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Interview du Dr Jean-Christophe Seznec, auteur du livre « J’arrête de lutter avec mon corps »
Interview du Dr Jean-Christophe Seznec, auteur du livre « J'arrête de lutter avec mon corps »
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7 novembre 2014
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SabrinaTCA92, 16 articles (Association)

SabrinaTCA92

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Interview du Dr Jean-Christophe Seznec, auteur du livre « J’arrête de lutter avec mon corps »

Interview du Dr Jean-Christophe Seznec, auteur du livre « J'arrête de lutter avec mon corps »

Comment prendre soin de soi sans maltraiter son corps ni le pousser en dehors de ses limites ? C’est l’idée du livre du Dr Seznec qui a accepté de répondre à mes questions – sensible aux actions de l’association SabrinaTCA92. Faire la paix avec leur corps (détesté le plus souvent), renoncer à la recherche de la perfection, accepter ses émotions : ces thèmes nous parlent Docteur ! « Nous », les « Combattantes ». Personnellement, j’ai bien vu où m’a menée monperfectionnisme et j’aurais souhaité rencontrer une médecine comme la vôtre plus tôt… Je ne crois pas au hasard mais la « e-rencontre » entre Jean-Christophe Seznec et moi a quelque chose de « magique » (de fun) et alors que je pensais prendre contact depuis des semaines, la vie a précipité ma démarche et j’en suis ravie. J’espère, à travers les questions que j’ai choisi de poser, que ses réponses aideront les Combattantes à qui j’ai dédié un article récemment (en plus de leur rendre hommage dans mon livre). Pourquoi ? Pour qu’elles s’aiment et cela commence par aimer son corps à mon humble avis. On en parle ensemble docteur ?…

Sabrina : Bonjour docteur et merci de répondre à mes questions. Avant d’entrer dans le vif du sujet (ça commence bien pour le choix des mots…) pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ? Votre parcours, votre approche dans la pratique de la médecine… Et – en laissant de côté le mot docteur… – vos principaux centres d’intérêt si vous voulez bien nous en parler ?

JC Seznec : Bonjour. Je voulais tout d’abord vous remercier vous et vos lecteurs de l’intérêt que vous portez à mon travail. Je suis devenu médecin car c’était la voie qui me semblait la plus adaptée afin de pouvoir faire de la science. Comme je n’étais pas sûr de réussir ce parcours, j’ai choisi de faire mes études de médecine dans la faculté expérimentale de Bobigny qui proposait de faire en parallèle un DEUG de sciences pour assurer ses arrières en cas d’échec au concours. Il s’agissait d’une faculté originale qui a cultivé ma curiosité éclectique. Cette formation m’a mené progressivement à la psychiatrie. Je crois que je n’aurai pas pu exercer une autre spécialité.

Je suis devenu aussi médecin du sport et j’ai beaucoup travaillé pour le cyclisme et sur la danse. J’ai d’ailleurs fait ma thèse sur « danse et comportement alimentaire » ce qui m’a permis de faire une synthèse de mes sources d’intérêt. J’ai poursuivi en parallèle mon cursus de sciences jusqu’à la thèse en pharmacologie. J’ai fait un cursus universitaire en devenant chef de clinique puis je me suis orienté dans le privé me sentant trop contraint et à l’étroit dans le public. La liberté est une valeur importante à mes yeux.

Je suis quelqu’un de pragmatique qui aime la pédagogie et les approches fonctionnelles. J’ai commencé par pratiquer les Thérapies comportementales et cognitives puis maintenant les thérapies de l’acceptation et de l’engagement (ACT).

J’ai une vision humaniste du monde et des autres qui se décline dans ma façon de travailler (le patient est un collaborateur) et dans mes activités personnelles. J’ai grandi dans le moule du rugby et j’ai poursuivi dans une pratique collective et festive de la musique. L’écriture est aussi un moyen de partager et d’échanger avec les autres.

Sabrina : Votre ouvrage est destiné à tous ceux qui entretiennent un rapport de lutte avec son corps ; je pense spontanément à toutes celles qui ont déjà entrepris un régime (avec des conséquences plus ou moins fâcheuses) ainsi que les sportifs (le sport est un thème qui m’est cher vous l’aurez compris). Je crois que la lutte va au-delà, vous parlez de « lutte existentielle dans nos sociétés ». Avons-nous tous un comportement maladif impliquant notre corps ?

