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Introspection sur l’euthanasie
Introspection sur l'euthanasie
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9 mai 2012 | 1 commentaires
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Marielea, 39 articles (Rédacteur)

Marielea

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Introspection sur l’euthanasie

Introspection sur l'euthanasie

La campagne publicitaire de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) me choque. La mort est -elle la seule solution à proposer aux personnes gravement malades ? Etait-il décent d’interpeller avec ces images- choc ? L’euthanasie et l’assistance au suicide font toujours le buzz. C’est un autre débat.. 

 http://fn56.hautetfort.com/media/01/00/1213463078.jpg
 
Les Pays-Bas et la Belgique ont été les premiers pays au monde à légaliser l'euthanasie en 2002. L'euthanasie est autorisée lorsque le patient en fait la demande en pleine possession de ses moyens mentaux et subit des souffrances "insupportables et interminables" dues à une maladie incurable. La majorité des 3.136 malades euthanasiés en 2010 aux Pays-Bas étaient atteints de cancer. Environ 80% d'entre eux choisissent de mourir à leur domicile. En Belgique, en 2011, 1.133 cas d'euthanasie ont été répertoriés, soit 1% des décès, selon la Commission de contrôle et d'évaluation de l'euthanasie.
 
Ethymologiquement, "euthanos" signifie la "bonne mort". Au sens moderne du terme, l'euthanasie signifie : provoquer ou hâter la mort pour abréger les souffrances . 
Ce sujet passionne aussi aux antipodes : « L’euthanasie et l’assistance au suicide constituent peut-être aujourd’hui les questions les plus âprement débattues dans l’éthique médicale » explique ainsi Leo Sher (2) dans un éditorial de l’Australian & New Zealand Journal of Psychiatry. L’auteur évoque les connotations psychiatriques de la volonté suicidaire : « 90 % des suicides accomplis et la plupart des tentatives sont en rapport avec une maladie mentale. » Ce contexte psychopathologique (souvent méconnu) empêche de banaliser la demande d’« assistance » au suicide, car il n’est pas certain qu’en la formulant, l’intéressé conserve vraiment l’intégrité de son jugement.
La dépression est le problème le plus fréquemment incriminé. « Un tiers des cancéreux (en phase terminale) souffrent aussi d’une dépression majeure, 20 % d’un délire, et la moitié de troubles anxio-dépressifs. » Et pour Leo Sher, les patients souhaitant mourir lors d’une maladie grave ou en phase terminale « ont généralement une dépression pouvant être traitée. »
 
De plus, il ne faut pas méconnaître la fréquence du « trouble de stress post-traumatique chez les personnes très malades », ni les liens possibles entre des maladies mentales et la perception de la douleur : ces pathologies peuvent comporter des « altérations du processus algique » où des douleurs chroniques peuvent affecter le « fonctionnement émotionnel et neurocognitif. »
 
http://tokyomontana.joueb.com/images/klimt11.jpg
 
Il faut admettre et envisager qu'une demande d’assistance au suicide puisse être « un appel à l’aide et un signe de dépression. » Il faut l’interpréter comme une incitation à trouver des « solutions de rechange positives pour des problèmes réels et difficiles. »
Un autre aspect sous évalué de la promotion à l’euthanasie illustrant l’aphorisme « l’enfer est pavé de bonnes intentions (1) » : le refus de prolonger un « acharnement thérapeutique » pour des raisons matérielles. Ce risque est « considérable » et beaucoup plus élevé « dans les pays légalisant l’euthanasie ou le suicide assisté : gouvernements et compagnies d’assurance-maladie peuvent faire pression sur les médecins et les administrateurs d’hôpitaux pour limiter » (les dépenses de santé liées à la fin de vie) et « recommander l’euthanasie ou le suicide assisté. » (2)
Très jeune, j'étais pour l'euthanasie. Jusqu'au jour où lors d'un stage en réanimation, j'ai évolué. Une personne agée de 72 ans, semblant au bout du rouleau, demanda avec sérieux, de la faire mourir. Elle avait bien réfléchi, elle en avait discuté avec sa fille et était en pleine possession de ses moyens, elle souffrait tant, n'entrevoyant aucun espoir de guérison. Les médecins l'écoutèrent avec grande attention et respect, et agirent en conséquence pour la soulager le mieux qu'il était possible. Le lendemain matin, toujours très malade certes, quand le soleil entra dans son box, elle était plus sereine, elle dit à l'équipe qui s'occupait d'elle ce matin-là : " Docteur, heureusement que vous ne m'avez pas écouté hier  ! Ces rayons de soleil, ce jour qui sera peut être le dernier, sont bons à prendre !". J'ai toujours en mémoire son visage calme et reposé, marqué par la maladie, oui mais quiet. Je sais , beaucoup de personnes racontent des fins de vie effroyables, des situations très difficiles de fin de vie. Je suis intimement convaincue que la plupart des praticiens sont des bons soignants et ne pratiquent pas l'acharnement thérapeutiques, ne laissent pas souffrir les personnes.
 
