chuchoter “Mais ne te laisse pas faire” Parole si simple à prononcer, quand eux même étaient morts de trouille.

Il aura fallu une grosse chute dans l’escalier, avec mon cartable de 12 kilos pesant la moitié de mon poids, une dent de cassée, l’appel des pompiers, la révélation de ma maladie génétique, pour que les choses se calment. Ensuite il y eu 2 clans : ceux qui ont regretté, se sont excusés et on changé, et ceux pour qui je suis devenue invisible du jour au lendemain.

Au lycée, cela peut prêter à sourire… ou pas, mais rebelote, une classe, un bouc émissaire : moi. Sauf que là, c’est mon niveau scolaire qui m’a sauvé plus ou moins. Dans ma classe, en 1ère (pas trop dur vu le niveau), mes réponses cinglantes à leurs remarques en ont calmé certains. Puis petit à petit cela s’est calmé et j’ai réussi à me faire mon petit groupe d’amis. Il y en avait toujours quelques uns pour venir me harceler, ou tenter de me foutre un gnon. Là encore j’attisais la jalousie des filles, qui étaient pour la majorité rondouillardes, ou tout du moins bien en formes. Et moi avec mes 42 kilos toute mouillée (à cette époque l’anorexie n’avait pas encore frappé à ma porte), les nanas, bouffant de la verdure pour ne pas devenir obèses ne supportaient pas de me voir prendre à 10 heures une barre chocolatée ou un pain au chocolat et prendre des frites au self. Le pire c’est que je n'avais même pas capté leur jalousie étant bien loin des ces histoires d’apparences physiques.

C’est à la sortie du lycée que la cocotte minutes a explosé, comme je l’ai dit tout en haut, c’était en septembre 2001, déprimée, je n’ai plus eu faim, j’avais l’impression d’avoir perdu le contrôle de ma vie. Puis j’ai vu que je perdais du poids. A la base pas bien épaisse de 44 kilos, je suis passé à 40 kilos en 1 semaine. Jouissive, je reprenais au moins un contrôle : celui de mon corps.

En vacances à cette époque à Center Parcs pour 20 jours, je voyais mes vêtements flotter de plus en plus sur moi. Ayant toujours eu les os apparents, même des hanches, ça n’a pas frappé tout de suite, et puis j’étais pas bien épaisse à la base. Puis de jour en jour, à vitesse grand V, plus d’appétit, plus d’envies, sauf celui de garder le contrôle du chiffre. Ma mère m’a emmené en urgence chez le médecin, le verdict est tout de suite tombé : “Anorexie mentale” ! Le comble pour une fille qui a toujours été maigrichonne. Je n’ai pas été hospitalisée tout de suite, à cette époque mon médecin pensais à une passade due à une grosse déprime.

Ensuite no limit…39, 37, 35, 32…29 kilos en décembre, des année pour remonter à un petit 39, dont une année complète d’hospitalisation… Qu’est que j’ai gagné ? Que dalle…Hormis le fait de galérer 11 ans après pour reprendre du poids, même en essayant de manger normalement. Parce que oui, remanger durant l’anorexie ne suffit pas pour prendre du poids, le psychisme joue beaucoup.

Onze années après tout ça, je suis majoritairement restée en sous poids, les rares moments où je remontais à 44 kilos étaient très éphémères, et la chute en dessous des 39 en quelques semaines malgré moi. Dans l’anorexie mentale, il n’est pas question d’apparence, de surveiller sa ligne, de “copier les mannequins des magazines” NON ! C’est un mélange indescriptible d’une peur et d’une envie de vivre, c’est quand certains traumatismes sont trop dur à digérer, c’est ne plus arriver à gérer les choses les plus simples de la vie, à cause d’une enfance brisée et bafouée. Tourner la page n’est pas facile. On s’accroche à ce qu’on peut, même si ça nous tue.

Brisons les silences, délaissons nos armures, pour calmer nos souffrances au fur et à mesure. Maybe the world is blind or just a little unkind...
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Commentaires
1 vote
par easy (IP:xxx.xx5.42.174) le 31 janvier 2012 a 18H29
easy (Visiteur)

Je pense que l’anorexie n’est jamais d’abord une imitation de mannequins. Ce n’est qu’en manière de donner meilleur sens à son anorexie que parfois on coagule au phénomène mannequin

Je n’imagine qu’une seule manière assez simple de sortir de cette auto-repression qu’on s’inflige et ça consiste à aller vivre dans un tout autre contexte. Pour une Parisienne ça consisterait à aller vivre au Vietnam, en Namibie, en Laponie, là où l’on ne risque pas de retrouver les mêmes schèmes qui ici nous renvoient par jeu de dominos ou de chaînes, à notre traumatisme.

Ici, le mot artifice est relié au mot étincelle qui est rattaché au briquet, qui est rattaché à la gazinière qui est rattaché à la cuisine qui est rattaché au repas...Tout, absolument tout, n’importe quel mot, n’importe quelle grimace est reliée à la chose qui nous a traumatisée. Il faut penser en javanais parmi des gens ne parlant que javanais pour pouvoir tourner la page.

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par Lottie (IP:xxx.xx7.203.2) le 2 février 2012 a 23H17
Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Ce magnifique message remplis de métaphores très parlante est in ne plus véridique. Ne pas chercher à vouloir être comprise ou entendu par des personnes qui ne veulent ni voir ou entendre que leur propre vision des choses.

J’ai conscience au quotidien de ma "chance", des personnes ayant la Nf1 sont à stade bien plus avancée, d’autres ne sont plus...C’est une maladie non prévisible, une épée de Damoclès tous les jours. L’anorexie mentale c’est comme un refuge, drôle de refuge qu’un refuge qui lui aussi représente un danger.

Un jour je redeviendrais moi, avec la maladie avec laquelle je suis née a combattre tous les jours, mais sans l’anorexie car cette maladie, je peux la chasser.

0 vote
par Vitaa (IP:xxx.xx7.209.94) le 14 février 2012 a 21H00
Vitaa (Visiteur)

Ce témoignage pourrait passer au 13h avec pour titre " chronique de la violence ordinaire"...Dans une société de plus en plus violence, auto-centré et qui prône le perfectionnisme à tous les niveaux, sans oublier la pression toujours plus intense qui pèse sur les femmes. Elles doivent être belles, avoir un bon job et faire plaisir à leurs maris sans broncher tous les samedis après le film...Bref, une chronique ordinaire qui ne l’est pas pour la victime. la victime, elle n’oublie pas et paie un lourd tribu des violences que des gamins lui infligent à 13/14 ans en se disant que c’est juste pour plaisanter. Avec les médias émergents, les gosses se filment et postent sur Facebook leur tabassage très courageux... Je n’ai pas peur de l’avenir, mais...