JC Seznec : Nous sommes un tout. Cependant, dans notre société occidentale nous ne laissons pas toujours de la place à notre corps. Pourtant, celui-ci vit et exprime une partie de nous, ce qui peut être source d’une certaine étrangeté pour certains. Il est nécessaire de faire de la place en nous pour cette partie de nous même. En outre, des scientifiques comme Damasio (cf l’erreur de Descartes) ont montré que notre intelligence corporelle pouvait être plus rapide dans la compréhension d’un problème que notre intelligence intellectuelle. Ne nous en privons pas !

Certaines personnes entretiennent une lutte mortifère avec leur corps alors qu’il est source d’une immense richesse. Dans mon travail psychothérapeutique, j’apprends à mes patients à réinvestir leur corps et à laisser un peu de coté ce cerveau qui pense qu’il pense mais qui augmente le plus souvent la souffrance.

Ce corps, on le malmène, on veut le transformer, l’ignorer, le faire taire. Autant de désirs irréalisables sauf dans la mort. Ce rapport pathologique à son corps s’exprime à travers les régimes, les addictions, la chirurgie esthétique mais aussi parfois à travers le sport, le travail et les tatouages. Pour ma part, je préfère en jouer. C’est pour cela que je me suis aussi intéressé au clown.

Sabrina : Si nous malmenons notre corps à travers ces comportements qui ne font que nourrir une illusion de pseudo-contrôle (C’est moi qui souligne S.P), la situation s’aggrave et que devient notre estime de soi* ? C’est grave docteur ? Par un tour de magie les NTIC permettent de parler parfois au psychiatre, parfois à l’auteur, Facebook a un côté schizo que j’aime beaucoup… ndlr)

 

JC Seznec : Il est impossible d’être un autre. On n’est jamais aussi en paix, aussi beau et aussi rayonnant que lorsque l’on est authentique et soi-même. Le contrôle et la lutte nous empêche de nous ouvrir et d’être. Il est nécessaire d’accueillir qui nous sommes (donc notre corps aussi) comme un instrument de musique qui nous a été donné à la naissance. Certes certains sont des flutes et d’autres des violoncelles mais tous ces instruments ont de la valeur et de l’intérêt. Notre travail est d’apprendre à en jouer pour le faire vibrer. Si on souffle dans un tuba comme si c’était une clarinette, cela ne peut que donner des fausses notes et nous empêcher de trouver notre place dans l’orchestre de la vie. Une manière de parler est de se dire que ce qui est grave ce n’est pas ce que l’on a mais ce que l’on en fait.

Sabrina : Sans trahir ce que vous expliquez et enrichissez de cas cliniques et de citations dans votre livre, quelles sont les premières marches sur l’escalier menant à la réconciliation et au retour à l’unité ?

JC Seznec : Apprendre à faire de la place en soi pour ses émotions et leurs expressions corporelles. Nous sommes des êtres émotionnels et tant que nous sommes vivants nous avons à apprendre à cohabiter avec elles. En outre, elles sont sources d’informations et d’énergies fort utiles. C’est souvent le vécu corporel qui flambe à l’adolescence qui entraine tous ces mécanismes de défense délétères, particulièrement chez les filles. On n’apprend pas aux jeunes à grandir et à se construire. On ne fait que tenter de nourrir le cerveau. Des gynécologues m’ont dit, lors d’une présentation au cours d’un congrès, que l’on devrait faire lire mon livre à toutes les adolescentes afin qu’elles sachent mieux composer avec ce corps émotionnel et ne pas déclencher plein de fausses bonnes solutions pathologiques. J’ai voulu faire un livre pratique car trop de livres permettent de faire un diagnostic ou se reconnaitre. Mais après… il faut savoir quoi faire et c’est à cela que j’ai essayé de répondre.

Savoir porter sur soi un regard d’amour et de mansuétude sur ce que l’on est pour ensuite en jouer et surfer avec la vie et les émotions.

Sabrina : Il faut « cesser la lutte », lâcher la tour de contrôle (le mental)… Vous « flinguez » un peu la com’ que je fais (comme je peux…) autour deL’âme en éveil car pour moi l’idée de Combat est importante. Mais ce n’est pas grave et j’adhère évidement à ce que vous dites, j’ai juste un peu de travail à faire encore et on y travaille avec mes anges… Que pensez-vous du terme de « Combattante » justement ?