http://www.ville-amboise.fr/i132_Tableau_La_mort_de_Leonard_de_Vinci_1781.jpg
 
La loi du 4 mars 2002 rappelle les principes qu'ils appliquent : "Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. Les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu'à la mort." La loi du 22 avril 2005 , précisée par le décret n° 2006-122 du 6 février 2006, prévoit un dispositif complémentaire en matière de soins palliatifs. La loi Leonetti est bien faite. Contre l'acharnement thérapeutique, il existe aussi la LATA limitation des actes thérapeutiques actifs (3).
 
J'ai beaucoup lu Elisabeth Kübler-Ross, Marie de Hennezel. Je suis certaine que si la personne veut mourir, si les vivants la laissent partir sereinement, si le mourant a fait le deuil de sa vie, il meurt dans la paix et la sérénité. Je suis toujours très choquée lorsque j'entends des familles se lamenter que leur parent n'est pas encore mort, lorsqu'ils demandent avec anxiété "Quand va-t-il mourir Docteur ?". Je sais, c'est dur de voir s'éteindre une personne aimée, nous ne sommes pas prêts à accompagner nos êtres chers, nous ne sommes pas prêts à faire le passage, nous n'avons pas appris. Il y a des cours de préparation à la naissance mais pas de cours de préparation à la mort. . La mort est tabou, elle doit être cachée. Je suis aussi touchée par le nombre de personnes qui meurent à l'hôpital. Dans beaucoup de familles, cela ne se fait pas de mourir chez soi, ils ont peur.. J'aimerais mourir chez moi, dans mes murs, avec ma famille, avec le soleil et la lumière, un coin de ciel à regarder....et le Requiem de Mozart en fond musical (4). Pour moi, ce serait cela mourir dans la décence...
 

SOURCES

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Commentaires
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par LM (IP:xxx.xx8.131.126) le 9 mai 2012 a 15H53
LM (Visiteur)

Bonjour ! Il semble que dans ces débats, nous oublions la liberté individuelle. Que penser du cas de ce jeune homme,paralysé de la tête aux pieds,demandant la mort jusqu’à faire appel à la Présidence de la république française et qui se retrouve en mouroir après le décès de sa mère,seule personne dans sa vie,parce que pas de lieu d’accueil autre ? Où est la décence,dans ce cas ?

Pour ou contre l’euthanasie n’est peut-être pas qu’un faux débat, il faudrait peut-être nommer ce débat autrement : pour le droit à la personne,pour le désir du malade,pour son bien-être. A mon humble avis,il serait bon de reconnaître à chacun le droit sur sa personne. Ce qui est valable pour l’un, ne l’est pas forcément sur l’autre. hors contexte médical, il est bon de voir le contexte pour la personne : l’état émotionnel, l’entourage...

A toutes fins utiles, il est parlé dans la constitution de primeur d’intégrité de la personne physique, il est reconnu à chacun le droit sur son corps(ça concerne aussi la vaccination !lol)

En fait, je pense que ce débat sur l’euthanasie renvoie chacun à ses peurs : souffrances,mort ; à chacun donc d’aller voir en soi, afin de discuter clairement avec la personne souffrante. Une fois dépassée (acceptée intégrée) en soi la peur interpelée,nous pouvons être aidant.

A l’heure actuelle, nous ne faisons qu’ajouter nos peurs aux souffrances,qu’opposer notre conviction à celle de "l’autre" plutôt qu’accompagner véritablement.

De plus,tant qu’il y a débat, il n’y a pas décision,du coup pas de structures adaptées mises en place. Nous sommes tellement occupés à "disputer" du bien-fondé de chaque opinion que nous en oublions le plus important : agir pour.

La question à se poser serait peut-être :"Sommes nous pour ou contre laisser aux personnes leur libre-arbitre" afin que les choses bougent ?

Un bon accompagnement est important, mais doit rester un accompagnement,laissons aux personnes le droit sur leur vie,acceptons leurs décisions prises en leur âme,conscience...et corps de souffrances, que cela nous conviennent ou pas, il est temps je crois d’accepter les choix de chacun. Je n’accepterais que très difficilement et certainement à grands coups de poing ( fictifs !) que l’on vienne m’imposer quelquechose sous prétexte que la personne en face ne vit pas les choses de la même manière que moi...et vous ?

Doit-on imposer sous prétexte que la personne est souffrante ou au contraire se mettre plus à l’écoute ? Ecouter véritablement, sans y mettre nos ressentis,émotions,peurs ou convictions.

Pour ou contre le respect de la personne ?

Je Vous souhaite une belle journée !

LM