JC Seznec : La guerre n’amène qu’à la guerre. C’est donc pour cela que je ne suis pas favorable à l’idée du combat. Moi aussi, j’avais au départ une âme de combattant que j’ai pu exprimer dans le rugby. Des chansons comme celles de Brassens (« Mourir pour des idées » ou « les deux tontons ») m’ont aidé à voir les choses différemment. J’ai appris à transformer celle-ci dans un engagement fort vers ce qui est important pour moi. J’ai appris à cultiver la flexibilité psychologique afin de m’adapter à la vie et aux émotions. Le jeu est plus paisible que le combat !

Dans les thérapies ACT, on dit que les évènements de vie et les émotions sont comme des vagues. Lutter contre n’aboutit qu’à boire la tasse. Vouloir comprendre le pourquoi des vagues, une vie ne suffit pas. Aussi, on apprend à être des surfer de la vie pour savoir négocier les vagues de la vie tout en nous dirigeant sur ce qui est important nous. A chaque séance, je demande à mes patients comment ils ont surfé la vie depuis leur précédente consultation.

Sabrina : Après la psychiatrie et la littérature, on peut conclure sur un peu de philo… ?! Comment être une guerrière pacifique si le terme Combat est important pour moi ? Ou comment être dans les bons combats si c’est viscéral/vital d’être dans cette notion-là ? 

JC Seznec : Le livre « le guerrier pacifique » était un très bon livre à l’époque. Depuis, on n’est passé au surf ! (sourire). Il est possible de déplacer l’énergie que l’on met dans le combat dans l’engagement et la persévérance pour se rapprocher de ce qui est important pour soi. Pourquoi passer par le combat pour atteindre la paix ? Autant travailler à être en paix tout de suite ! Après c’est à chacun de choisir son chemin car ce qui est important pour moi, n’est pas forcément important pour autrui. Cela dépend aussi des moments. C’est pour cette raison que l’on dit que l’ACT est une thérapie contextuelle.

Enfin le combat ne nous apprend pas à accueillir et à composer avec notre expérience intérieure qui est fait aussi de souffrance. La souffrance est inhérente à la vie. Vouloir la supprimer est illusoire. Il est plus fonctionnelle de savoir composer avec elle tout en étant connecté à nos valeurs.

Sabrina : Une dernière question (soufflée par Irène in extremis)… Votre approche est humaniste et vous être psychiatre … Comment réhumaniser les soins psy ? (merci Irène, on sent que la question est désintéressée et ne concerne pas le moins du monde ma colère).

JC Seznec : Ma relation avec mes patients est une relation de collaboration. Mon travail est de développer leur capacité d’observation afin de leur permettre de faire des choix en direction de ce qui est important pour eux. Je leur dis d’emblée qu’ils sont libres de leurs comportements du moment que ce n’est pas interdit par la loi. Ils sont libres de boire, de s’empiffrer, de se restreindre, etc. La seule chose que je leur demande c’est d’observer si le genre de personne qu’ils veulent être a ces comportements.

Cette liberté s’arrête au cadre de la loi qui peut contraindre quelqu’un au soin lorsqu’il est dans l’incapacité de demander des soins ou qu’il est confronté à une urgence vitale.

Une autre partie de mon travail est de partager mes connaissances. J’estime mes patients et je les prends pour des gens intelligents. Aussi, je leur transmets mes connaissances afin qu’ils puissent les appliquer pour eux-mêmes pour leur choix. Beaucoup d’éléments de ce livre sont partis d’hypothèses construits avec mes patients que je leur fait examiner pour les valider ensuite.

On dit qu’un malade diabétique bien soigné doit quasiment en savoir plus que son médecin. Je pense la même chose de mes patients. Nous travaillons et réfléchissons ensemble à leur situation. En cela, je pense que c’est une démarche humaniste. C’est aussi une valeur importante pour moi.

Merci pour vos réponses Docteur, Monsieur, Jean-Christophe… Je ne sais plus on y perd son latin… J’ai moi-même parfois du mal à savoir au nom de qui je parle mais j’ai choisi de « dire » (lire l’article « j’ai choisi de dire » sur mon Blog) et je vous remercie de m’aider à partager ce qui me semble être la meilleure information qu’il soit. Je me dis que si la forme ne plaît pas, on ne pourra rien dire sur le fond. Et pour les commentaires qui se glissent dans mes interviews je n’y peux rien, c’est du Sabrina c’est tout…

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